Entre port du voile et mini jupe

La pudeur est-elle un outrage?

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 par Jagadananda das

Depuis un moment déjà en France le débat est lancé contre le port du voile intégral (la burqa des femmes musulmanes. Le port de la burqa est associé à un des mouvements intégristes de l’Islam , les salafistes. Lorsqu’en 1980 j’avais traversé le Pakistan pour me rendre en Inde, j’avais pu voir déjà dans les rues de Karachi des femmes portant la burqa et l’aspect de ces « femmes fantômes » était assez choquant (1) . Qui aurait pensé qu’un jour on verrait des femmes en burqa, couvertes de la tête aux pieds, en Europe même?  Et ce n’est pas étonnant que la burqa choque la population francaise et européenne (quand le port du voile intégral choque même les musulmanes de l’Islam modéré).

Cette  condamnation actuelle de la burqa m’a remis en mémoire une autre affaire similaire: celle d’une autre condamnation – dont le bien fondé cette fois était bien moins évident – qui concernait cette fois le port du voile simple (foulard, hijab, etc..). Cette condamnation a été rendue effective par le vote d’une loi le 15 mars 2004. Cette loi interdisait  le port du voile (simple) et de tout signe religieux visible (2).

Dès le milieu des années 90 un débat enflammé avait été lancé sur la place publique pour savoir si l’on devait permettre aux jeunes filles de porter le voile islamique dans les écoles et aux femmes dans l’administration francaise. A l’origine de cette polémique on retrouvait bien sûr les partisans de la laïcité, les mouvements féministes, et en première ligne le corps enseignant. Les musulmans et musulmanes alléguaient eux l’observance d’un principe religieux essentiel du Coran : l‘awrala pudeur.

Dans la culture védique (l « hindouisme« ) la qualité de pudeur revêt également une grande valeur et constitue une principe spirituel essentiel. Selon les Ecritures védiques la religion repose sur quatre pilliers qui la soutiennent : la pureté, la compassion, l’austérité et la véracité. La pudeur assure la pureté et celle-ci est menacée lorsque la société développe un trop grand attachement pour le sexe opposée. Ainsi, dans une société où les femmes s’affichent dénudées ou dans des attitudes sensuelles et provoquantes, la maîtrise des sens (qui préserve la pureté) devient trés difficile à observer. Dans une telle société les femmes sont trop souvent considérées comme des objets sexuels et ainsi ne sont pas respectées comme elles devraient l’être. De plus le culte du corps  tel que le pratique la société actuelle provoque, chez les jeunes femmes en particulier, de nombreuses souffrances. Lorsque la valeur de la femme est trop axée sur son apparence physique – il faut être mince, élancée, à la mode, etc… – certaines jeunes filles obnubilées par leur apparence extérieure vont jusqu’à développer différentes pathologies graves: anorexie mentaleboulimie, dépression, etc..

Afin de dissiper les effets néfastes de ce culte du corps dans la société actuelle, le développement de la connaissance spirituelle est essentiel. Dans ce domaine l’apport de la Conscience de Krishna est inestimable. Pour illustrer ce fait, je rapporterai une petite anecdote qui s’est déroulée au cours d’une des dernière fêtes du Ratha Yatra organisée par l‘Ikscon à Los Angeles. Au lieu d’arrivée de la parade, il se trouve, parmi différents kiosques dressés à l’occasion de la fête, un qui se nomme « Questions et réponses » . Dans ce kiosque un dévot qualifié (souvent un sannyasi) se tient là pour répondre aux questions que peuvent poser certaines personnes, curieuses d’en savoir plus sur la conscience de Krishna. Ce jour là,  Sa Sainteté Jayadvaita Swami animait une session « Questions et réponses ». A un jeune homme qui lui demandait : « Quel est l’essence de la vie spirituelle et de la conscience de Krishna? » Maharaja répondit d’une voix forte, tout en martelant chaque syllabe de son index sur le bord d’une table : « L’essence de la vie spirituelle est de réaliser que NOUS – NE – SOMMES -PAS – CE – CORPS – MATERIEL !!!  » Entendant ces paroles prononcées avec force et conviction, une femme qui se trouvait là avec son amie – toutes deux étaient de forte corpulence -, d’un air soulagée et ravie, se tourna vers celle-ci et lui dit :  » Pour une bonne nouvelle, c’en est une !! »

