Que viennent les calamités

(d’après les célèbres prières de la reine Kunti)


par  Sa Divine Grâce
A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupāda

(traduction de Denis Bernier et Pierre Corbeil)

Huitième Chapitre 

Que viennent les calamités

vipadaḥ santu tāḥ śaśvat
tatra tatra jagad-guro
bhavato darśanaḿ yat syād
apunar
bhavadarśanam

 » Je souhaiterais que de tels malheurs surviennent encore et encore, pour que sans fin nous puissions à nouveau nous trouver en Ta présence. Car en Ta présence à jamais s’absente la répétition des naissances et des morts. « 
                         ( Srimad-Bhâgavatam 1.8.25 )

Le malheureux, l’indigent, la femme ou l’homme d’intelligence et l’esprit curieux, quand ils ont accompli des actes de piété, commencent en général – s’ils ne l’ont déjà fait – d’adorer le Seigneur. Les autres, dont l’existence est une suite de méfaits, ne peuvent, quelle que soit leur position, approcher l’Être Suprême, car l’énergie d’illusion les fourvoie. Or, lorsque le malheur survient, l’homme de piété ne voit d’autre choix que de prendre refuge aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur. Car, garder toujours en pensée Ses pieds de lotus, c’est marcher sur la voie de la libération des naissances et des morts répétées. Pour celui qui a développé cette attitude, les malheurs n’en sont plus tels que par leurs noms; à vrai dire, ils sont bienvenus, puisqu’ils lui donnent de cultiver le souvenir du Seigneur, c’est-à-dire d’échapper à l’existence matérielle.

    Quiconque a pris refuge aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur, que de grandes autorités en matière spirituelle ont comparés à un solide vaisseau capable de franchir l’océan de l’ignorance, peut obtenir la libération sans plus de mal que s’il franchissait d’un bond l’eau contenue dans l’empreinte laissée sur le sol par le sabot d’un veau. Cette personne est appelée à vivre dans le Royaume de Dieu et n’a pas sa place dans l’Univers matériel, où de nouveaux dangers nous guettent à chaque pas. Le Seigneur confirme, en effet, dans la Bhagavad-Gîtâ, que cet Univers est un lieu de dangers, jonché d’embûches. Les intelligences médiocres s’acharnent, par mille moyens, à contourner ces obstacles, ou à vouloir tirer jouissance de l’existence matérielle en dépit des malheurs qu’elle impose, mais demeurent ignorants du fait que cet Univers est, par nature, source de constantes souffrances. Ils n’ont par ailleurs nulle connaissance du Royaume de Dieu, tout de félicité et sans nulle trace de malheur. Au contraire, il va du devoir de l’homme à l’intelligence sûre de ne pas se laisser troubler par les cruautés du sort, d’ailleurs inévitables en ce monde, mais plutôt de prendre à cœur, en dépit de tous les maux qui ne sauraient manquer de l’atteindre, de progresser sur la voie de la réalisation spirituelle, conscient qu’il s’agit là de sa mission humaine. De fait, l’âme se situe au-delà de toute souffrance matérielle, si bien que tous les maux auxquels nous faisons face ne sont tels que de nom, et donc sans fondement. En rêve, par exemple, on peut se voir dévoré par un tigre et hurler de peur, mais en réalité, il n’y a pas de tigre, et donc nulle raison d’avoir peur; tout n’est que chimères. De même, les maux de l’existence sont comme des songes. Si, toutefois, on a l’heureuse fortune de mettre un terme à nos  » hallucinations  » en entrant au contact du Seigneur à travers le service de dévotion, cette union ne nous apportera que gains tangibles; toute action accomplie dans le cadre des neuf pratiques dévotionnelles représente un pas en avant sur le sentier de l’affranchissement de l’Univers matériel, du retour à Dieu.

