Le don inestimable du Seigneur Chaitanya

Le Seigneur Chaitanya dansant pendant le Ratha Yatra à Jagannatha Puri

 

Voici un extrait  d’une conférence donnée par Srila Prabhupâda, en avril 67, sur le Chaitanya Charitamrita – la biographie authentique du Seigneur Chaitanya Mahâprabhu par Krishnadâs Kavirâja Gosvâmî – au temple  de New York du Mouvement International pour la Conscience de Krishna.  Elle a été publiée dans l’introduction de ce même ouvrage que Srîla Prabhupâda a traduit et commenté et qui  est  disponible en 8 volumes en Francais.


Plusieurs niveaux dans l’amour de Dieu

Il existe certes plusieurs niveaux dans la réalisation de Dieu et le service de dévotion; en définitive, on peut dire que quiconque croit en Dieu s’établit par là même dans le service de dévotion. Mais le simple fait de savoir que Dieu est grand, même si un tel savoir n’est pas à dédaigner , ne représente pas une réalisation très haute en soi. Chaitanya Mahâprabhu, Lui, jouant le rôle dâchârya, de grand précepteur, enseigne qu’il est possible de développer une relation personnelle avec le Seigneur et de se lier ainsi d’une amitié véritable avec Lui.


On a vu, dans la Bhagavadgîtâ Krishna manifester Sa forme universelle (visvarûpa) devant Arjuna parce qu’Il le tenait pour « Son ami très cher ». Cependant, voyant Krishna prendre l’aspect de maître des univers, Arjuna s’excusera d’avoir pu se montrer trop familier avec Lui. Chaitanya va plus loin encore. Par l’effet de Sa grâce, un sentiment d’amitié profonde, sans limite, peut s’établir entre nous et Dieu, une amitié qui se place tout entière sous le signe de la liberté parfaite, hors de tout sentiment de vénération. On peut même s’unir au Seigneur dans le sentiment qui est celui d’un père pour son fils. Cette philosophie n’est pas particulière au Chaitanya-caritâmrita, on la retrouve aussi dans le Srimad-Bhâgavatam. Mais nul autre écrit au monde ne fait voir Dieu comme le fils de Son dévot. Partout ailleurs, Dieu apparaît comme le Père tout -puissant, répondant aux prières de Ses fils. 

Il en va différemment dans le cadre du service de dévotion, Nanda Maharaja entouré de ses deux fils Krishna et Balarama. Mère Yashoda s'apprête à servir Nanda Kumara invité à leur table.(Brihad-Bhagavatamrita) où il arrive que de grands bhaktas tiennent le Seigneur pour leur enfant. Le fils demande, et le père pourvoit; le Bhakta prenant ainsi soin du Seigneur agira pour Lui comme un père pour son fils. Au lieu de recevoir, nous donnons à Dieu. C’est pénétrée d’un tel sentiment que mère Yashodâ incitait le Seigneur à prendre Son repas: « Mange, mange bien, sans quoi Tu vas dépérir. » Et voici Sri Krishna, Lui à qui tout appartient, dépendant de la miséricorde de Son dévot. C’est un niveau d’affection exceptionnellement élevé, où le bhakta croit véritablement être le père de Krishna. 

La relation amoureuse avec Dieu

Toutefois, le plus précieux don légué par Srî Chaitanya, c’est l’enseignement qu’une relation amoureuse peut être échangée avec Krishna.

 Cet amour est si fort que le Seigneur S’avoue Lui-même désarmé pour lui répondre. L’amour des gopîs, les jeunes villageoises de Vrindâvana, faisait de Krishna leur obligé, que ne voyait pas comment Il pourrait jamais leur rendre leur amour. « Comment vous rendre tout l’amour que vous Me portez? » leur dit-Il. « Je n’ai rien à vous offrir en retour! » Tel est le niveau d’excellence où se déploie le service de dévotion, et c’est à Srî Chaitanya Mahâprabhu que nous devons cette connaissance des sentiments amoureux échangés entre le Seigneur et certains de Ses dévots. Jamais auparavant aucun âcârya ou avatâra n’avait révélé pareille connaissance. C’est pourquoi Srila Rûpa Gosvâmi écrit à propos de Chaitanya: « Le service de dévotion représente en soi la plus haute sphère, et c’est Toi qui en as fait connaître la gloire. Tu es Srî Krishna, mais Ta carnation est d’or. Tu es aussi Sacinandana, le fils de Sacimâtâ. Ceux qui entendront le récit du Caitanya-caritâmrita Te garderont à jamais dans leur coeur, et il leur sera facile de comprendre à travers Toi la personne de Srî Krishna. » Chaitanya Mahâprabhu est donc venu sur terre pour nous livrer Krishna, non pas par le biais de la méditation, de l’action intéressée ou de l’étude des Ecritures, mais par l’amour.

