Les neuf principes du bouddhisme et leur réfutation

Les neuf
Principes du Bouddhisme

et leur réfutation

par Jagadananda das

L’arrivée de Sa Sainteté le Dalaî-Lama, le représentant du bouddhisme tibétain, en France, est trés médiatisée à cause de la tenue actuelle des jeux olympiques à Pékin. Le Dalaï-Lama restera pour 12 jours, et vient, précise-t’on,  dans un but purement religieux, et donnera ainsi des conférences sur l’enseignement bouddhiste.

Il m’a semblé alors opportun de présenter les neuf principes essentiels qui régissent la philosophie du bouddhisme, et également, le point de vue philosophique de Sri Chaitanya Mahaprabhu, l’autorité suprême pour les dévots de Krishna, sur la philosophie bouddhiste.

Le texte suivant est un extrait du Chaitanya-caritamrta (Mad.9.49), une oeuvre spirituelle maitresse du XVI ème siècle, traduction et teneur et portée de Sa Divine Grâce A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, le maître spirituel-fondateur du Mouvement International pour la Conscience de Krishna. Dans ce texte est relaté la rencontre du Seigneur Chaitanya avec des moines bouddhistes, ainsi que la réfutation par le Seigneur, par l’intermédiaire de la logique et du raisonnement, des principes soutenus par la philosophie bouddhiste.

Tout cela, il faut bien le préciser, n’est aucunement  inspiré par une animosité quelconque  vis-à-vis du représentant spirituel du bouddhisme tibétain, mais bel et bien dans l’esprit de la tradition védique du débat philosophique, fondé sur le respect total du « parti adverse » (parlons d’esprit olympique, c’est vraiment le moment!) et dans l’intention expresse, chère à tout spiritualiste sincère, de faire avancer la cause de la Vérité Absolue ; laquelle, pour toujours, resplendit bien au-delà de l’esprit de sectarisme et de partisanerie qui anime les profanes.

                     Om mani padme hum et Hare Krishna !

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tarka-pradhāna bauddha-śāstra ‘nava mate’
tarkei khaṇḍila prabhu, nā pāre sthāpite

tarka-pradhāna — fondé sur le raisonnement intellectuel; bauddha-śāstra — les Ecritures de la religion bouddhiste; nava mate — en neuf principes de base; tarkei — par la raison; khaṇḍila — réfuta; prabhu — Śrī Chaitanya Mahāprabhu; — ne pas; pāre — peuvent; sthāpite — établir.

Les textes bouddhistes, principalement basés sur le raisonnement et la logique, contiennent neuf principes essentiels. Leurs arguments réfutés par Sri Chaitanya Mahâprabhu, les bouddhistes ne purent établir le bien-fondé de leur culte.
(Chaitanya Caritamrta Mad.9.48)

TENEUR ET PORTEE

Srila Bhaktivinoda Thâkura explique que d’après le bouddhisme, il y a deux façons de concevoir la philosophie. L’une s’appelle hînâyana et l’autre mahâyana. Cette voie comporte neuf principes:

  1. La création étant éternelle, il est inutile de croire en un créateur.
  2.  La manifestation cosmique est fausse.
  3.  « Je suis » est la vérité.
  4.  Il existe un cycle de naissances et de morts.
  5.  Bouddha est la seule source permettant de comprendre la vérité.
  6.  Le but ultime est représenté par le nirvâna, l’annihilation.
  7.  La philosophie du Bouddha est la seule voie philosophique.
  8.  Les Vedas sont compilés par des êtres humains.
  9.  Les actes charitables, ( se montrer miséricordieux envers autrui, etc.) sont recommandés.

Personne ne peut atteindre la Vérité Absolue par le raisonnement seul. Même si quelqu’un est très fort en logique, une autre personne peut l’être encore plus dans l’art de raisonner. Il y a tant de façons de jouer sur les mots en matière de logique que l’on ne peut jamais arriver par la dialectique à la véritable conclusion en ce qui concerne la Vérité Absolue. Ceux qui adhèrent aux principes védiques comprennent cela. Cependant, on voit ici que Sri Chaitanya Mahâprabhu réfuta la philosophie bouddhiste par le raisonnement. Les prédicateurs de l’ISKCON rencontreront à coup sûr quantité de personnes qui ne croient pas en l’autorité des Vedas, mais ils acceptent néanmoins les spéculations intellectuelles et le raisonnement. C’est pourquoi les prédicateurs de la Conscience de Krishna doivent être préparés à exposer leurs arguments et à réfuter ceux des autres, tout comme le fît SriChaitanya Mahâprabhu. Ce verset dit clairement: tarke khandila prabhu. Le Seigneur Chaitanya Mahâprabhu présenta un raisonnement d’une telle force qu’ils ne purent s’opposer à Lui pour établir la validité de leur culte.