Ce verset fort intéressant nous révèle que les calamités ou périls (vipadah) sont bienvenus, en autant qu’ils nous permettent de cultiver le souvenir de Krishna.

ta te ‘nukampâm susamîksamâno
bhuñjâna evâtma-krtam vipâkam
(Srimad Bhagavatam.10:14:8)

Comment le dévot accueille-t-il le danger ? Il est inévitable, car l’Univers est le royaume du danger. Les sots, ignorants de ce fait, s’acharnent à contourner ces embûches; aussi luttent-ils pour survivre. Chacun cherche le bonheur et fuit les périls. Ainsi se définit l’existence matérielle. Tous poursuivent le bonheur ultime (atyantikam sukham). L’ouvrier pense :  » Travaillons sans relâche en économisant pour nos vieux jours, où nous pourrons alors jouir de la vie sans avoir à travailler.  » Tel est le projet secret de chacun. Nul ne veut travailler; au contraire, dès qu’une personne s’enrichit, elle songe à une retraite heureuse. Mais ce n’est pas ainsi qu’on trouvera le bonheur.

Kunti parle ici de apunar bhava-darsanam. Le préfixe a signifie  » ne pas  » et les mots punar bhava  » la répétition des morts et renaissances « . Voilà le vrai péril auquel il convient de mettre un terme.

L’Univers matériel est jonché d’embûches (padam padam yad vipadâm). Citons un exemple. On peut traverser l’océan à bord d’un navire à toute épreuve, mais sans être en sécurité pour autant : en mer peut surgir à tout instant quelque danger. Le Titanic étant considéré comme un navire insubmersible; or, dès son premier voyage, il coula à pic et plusieurs hommes influents y perdirent la vie. Conclusion : impossible d’éviter tout danger en ce monde qui demeure par nature une source de constants périls. Notre souci doit être de franchir sans délai cet océan de dangers. Tant que nous sommes en mer, notre situation demeure précaire, si solide que soit notre navire. C’est un fait. Ne laissons pas toutefois les vagues de l’océan nous perturber; cherchons plutôt à rejoindre l’autre rive. Tel doit être notre souci.

Tant que durera notre séjour ici-bas, nous devrons affronter diverses calamités car ce monde de matière en est saturé. Développons malgré tout notre conscience de Krishna afin de pouvoir, en quittant notre corps, retourner auprès de Lui, en notre demeure originelle.

Sur le champ de bataille de Kurukshetra, Arjuna dit à Krishna :  » J’accepte tout ce que Tu dis. Je ne suis pas le corps, mais une âme, et il en est ainsi pour chacun. L’âme survit donc à la destruction du corps. Mais quand je réalise que je tue et que je vois mourir mon fils ou mon grand-père, comment puis-je me consoler de savoir qu’ils ne meurent pas vraiment, qu’ils changent simplement de corps ? Porté à penser à eux avec affection et en fonction de leur corps, chagrin et douleur me semblent incontournables. « 

Krishna admit la justesse des arguments d’Arjuna.  » C’est un fait, lui répondit-il. Tu dois souffrir puisque tu t’identifies au corps. Apprends donc à tolérer cette souffrance, car il n’existe aucun autre remède à la situation.  » Pour reprendre les mots mêmes de Krishna, consignés dans la Bhagavad-Gîtâ:

mâtrâ-sparsas tu kaunteya
sîtosna-sukha-duhkha-dâh
âgamâpâyino ‘nityâs
tâms titiksasva bhârata

 » Éphémères, joies et peines, comme étés et hivers, vont et viennent, ô fils de Kunti. Elles ne sont dues qu’à la rencontre des sens avec la matière, ô descendant de Bharata, et il faut apprendre à les tolérer, sans en être affecté. « 
                                        (Bhagavad-gita 2.14)

    En Amérique, il peut être pénible de prendre un bain matinal, car il y fait parfois très froid. Le dévot cessera-t-il pour autant de faire ses ablutions matinales ? Non. Malgré le froid, il doit se laver régulièrement. Il faut en effet s’acquitter de son devoir, même si cela implique quelque souffrance. C’est ce qu’on appelle l’austérité (tapasya). Il importe de persévérer dans la conscience de Krishna en dépit de tous les périls et embûches de ce monde. Ainsi se traduit l’acceptation volontaire des épreuves de la vie (tapasya).