On parle souvent de « l’amour de Dieu ». Or, l’étude de la philosophie vaïshnava nous permet de réaliser jusqu’où peut s’étendre cet amour. La connaissance théorique de l’amour pour Dieu se trouve dans maints Ecrits, dans différentes parties du monde. Mais les Ecritures vaïshnavas expliquent ce qu’est véritablement l’amour pour Dieu et comment il se développe. Et c’est Chaitanya Mahâprabhu qui nous révèle le plus haut déploiement de cet amour pour Dieu.

    Il est possible, même dans le monde matériel, d’éprouver dans une certaine mesure le sentiment d’amour, car l’amour existe originellement en la personne de Dieu. Tout ce qu’il nous est donné de connaître au cours de notre existence conditionnée se trouve en la personne du Seigneur Suprême, source ultime de toute chose. L’amour véritable existe donc au niveau de notre relation originelle avec le Seigneur Suprême, mais il devient dénaturé sous l’effet du conditionnement matériel. L’amour vrai est par nature constant et sans limites, mais le pâle reflet dénaturé que l’on en trouve dans l’univers matériel est inconstant et impur (infidélités, divorces, séparations). Qui désire connaître le véritable amour – et ce sera l’amour spirituel – doit diriger ses sentiments vers l’objet ultime de tout amour, vers Dieu, la Personne Suprême. C’est là le principe sur lequel repose la conscience de Krishna.

   Quand la conscience est matérielle, nous laisson s’épancher notre force d’amour sur des objets indignes – un chien ou un chat…- au risque même de voir nos pensées se porter vers eux à l’instant de la mort et de devoir par là renaître au sein de ces espèces. L’amour qui n’a pas Krishna pour objet conduit à la déchéance. Comprenons bien que Sri Krishna, ou Dieu, n’est pas quelque entité obscure, ou dont l’accès ne serait réservé qu’à quelques élus. On parle d’amour de Dieu, même vaguement, dans tous les pays, dans toutes les Ecritures du monde, nous dit Sri Chaitanya Mahâprabhu; mais nul, hélas, ne sait vraiment en quoi il consiste. Or, les Ecrits védiques ont ceci d’original qu’ils tracent pour chacun la voie juste conduisant à l’amour de Dieu. Même si ellles encouragent en principe l’amour de Dieu, ces Ecritures ignorent tout de l’art de le mettre en oeuvre. Chaitanya Mahâprabhu, Lui, a démontré de façon pratique comment se développe un échange de sentiment amoureux avec le Seigneur. Prenant le rôle de Srîmati Râdhârani, c’est animé des mêmes sentiments qu’Elle que Chaitanya porte vers Srî Krishna Son amour. Krishna S’étonnait de l’amour de Râdhârani: « Comment Râdhârani peut-Elle Me combler d’un si grand bonheur?  » Il voulut percer le secret de Sa bien-aimée, et aussi comprendre Sa propre personne avec les yeux de l’amour; c’est pourquoi Il choisit de vivre les émotions de Râdhâ. Voilà donc où réside le mystère de l’avènement de Srî Chaitanya. Chaitanya n’est autre que Krishna qui S’absorbe dans le rôle, dans l’état d’âme de Râdhârani, nous enseignant ainsi l’art d’aimer Krishna. C’est ce qu’exprime la prière suivante: « J’offre mon hommage respectueux au Seigneur Suprême, qu’absorbent les pensées de Srîmati Râdhârani. »

… Krishna dans l’état d’âme de Radharani



Catégories :ChaitanyaMahaprabhu, La voie et la pratique du bhakti-yoga, Le Chaitanya caritamrita

3 réponses

  1. Hare Krishna

    Je vous remercie Beaucoup  Mr Jagadananda Das  pour cette belle article 

    J'aime

  2. Magnifique description de l’Amour divin !

    Même si on ne sait pas vraiment ce que c’est, on entre dans le ravissement …

    A la lecture de ce texte, on se laisse emporter par la douceur de ce qui est en nous, encore voilé .

    Dieu en nous, Krishna et Chaitanya en nous : nous, amoureux de nous-même ?

    J'aime

  3. C’est vrai, vous avez été un peu rude avec moi !

    Mais rassurez-vous, je n’appartiens à aucun mouvement . Je m’intéresse à tous (ou pas) avec le plus de discernement possible .

    Ce texte que j’ai beaucoup aimé parce qu’il m’a transportée dans un univers de douceur, je dois dire que je ne l’ai pas vraiment compris . C’est encore au-dessus de mes capacités … C’est la
    raison pour laquelle mes paroles ont pu être mal interprétées .

    D’abord, c’est de Râddhâna et Krishna que je voulais parler et qui représentent pour moi (sauf erreur) le masculin et le féminin réunifiés en nous, ce qui conduit à l’Amour divin en nous, le Père
    et la Mère en nous, d’où l’idée d’être amoureux de soi-même dans notre couple intérieur, réconcilié .

    Je considère pour ma part que nous sommes une parcelle divine, une goutte d’eau qui compose la mer … A un certain moment tout se mélange et on devient la goutte et la mer, l’un et le multiple à
    la fois .

    Je ne considère donc pas que je suis Dieu mais une partie qui contient en elle le Tout (Dieu en nous) et qui est contenue dans le Tout .

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