« Nous ne sommes pas ce corps matériel » est un thème que ne manquait jamais d’aborder au cours de ses classes et conférences Srila Prabhupada, le maître spirituel fondateur du Mouvement International pour la conscience de Krishna, car insistait-il, à moins de bien comprendre (et de mettre en pratique) ce point philosophique essentiel on ne peut espérer évoluer plus avant dans les différentes étapes qui jalonnent la réalisation spirituelle. Plus on progresse dans la pratique de la conscience de Krishna, la pratique du bhakti-yoga, plus on goûte à l’ananda, la félicité spirituelle, bien supérieure aux plaisirs sensuels liés à la satisfaction des sens matériels . Les plaisirs sensuels sont antagonistes au plaisir spirituel (voir SB 4.25.24). Autrement dit, plus quelqu’un est porté sur les plaisirs de la chair moins aura-t’il de chance de goûter au plaisir spirituel. C’est ainsi que la société moderne en ne respectant pas les normes de pudeur élémentaires et en cherchant plutôt à stimuler fortement l’attraction sexuelle de l’homme pour la femme (et de la femme pour l’homme) montre envers sa population la plus grand violence qui soit. Comment cela? Parce qu’elle les prive de leur bien le plus sacré: le droit de se sentir vraiment heureux et accompli. En effet, le véritable bonheur et l’accomplissement personnel ne se situe pas au niveau matériel mais bien au niveau spirituel (3) . C’est ce que l’on peut concrètement constater chaque jour au contact des gens: les gens ne sont pas heureux. Et cela malgré la libéralisation des moeurs et la révolution sexuelle amorcée dans les années 60/70 et qui continue encore actuellement à prendre de l’ampleur. Seule la conscience de Krishna ou la conscience de Dieu, et plus spécifiquement le chant du maha-mantra Hare Krishna (le sankirtana) peut nous permettre de goûter « au nectar après lequel nous languissons« .

CONCLUSION:

Pourquoi avoir causé tant de polémique, tant de remous pour le port du voile simple chez les femmes musulmanes?  Cette pratique est certainement trés respectable (comme l’exprime trés bien d’ailleurs un prêtre catholique dans un article qui se trouve à la suite de celui-ci en ANNEXE 1) . Elle s’attache au principe de pudeur qui, associé à la pureté des moeurs, constitue un des pilliers essentiels de la religion. Dans la conscience de Krishna également – bien qu’il n’est pas imposé aux femmes de porter le sari sur la tête – ce principe de pudeur est naturellement observé car il correspond à un état de conscience spirituelle. Il ne revêt pas pour une dévote un caractère coercitif mais s’impose comme une pratique naturelle . On ne verra jamais par exemple une dévote de Krishna ou Vaishnavi portant une mini-jupe ou tout autre vêtement suggestif. Naturellement, de part sa conscience spirituelle évoluée, une dévote et un dévot de Krishna est pudique et réservé. Il comprend que son principal intérêt dans la vie réside dans la maîtrise des sens et dans celle du mental . Il comprend qu’il doit resté toujours vigilant vis-à-vis du mental ; à savoir qu’il ne doit pas être insouciant et relâché dans son observance des principes régulateurs, au risque de devoir tomber sous l’emprise des trois grands ennemis de la vie spirituelle: kama, krodha et lobha , la concupiscence, la colère et l’avidité. Il doit toujours faire montre de pudeur et de réserve, en engageant son corps et ses sens, non dans le service de mâyâ mais bien dans le service de dévotion offert au Seigneur Suprême. Ainsi, un dévot sincère engagera sa langue constamment – ou le plus souvent possible – dans la vibration du chant des Saints Noms de Dieu : Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare / Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare. La glorification de Dieu -que cela soit sous la forme de Son saint nom ou la propagation de la connaissance spirituelle ayant trait à Lui et contenue dans la Bhagavad-gita, le Srimad Bhagavatam, etc – constitue le seul moyen d’assurer la pureté du mental:

« ..,  la pureté est nécessaire et pour le mental et pour le corps. La propreté du corps est d’une utilité certaine, mais la pureté du mental est également nécessaire, et elle s’obtient par la glorification du Seigneur Suprême. Car, nul, s’il ne glorifie le Seigneur, ne peut débarasser son mental de toutes les impuretées qui s’y sont entassées. Une civilisation athée n’a donc aucun moyen de purifier le mental, car elle n’a aucune idée de Dieu; et l’homme ne peut vraiment avoir de bonnes qualités, même s’il jouit de tous les atouts matériels. »

(Srimad Bhagavatam 1.17.25 teneur et portée)

S’il refuse de faire preuve de pudeur et d’engager ses sens ainsi, il devra tout de même engager ses sens – qui ne peuvent en aucun cas demeurer inactifs-  mais cette fois au service de mâyâ, l’énergie illusoire de Dieu, dont la sensualité débridée constitue l’arme première. Il sait alors que s’il sert mâyâ, il devra souffrir mille tourments et mille peines, sous le joug des morts et renaissances répétées, alors que s’il sert Krishna, il goûtera à la vraie félicité et atteindra à la fin de sa vie le royaume de Dieu, sa réelle demeure éternelle, remplie de connaissance et de félicité, et n’aura plus à revenir dans ce monde de douleur et de querelles incessantes.