Parfois ceux qui prononcent de stricts vœux de tapasya s’assoient à l’intérieur d’un cercle de feu et, sous le soleil brûlant de l’été, pratiquent la méditation. De même, au cœur de l’hiver, ils s’immersent dans l’eau froide et méditent. Chaitanya Mahâprabhu ne recommande pas cependant ce rude tapasya, auquel Il préfère un programme des plus agréables : chanter le Saint Nom, danser et savourer le prasâda, la nourriture préalablement offerte à Krishna. Mais nous demeurons néanmoins réticents. Si déchus sommes-nous que nous refusons même ce tapasya. Quoique d’application aussi joyeuse que facile (susukham kartum avyayam), nous le rejetons. Certains préfèrent s’enivrer, se prostituer ou traîner dans les rues. Qu’y pouvons-nous ?

Le Mouvement pour la Conscience de Krishna offre aux gens toutes facilités pour chanter, danser, honorer le Krishna-prasâda et vivre dans la paix et la joie, mais eux le rejettent. C’est ce qu’on appelle l’infortune. Se faisant le porte-parole des gens de cet âge, Chaitanya Mahâprabhou dit donc :  » Dans mon infortune, je n’éprouve aucun attrait pour le chant du mahâ-mantra Hare Krishna.  » Ainsi prie Chaitanya :

                         nâmnâm akâri bahudhâ nija-sarva-saktis
                       tatrârpitâ niyamitah smarane na kâlah
                        etâdrsî tava krpâ bhagavan mamâpi
                        durdaivam îdrsam ihâjani nânurâgah
                                                       (siksastakam 2)

Selon Lui, le Saint Nom de Dieu – Krishna – est investi de toutes les puissances. Krishna jouit d’infinies puissances et de même Son Nom. Dieu possède des milliers de noms, dont le principal est Krishna. Il n’existe aucune règle stricte à suivre pour les chanter ou les réciter. On peut, par exemple, pratiquer ce chant à toute heure du jour ou de la nuit. Qui plus est, le Nom de Krishna est identique à Sa Personne; le Saint Nom est Krishna.

N’allons pas penser que Krishna habite Son royaume, Goloka Vrindâvan (Krsnaloka), et que Son Nom est différent de Lui. De toute évidence, dans l’Univers matériel et selon l’entendement profane, le nom diffère de ce qu’il désigne. Or, dans le royaume de la Transcendance, de telles différences n’existent point. Le Saint Nom s’avère aussi puissant que Krishna Lui-même. En employant notre langue pour chanter le mantra Hare Krishna, nous entrons sur-le-champ en contact avec Krishna, Son Nom et Sa Personne étant identiques. Nous pouvons croire qu’Il est très loin, alors qu’en fait Krishna est en nous. Infiniment loin, Il est aussi on ne peut plus près. Même si nous Le croyons si loin, Son Nom est là. Nous n’avons qu’à chanter le mantra Hare Krishna pour qu’Il soit aussitôt accessible. Krishna permet qu’on s’approche aisément de Lui grâce à cette méthode simple, que ne régit aucune règle stricte. Nous pouvons la pratiquer à toute heure du jour et immédiatement obtenir Krishna. Voyez donc Sa miséricorde !

Voilà pourquoi Chaitanya Mahâprabhu dit : etâdrsî tava krpâ bhagavan mamâpi durdaivam îdrsam ihâjani nânurâgah –  » Cher Seigneur, Tu m’offres tant d’occasions de Te contacter mais dans mon infortune, je n’en éprouve nul attrait. Je m’attache à tant de choses, mais non au chant du mantra Hare Krishna. Voilà mon infortune.  » Krishna Se montre si magnanime qu’Il demeure auprès de nous dans le son transcendantal de Son Nom, qu’Il a investi de toutes Ses puissances. Si nous restons en contact avec Son Nom, il nous accordera toutes Ses bénédictions. Malgré cela, nous ne sommes guère enclins à chanter le mantra Hare Krishna. Ainsi se mesure notre infortune.

