Au delà de la naissance et de la mort

(d’après les célèbres prières de la reine Kunti)

par  Sa Divine Grâce

A.C Bhaktivedanta Swami Prabhupāda

(traduction de Denis Bernier et Pierre Corbeil)

Quinzième Chapitre 


Au-delà de la naissance et de la mort

kecid āhur ajaḿ jātaḿ
puṇya-ślokasya kīrtaye
yadoḥ priyasyānvavāye
malayasyeva candanam

 » Certains affirment que Toi, le Non-né, Tu as pris naissance pour glorifier le pieux empereur [Yudhisthira], et d’autres que Tu as ainsi voulu plaire au roi Yadu, l’un de Tes dévots les plus chers, car pour y être apparu, Tu as rendu glorieuse sa famille, comme le santal qui fait la gloire des collines de Malaya. « 
(Srimad-Bhâgavatam 1.8.32)

Parce que la  » naissance  » du Seigneur, du Non-né, dans l’Univers matériel suscite la perplexité dans l’esprit des êtres, des opinions diverses s’expriment quant aux raisons de Son avènement. Tout d’abord, le Seigneur déclare, dans la Bhagavad-Gîtâ, que bien qu’Il soit le Seigneur de tous les êtres,le Non-né, Il prend naissance dans l’Univers matériel. Il ne saurait donc être question de nier que le Non-né soit  » né  » en ce monde, puisque Lui-même l’établit. Mais il existe diverses opinions quant aux raisons de Son avènement. Encore une fois la Bhagavad-Gîtâ nous éclaire : Il apparaît à travers Son énergie interne afin de rétablir les principes de la spiritualité, de protéger les âmes pieuses et d’anéantir les mécréants. Tel est le but de l’avènement du Non-né, Sa mission.

Mais il est également dit que le Seigneur manifesta Sa présence pour que soit par là glorifié le vertueux empereur Yudhisthira. Et certes, Sri Krishna désire que s’installe le règne des Pândavas, pour le bien du monde entier, car lorsqu’un roi vertueux gouverne le monde, tous les êtres connaissent le bonheur. Quand, au contraire, le dirigeant est impie, les hommes sont plongés dans le malheur, et comme c’est ce qui se produit le plus souvent dans l’ âge de Kali, on y souffre d’une manière constante. Toutefois, quand il s’agit des systèmes démocratiques, ce sont les citoyens impies qui eux-mêmes choisissent un des leurs pour les gouverner; ils ne peuvent donc blâmer personne, sinon eux-mêmes,de leurs malheurs.

Mahârâj Nala est également célébré comme un empereur de haute vertu, mais il n’avait aucun lien avec Sri Krishna. Par suite, le roi pieux auquel notre verset fait allusion, et qui fut glorifié par Krishna, est Mahârâja Yudhisthira. Mais le Seigneur glorifia également le roi Yadu, en prenant naissance au sein de sa famille. Ainsi connaissons-nous le Seigneur sous les noms de Yâdava, Yaduvîra, Yadu-nandana…, bien qu’en réalité, Il soit éternellement libre de toute obligation envers quelque famille que ce soit. Pour illustrer ceci, notre verset donne l’exemple du santal. Les arbres poussent partout, mais parce que le santal pousse surtout dans la région de Malaya, le nom du santal est associé aux collines de cette région. Prenons encore l’exemple du soleil. Bien qu’il apparaisse chaque matin à l’horizon oriental, il n’appartient pas à cet horizon et demeure  » non né « . De même, parce que le Seigneur apparaît dans une certaine famille, on L’associe au nom de celle-ci, mais Il demeure non né, Il n’est le fils de personne. De fait, Il est le père de tout ce qui existe.

Le Seigneur dit dans la Bhagavad-Gîtâ  :

ajo ‘pi sann avyayâtmâ
bhûtânâm îsvaro ‘pi san
prakrtim svâm adhisthâya
sambhavâmy âtma-mâyayâ

 » Je demeure non né et Mon Corps, spirituel et absolu, ne se détériore jamais; Je suis le Seigneur de tous les êtres. Et pourtant, en Ma Forme originelle, Je descends dans cet Univers à intervalles réguliers.  » 
(BG 4.6)

Krishna est non né, comme nous le sommes aussi, à la différence que nous voici prisonniers d’un corps matériel. Ne pouvant ainsi demeurer non nés, nous avons été contraints de prendre naissance et transmigrer d’un corps à un autre, sans savoir quel corps l’avenir nous réserve. Même au fil de notre vie présente, il nous faut successivement revêtir plusieurs corps. En effet, l’enfant doit quitter son corps pour revêtir celui d’un adolescent, puis celui d’un jeune homme et enfin, celui d’un vieillard. Il est donc naturel de conclure qu’après avoir quitté ce dernier corps, il faudra en prendre un nouveau – celui d’un nouveau-né.