Ce Royaume suprême, le Mien, ni le soleil, ni la lune, ni la force électrique ne l’éclairent. Pour qui l’atteint, point de retour en ce monde. 
                                        
(Bhagavad-gita 15.6)
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(1) La vue de ces « femmes fantômes ». Dans cet article intitulé « Entre port du voile et mini-jupe » il doit être clair que nous ne défendons aucunement le port du voile intégral. Nous faisons une disctinction bien claire entre port du voile simple et port du voile intégral. En réalité le port du voile intégral est une pratique récente -tout au plus 90 années- qui a été imposée aux femmes par des religieux intégristes fanatiques. Les pratiquants de l’Islam modérée réprouvent d’ailleurs de telles pratiques sectaires comme étant un signe de mépris vis-à-vis des femmes.

(2) La loi faisait mention « de signes religieux ‘ostentatoires’  » mais j
‘ai préféré ce terme de « visible » car « ostentatoire » laisse à penser que les porteurs ou porteuses de signes religieux -(le turban des Sikhs, la kippa Juive, la croix Chrétienne, etc…) le faisaient dans l’intention de « se mettre en avant » ou même de « défier les autres religions ».

(3) Il ne s’agit pas de nier ou de négliger les besoins essentiels du corps (comme manger, dormir, s’accoupler ou se défendre)  mais de réaliser toutefois qu’ils ne constituent pas nos seuls et uniques besoins et de plus qu’ils ne sauraient suffire à notre réel bonheur. Il faut répondre aux aspirations de l’âme et pratiquer ainsi le service de dévotion offert à Dieu, Krishna, la Persone Suprême. Alors, on pourra goûter vraiment au bonheur.

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ANNEXE

Un prêtre catholique pour le port du voile

« J’habite à côté d’une mosquée et je trouve le voile plutôt décent. Pourquoi ne pas plutôt réagir à la profusion de publicité pseudo-pornographique qui s’étale à longueur de rues ? Les adversaires du voile abordent la question exclusivement sous l´angle du danger communautariste. Ceux qui professent une même foi partagent des signes d´appartenance et de reconnaissance. Le vêtement fait depuis toujours partie de ces signes.  Contraindra-t-on demain les moniales à revêtir le pantalon à chaque fois qu´elles sortiront des limites de leur monastère ? Va-t-on obliger les évêques de France à ôter leur clergyman pour s´exprimer sur un plateau de télévision ?
Les prêtres qui enseignent la religion dans une école, pourront-ils encore porter la croix au revers de leur veste ? Et les moines tibétains devront-il troquer leur robe safran contre un complet veston ? Seule une société totalitaire pourrait en arriver à de telles extrémités. Une société démocratique se reconnaît dans sa capacité à gérer une diversité stimulante. Ma grand-mère et les femmes alsaciennes et catholiques de son âge ne sortaient jamais, surtout pas à la messe, sans être revêtues d´une coiffe ou d´un foulard. De fait, chaque fois que j´ai abordé cette question du voile ou du foulard avec des amis musulmans, ceux-ci n´en ont jamais parlé comme d´un signe d´appartenance ethnique ou religieuse. Ils y voient surtout une manifestation de pudeur. Cette pudeur qui est foulée aux pieds dans notre société moderne ! Et c´est peut-être là l´angle sous lequel il faut aborder la question.

La mini jupe et le bikini sont-ils des vêtements plus neutres que le voile ? Certainement que non ! Ils portent simplement un autre système de valeur radicalement opposé à celui que symbolise le voile. N´est-ce pas aux femmes musulmanes elles-mêmes de décider quel système de valeurs leur convient mieux ?

En portant le voile, des femmes refusent de provoquer les regards des mâles gourmands comme de vulgaires objets de plaisir. Car le voile touche au statut de la sexualité dans notre société : une société où les love parades semblent moins choquer que les manifestations de la piété musulmane ; une société dont l´intelligentsia tolère des propos orduriers déversés à longueur de jour et de nuit par des radios dites « jeunes » ; une société où domine une idéologie ultra-libertaire qui ne se dit pas. Cette idéologie là, les jeunes ont le droit de la contester. Le voile ne pose pas de problème lorsqu´il est porté par les grands-mères musulmanes. Il fait peur quand ce sont des jeunes filles scolarisées qui le portent. Le nombre de jeunes filles adeptes de la cigarette ne choque pas : au moins elles prouvent qu´elles sont émancipées des vieux tabous ! 

Le voile pose effectivement la question des valeurs vécues par les jeunes. Car il ouvre à un débat sur le type de société dans lequel nous voulons vivre demain. Quelles valeurs pour quelle société en Europe ? Les religions juives et chrétiennes, les différentes familles de l´islam et d´autres lignées spirituelles auront une contribution décisive à apporter à ce débat. Certes on peut penser qu´elles véhiculent encore certains archaïsmes. On ne peut nier qu´elles portent surtout des valeurs humaines éternelles. La pudeur et la modestie en font partie. »

L’Aumônier catholique de l’hôpital à Colmar

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Catégories :Faits de société; analyse et solutions

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