Néanmoins, le dévot n’est pas troublé par les dangers, revers ou embûches. Au contraire, il les accueille. Âme soumise, il sait que dangers et réjouissances ne sont que différentes manifestations de Krishna, qui est absolu. Les Écritures védiques (shâstras) nous informent que la religion et l’irréligion, ces deux antipodes, ne représentent que la face et le dos de Dieu. Existerait-il une différence entre ces deux parties du Seigneur ? Celui-ci étant absolu, le dévot demeure imperturbable dans le danger comme dans l’opulence, sachant bien que l’un et l’autre représentent Krishna.

Dans le danger, le dévot pense :  » Krishna m’apparaît maintenant sous la forme d’un péril.  » Dans Sa forme de Nrisimhadeva, le Seigneur constituait une menace pour le diabolique Hiranyakashipu, mais Il incarnait simultanément l’ami suprême aux yeux de Son dévot, Prahlâda Mahârâja. Dieu ne représente jamais un danger pour le dévot, qui ne redoute d’ailleurs aucun péril, étant convaincu qu’il ne s’agit là que d’un autre aspect du Seigneur.  » Pourquoi craindre ? pense-t-il, je me suis abandonné à Lui. « 

C’est pourquoi Kunti déclare : vipadah santu tâh sasvat –  » Je souhaiterais que de tels malheurs surviennent encore et encore.  » Elle accepte les périls, car elle sait se souvenir alors de Krishna.  » Cher Seigneur, dit-elle, j’accueille le danger puisqu’il éveille en moi le souvenir de Toi.  »  Placé par son père dans des situations périlleuses, Prahlâda Mahârâja ne cessait de penser à Krishna. Tout danger qui provoque en nous le souvenir de Krishna est le bienvenu. Pourquoi ?  » Voici une occasion de penser à Krishna.  » Un tel péril est donc souhaitable, car voir ou se rappeler de Krishna nous fait progresser dans la spiritualité, nous évitant ainsi d’avoir encore à affronter de nouveaux dangers. Tyaktvâ deham punar janma naiti mâm eti so ‘rjuna Quand on est très avancé dans la conscience de Krishna, on n’a plus à renaître dans l’Univers matériel (punar janma naiti) après avoir quitté notre corps (tyaktvâ deham) [Bhagavad-gita 4:9] .  Voilà ce qu’il faut rechercher.

Supposons que je sois actuellement très confortable, très bien dans ma peau. La mort frappera néanmoins, suivie d’une nouvelle naissance. Si, quittant ce corps, j’obtiens ensuite celui d’un chat ou d’un chien, que vaut mon confort présent ? La mort est inévitable, après quoi il faut assurément revêtir un autre corps. Peut-être ignorons-nous quel corps sera le nôtre, mais les Écritures védiques (shâstras) nous informent que nous obtiendrons un nouveau corps en fonction de notre mentalité particulière. Quand bien même je serais confortable, si je continue de penser comme le chien, je devrai renaître tel. Que vaut alors mon confort actuel ? Celui-ci pourra durer vingt, trente, cinquante ou – tout au plus – cent ans. Pourtant, si, quittant ce corps, mes pensées m’entraînent vers un corps de chat, de chien ou de souris, à quoi bon cette vie aisée ? Mais personne ne considère la chose. Surtout en cet âge, tous pensent :  » Je mène une vie aisée; j’ai une belle propriété, toutes les commodités et assez d’argent et de vivres. Quand ce corps cessera d’être, je ne renaîtrai pas; jouissons donc de la vie pendant qu’elle dure.  » Ainsi s’énonce la philosophie moderne de l’hédonisme, qui ne correspond guère à la réalité.