Leur premier principe est que la création existe éternellement; or, si tel est le cas, il ne peut y avoir de théorie d’annihilation. Les bouddhistes affirment que l’annhilation, ou la dissolution, est la vérité suprême. Si la création existe éternellement, il ne peut être question de dissolution ou d’annihilation. Cet argument n’a pas grand poids, car l’expérience nous montre que les choses matérielles ont un commencement, un milieu et une fin. Le but ultime de la philosophie bouddhiste est de dissoudre le corps, suggestion possible du fait que le corps a un début. De même, la manifestation cosmique dans son entier est un corps gigantesque, mais si l’on avance qu’elle existe éternellement, il ne peut être question d’annihilation. Vouloir tout détruire afin d’arriver au néant est absurde. L’expérience pratique nous oblige à accepter que la création a un début, ce qui nous amène automatiquement à accepter qu’il y ait un créateur. Ce créateur doit posséder un corps omniprésent, tel que le décrit la Bhagavad-gita (13.14):

sarvataḥ pāni-pādaḿ tat
sarvato ‘ksiśiro-mukham
sarvataḥ śrutimal loke
sarvam āvrtya tisthati

« Partout Ses mains et Ses jambes, Ses yeux et Ses visages, et rien n’échappe à Son ouïe. Ainsi existe, partout présente, l’Âme Suprême. »

L’Être Suprême doit être partout présent. Son corps existait avant la création; sinon, Il n’aurait pu être le créateur. Si la Personne Suprême était un être créé, il ne saurait en effet être queston d’un créateur. En conclusion, la manifestation cosmique est bel et bien créé à un moment donné et le créateur existait avant la création. Le créateur n’est donc pas un être créé, Il est le Param Brahman, ou l’Esprit Suprême. La matière est non seulement subordonnée à l’esprit, mais elle est aussi créé par l’esprit. Lorsque l’âme spirituelle entre dans la matrice d’une mère, le corps se constitue grâce aux ingrédients matériels fournis par la mère. Tout dans le monde matériel est créé; en conséquence , il doit exister un créateur, qui est l’Esprit Suprême, distinct de la matière. La Bhagavad-gita confirme le fait que l’énergie matérielle est supérieure et que l’énergie spirituelle est l’être vivant. Les énergies inférieure et supérieure appartiennent toutes deux à une personne suprême.

Les bouddhistes prétendent que le monde est irréel, mais cet argument n’est pas valide. Le monde est temporaire, mais il n’est pas irréel. Tant que nous avons un corps, nous devons connaître les plaisirs et douleurs provoqués par le corps, bien que nous ne soyons le corps. Nous pourvons ne pas prendre trop au sérieux ces plaisirs et ces douleurs, mais ils sont néanmoins réels. On ne peut pas vraiment dire qu’ils n’existent pas. Si ces douleurs et ces joies physiques étaient fausses, la création le serait aussi, et en conséquence personne ne s’y intéresserait beaucoup. Nous en concluons que la création matérielle n’est pas fausse ou imaginaire, mais qu’elle est temporaire.

Les bouddhistes soutiennent que le principe « je suis » est la Vérité Ultime, mais ceci exclut l’individualité du « je » et du « tu ». S’il n’y a pas « je » et « tu », ou pas d’individualité, il n’y a pas de possibilité de discussion. La philosophie bouddhiste repose sur la dialectique, mais il ne peut y avoir de dialogue si l’on dépent uniquement du concept « je suis ». Il doit y avoir un « tu », ou une autre personne. La dualité – l’existence d’une âme individuelle et d’une  Âme Suprême – est une nécessité philosophique. La Bhagavad-gita le confirme avec ces paroles du Seigneur:

na tv evāhaḿ jātu nāsaḿ
na tvaḿ neme janādhipāḥ
na caiva na bhaviṣyāmaḥ
sarve vayam ataḥ param

« Jamais ne fut le temps où nous n’exitions pas, Moi, toi et tous ces rois; et jamais aucun de nous ne cessera d’être. »
                                  (Bhagavad-gita 2.12)

Nous existions par le passé en divers corps, et après la destruction du présent corps, nous existerons dans un autre corps. Le principe vital, l’âme, est éternel, et il existe dans ce corps ou dans un autre. Même au cours de la vie actuelle nous vivons dans un corps d’enfant, puis d’adolescent, d’homme et enfin de vieillard. Lorsque le corps est détruit, nous en recevons un autre. Le bouddhisme adhère également à la philosophie de la transmigration, mais les bouddhistes n’expliquent pas correctement ce que sont les vies successives. Il existe 8 400 000 espèces et notre prochaine naissance peut avoir lieu au sein de n’importe laquelle; un corps humain n’est donc pas garanti.