Kunti, elle, est consciente de la mort et de la renaissance, dont elle ne tient pas à refaire l’expérience. Ce que nous révèlent les mots apunar bhava-darsanam. Qui voit toujours Krishna est certes conscient de Lui, car la conscience de Krishna consiste à penser sans cesse à Lui. Notre conscience doit s’abîmer dans Sa pensée. Voilà pourquoi le maître spirituel engage le dévot dans différentes activités, dont la vente de livres sur la conscience de Krishna. Mais si le dévot estime que l’énergie ainsi investie devrait être dirigée vers la vente de bijoux (nde: ou vente de peintures, tapis, etc…), ce n’est certes pas là une très bonne proposition. Il ne serait plus alors qu’un bijoutier. Prenons garde de ne pas être détournés de la conscience de Krishna, même en présence de quelque danger ou souffrance. Apprenons à les tolérer – voire les accueillir – en offrant une prière de gratitude à Krishna.

Comment prier ? Tat te ‘nukampâm susamîksamânah –  » Cher Seigneur, c’est par Ta grande miséricorde que je me trouve en péril.  » Voilà comment le dévot voit le danger.  » C’est une faveur de la part de Krishna.  » Bhuñjâna evâtma-krtam vipâkam –  » Mes activités passées me prédestinaient à de terribles souffrances, mais Tu les réduis au minimum.  » En d’autres mots, par la grâce de Krishna, le dévot ne recevra qu’un châtiment symbolique.

    Le tribunal trouvera parfois coupable un homme influent qu’il condamnera à une amende de cent mille dollars, le sachant capable de payer. Mais le juge peut aussi lui dire :  » Ne payez qu’un euro.  » C’est également un châtiment, quoique minime. Dans le même ordre d’idée, il nous faut souffrir pour nos méfaits passés. C’est un fait irrévocable. Toutefois, les souffrances de ceux qui pratiquent la dévotion au sein de la conscience de Krishna sont réduites au minimum : karmâni nirdahati kintu ca bhakti-bhâjâm (Brahmâ-samhitâ 5:54) . À titre d’exemple, au lieu d’être poignardé comme le voulait notre destin, on ne recevra peut-être qu’une coupure au doigt. Ainsi sont minimisées les suites des actes passés de qui pratique le service de dévotion. Krishna assure Ses dévots : aham tvâm sarva-pâpebhyo moksayisyâmi –  » Je vous protégerai des conséquences de vos fautes.  » (BG 18:66) Donc, même si le dévot a jadis commis des crimes odieux, au lieu d’être tué, il ne s’infligera peut-être qu’une blessure au doigt. Pourquoi redouterait-il le danger ?

Dépendons uniquement de la conscience de Krishna, car si en toutes circonstances nous vivons en harmonie avec celle-ci, nous ne reviendrons pas en ce monde de matière (apunar bhava-darsanam). Si encore et toujours, nous pensons à Krishna et Le voyons, lisons Ses gloires, œuvrons pour Lui et d’une façon ou d’une autre, demeurons conscients de Lui, nous n’aurons plus à renaître dans l’Univers matériel. Mais si des occupations matérialistes nous confèrent quelque confort, tant et si bien que nous en oublions Krishna et devons renaître, qu’aurons-nous gagné ? Soyons très prudents dans ce contexte et agissons de façon à ce que notre conscience de Krishna ne soit perturbée en aucune circonstance, même en la présence de terribles souffrances. Voilà ce que nous enseigne ici Kunti.

Avant de remporter la Bataille de Kurukshetra, les Pândavas durent affronter maints périls, décrits dans les chapitres précédents : on leur présenta un gâteau empoisonné, ils se retrouvèrent dans une maison de laque qui fut ensuite incendiée et durent parfois même combattre des mangeurs d’hommes. Après avoir perdu royaume, épouse et prestige, ils furent condamnés à l’exil. Mais Krishna resta auprès d’eux durant tous ces dangers. Lorsque les Kauravas cherchèrent à dévêtir Draupadî, Krishna lui donna le tissu nécessaire pour sauvegarder son honneur. Jamais Il ne les abandonna.

Aussi, quand les Pândavas rendirent une dernière visite à leur grand-père, Bhîshmadéva, étendu sur son lit de mort, ses yeux laissèrent couler quelques larmes.  » Mes petits-fils que voici sont tous des âmes fort vertueuses, dit-il, nul n’est plus pieux que Mahârâja Yudhisthira, l’aîné. On l’appelle même Dharmarâja, le prince de la religion. Bhîma et Arjuna sont tous deux des dévots et de tels héros qu’ils peuvent anéantir des milliers d’hommes. Draupadî, leur épouse, est la déesse de la fortune en personne; où qu’elle se trouve dit-on, jamais la nourriture ne viendra à manquer. Ainsi forment-ils un groupe unique. Qui plus est, Krishna ne les quitte jamais. Or, ils n’en souffrent pas moins.  » Aussi fondit-il en larmes, disant :  » Je ne peux saisir les desseins de Krishna, puisque d’aussi nobles dévots souffrent également. « 

Évitons donc de penser :  » Maintenant que je suis un dévot, je ne connaîtrai ni danger ni souffrance.  » Prahlâda Mahârâj souffrit beaucoup et comme lui, d’autres dévots dont les Pândavas et Haridâsa Thâkura. Mais ne laissons pas de tels malheurs nous troubler. Soyons fermement convaincus que Krishna est toujours là et qu’Il nous protège. Ne cherchez jamais refuge ailleurs qu’en Krishna, mais prenez toujours refuge en Lui.

Krishna dit dans la Bhagavad-Gîtâ  : kaunteya pratijânîhi na me bhaktah pranasyati –  » Tu peux le proclamer au monde entier, jamais Mon dévot ne périra.  » (BG 9.31) .  On pourra se demander ici pourquoi Krishna conseille à Arjuna de faire pareille déclaration à Sa place. La réponse : on pourrait douter de la parole de Krishna, qui viole parfois Ses propres promesses. Mais celle d’un dévot tiendra toujours. Tel est le souci de Krishna :  » Cette déclaration fut émise par Mon dévot; je dois M’assurer qu’elle ne soit pas violée.  » Voilà la position où Le met l’affection qu’Il porte à Son dévot. Aussi Krishna dit-Il :  » Proclame-le, toi. On pourrait ne pas Me croire, mais on ne doutera point de toi, car tu es un dévot.  » Quoi qu’il arrive parfois que Krishna brise Sa promesse, Il S’assure que celle de Son dévot s’accomplisse.

Adoptons par conséquent la conscience de Krishna et adhérons-y en toutes circonstances, même en face des pires difficultés. Ayons toujours confiance en les pieds pareils-au-lotus de Krishna et nous ne serons plus en danger.

  SUITE:  Atténuer la fièvre née de l’illusion

Srimad Bhagavatam (10.14.8):

tat te ‘nukampāḿ su-samīkṣamāṇo
bhuñjāna evātma-kṛtaḿ vipākam
hṛd-vāg-vapurbhir vidadhan namas te
jīveta yo mukti-pade sa dāya-bhāk

« Quiconque, ô Seigneur, languit sans cesse de voir s’épandre sur lui Ta miséricorde  infinie, assumant avec patience les suites de ses fautes passées, et T’offrant du plus profond de son coeur l’hommage de son respect, celui-là se qualifie certes pour obtenir la libération, qui dès lors lui revient à juste titre. »

Brahma-samhita (5.54) – [traduction Priya Bhakta prabhu]

yas tv indragopam athavendram aho sva-karma-
bandhānurūpa-phala-bhājanam ātanoti
karmāṇi nirdahati kintu ca bhakti-bhājāḿ
govindam ādi-puruṣaḿ tam ahaḿ bhajāmi

 » J’adore Govinda, le Seigneur originel, qui brûle à la racine les actions intéressées des âmes imbues de dévotion. Sans aucune partialité et en accord avec leurs oeuvres passées, Il décrète aussi bien à l’infime insecte (Indragopta) qu’à Indra – le roi des devas- les fruits qui en découlent.



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