D’après le cinquième principe bouddhiste, Bouddha est la seule source qui permette d’acquérir la connaissance. Nous ne pouvons accepter cela, étant donné que Bouddha a rejeté les principes de la connaissance védique. On doit accepter le principe d’une doctrine de référence car on ne peut arriver à la Vérité Absolue par la spéculation intellectuelle. Si chacun est une autorité ou si chacun prend sa propre intelligence comme critère ultime – comme c’est la mode aujourd’hui – les Écritures seront interprétées de multiples façons et chacun prétendra que sa philosophie est suprême.

Cela est devenu un très grave problème: chacun interprète les Écritures à sa façon et établit sa propre norme de vérité. Yata mata tata pâtha. Maintenant, n’importe qui essaie d’imposer sa propre théorie comme la Vérité Absolue. Les bouddhistes avancent que l’annihilation, le nirvâna, est le but ultime. La destruction s’applique au corps, mais pas à l’âme spirituelle qui transmigre d’un corps à l’autre. Si tel n’était pas le cas, comment des corps aussi divers existeraient-ils? Si la prochaine vie est un fait, le prochain corps l’est aussi. Dès que l’on assume un corps matériel, on doit accepter le fait que ce corps sera détruit et qu’on devra entrer dans un autre corps. Puisque tous les corps matériels sont voués à l’annihilation, nous devons obtenir un corps immatériel, un corps spirituel, si nous souhaitons que notre prochaine vie ne soit pas encore illusoire. La Bhagavad-gita explique comment obtenir un corps spirituel:

janma karma ca me divyam
evaḿ yo vetti tattvataḥ
tyaktvā dehaḿ punar janma
naiti mām eti so ‘rjuna

« Celui, ô Arjuna, qui connaît la nature absolue de Mon avènement et de Mes actes n’aura plus à renaître dans l’univers matériel; lorsqu’il quitte son corps, il entre dans Mon royaume éternel. »
              (Bhagavad-gita 4.9)

Ceci est la plus haute perfection; elle permet de transcender la transmigration dans des corps matériels et de retourner en notre demeure originelle, en compagnie de Dieu. Il n’est pas vrai que l’existence aboutit au néant ou au zéro. La vie continue, mais si l’on veut positivement annihiler le corps matériel, il faut obtenir un corps spirituel; autrement, il ne peut y avoir d’éternité pour l’âme.

Nous ne pouvons accepter la philosophie bouddhiste soit la seule voie, car elle comporte de nombreuses erreurs. Une philosophie parfaite ne présente aucun défaut, ce qui est le cas de la philosophie du Vedânta. Personne ne peut trouver quelque défaut que ce soit dans la philosophie du Vedânta et nous pouvons donc en conclure que le Vedânta est la voie philosophique suprême pour connaître la vérité. Selon le bouddhisme, les  Vedas sont compilés par des êtres humains ordinaires. Si tel était le cas, ils ne feraient pas autorité. Les Ecrits védiques nous apprennent que peu de temps après la création, Brahmâ reçut la connaissance védique. Les Vedas ne furent donc pas créés par Brahmâ, bien que ce dernier fût la première personnalité dans l’univers. Si Brahmâ n’a pas créé les Vedas mais qu’il est reconnu comme le premier être créé, d’où lui vient le savoir védique? Il est évident que les Vedas ne viennent pas d’une personne ordinaire née dans le monde matériel. D’après le Srimad-Bhagavatam (tene brahma hrdā ya ādi-kavaye  après la création, la Personne Suprême transmit le savoir védique à Brahmâ dans son coeur. Personne d’autre que Brahmâ n’existait au début de la création, et pourtant il ne compila pas les Vedas. On en conclut donc que les Vedas ne furent pas compilés par un être créé. Le savoir védique fut transmis par Dieu, la Personne Suprême, le créateur du monde matériel. Ce fait est également admis par Sankarâchârya, bien que celui-ci ne soit pas un vaisnava.

Il est dit que la miséricorde est l’une des qualités du bouddhiste, mais la miséricorde est quelque chose de relatif. Nous faisons preuve de miséricorde envers un subordonné ou envers quelqu’un qui souffre plus que nous-mêmes. Cependant, nous ne pouvons faire preuve de miséricorde envers un supérieur. Nous sommes plutôt l’objet de la miséricorde d’un supérieur. Ainsi, faire preuve de compassion et de miséricorde est un acte relatif. Ce n’est pas la Vérité Absolue. Par ailleurs, nous devons également savoir ce qu’est la véritable miséricorde. Donner à un malade quelque chose à manger qui lui est interdit n’est pas de la miséricorde, mais de la cruauté. A moins de vraiment savoir ce qu’est la miséricorde, nous risquons de créer une situation peu souhaitable. Si nous voulons faire réellement preuve de miséricorde, nous prêcherons la conscience de Krishna afin de raviver la conscience perdue des êtres humains, la conscience originelle de l’être vivant. Puisque la philosophie bouddhiste n’admet pas l’existence de l’âme spirituelle, la prétendue miséricorde des bouddhistes est défectueuse.



Catégories :La conscience de Krishna et les religions

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