Il s’agit là d’un cycle naturel de l’Univers matériel. On le compare au cycle des saisons : l’été succède au printemps, et l’automne succède à l’été, puis vient l’hiver et à nouveau, le printemps. De la même façon, la nuit succède au jour et la nuit sera elle-même suivie d’un nouveau jour. Tout comme ces changements cycliques se succèdent dans le temps, nous transmigrons d’un corps à un autre. Il est naturel d’en conclure qu’après avoir délaissé notre présent corps, nous en recevrons un nouveau (bhûtvâ bhûtvâ pralîyate).

Cette conclusion fort logique, énoncée par la plus grande autorité qui soit – Krishna Lui-même -, est confirmée par les textes védiques (sâstra). Pourquoi ne l’accepterions-nous pas? Seul un sot croira plutôt qu’il n’y a pas de vie après la mort.

Il y a vie après la mort; mais on peut aussi s’affranchir du cycle des morts et renaissances pour atteindre l’immortalité. Habitués que nous sommes à revêtir un corps après l’autre depuis des temps immémoriaux, il nous est difficile de concevoir la vie éternelle. De plus, l’existence matérielle est si pénible qu’on peut penser qu’il en sera également ainsi de la vie éternelle. À titre d’exemple, le patient qui doit prendre des remèdes amers et garder le lit, y manger et y faire ses besoins, pourra trouver la vie si insupportable qu’il songera au suicide. Dans un même ordre d’idée, l’existence matérielle se révèle si misérable que, par désespoir, on embrassera parfois une philosophie nihiliste ou impersonnalité dans un effort pour réduire à néant notre existence même. Ce qui, en réalité, s’avère aussi impossible qu’inutile. Notre condition matérielle ne nous apporte que des problèmes; il faut s’en extirper pour découvrir la vraie vie, la vie éternelle.

Faisant partie intégrante de Krishna – qui est aja, au-delà de la naissance et de la mort – nous sommes aussi aja. Comment en serait-il autrement? Si mon père est heureux, pourquoi serais-je malheureux? Je peux naturellement conclure que je jouirai également des biens de mon père. De même, Dieu, Krishna, est tout-puissant, omniscient, infiniment beau et complet; et bien que je ne sois pas moi-même complet, faisant partie intégrante de Dieu, j’en possède tous les attributs, du moins en partie.

Dieu ne meurt pas et moi de même. Telle est ma position. Voilà ce qu’explique la Bhagavad-Gîtâ (2:20) : na jâyate mriyate vâ kadâcit. Décrivant l’âme, Krishna affirme qu’elle ne connaît jamais la naissance (na jâyate). Comment le non-né pourrait-il mourir? Il ne peut donc être question de mort (mriyate vâ). La mort guette celui qui prend naissance; mais le non-né ne peut connaître la mort.

Hélas, nous ignorons ce fait. Nous faisons de la recherche scientifique, mais nous ignorons que l’être vivant est une âme spirituelle, qui ne naît ni ne meurt. Voilà notre ignorance. L’âme est immortelle, originelle, éternelle  (nityah sâsvato ‘yam purâno); elle ne meurt pas avec le corps (na hanyate hanyamâne sarîre). Or, quoiqu’elle ne meurt pas, elle prend un autre corps et c’est ce qu’on appelle bhava-roga, la maladie matérielle.

Comme Krishna est l’Être Suprême (nityo nityânâm cetanas cetanânâm), nous sommes exactement comme Lui, à la différence que Krishna est vibhu, infini, alors que nous demeurons anu, limités. Étant qualitativement égaux à Krishna, nous possédons les mêmes inclinations que Lui. À titre d’exemple, nous sommes comme Lui enclins à aimer une personne de l’autre sexe. L’amour a pour origine l’amour éternel qui unit Râdhârani et Krishna. Nous recherchons aussi l’amour éternel, mais conditionnés que nous sommes par les lois matérielles, notre amour n’est pas sans interruption. Mais si nous pouvons transcender cette interruption, nous pourrons prendre part à des échanges amoureux semblables à ceux de Krishna et Râdhârânî. Notre but doit donc être de retourner auprès de Krishna, en notre demeure première, puisque Krishna étant éternel, nous recevrons là un corps tout aussi éternel.

Kuntî dit : kecid âhur ajam jâtam : l’Éternel Suprême, le Suprême Non-né, a maintenant pris naissance. La naissance de krishna ne saurait cependant être comparée à la nôtre. Soyons bien conscients de cette vérité. Le Seigneur dit d’ailleurs dans la Bhagavad-Gîtâ :

janma karma ca me divyam
evam yo vetti tattvatah
tyaktvâ deham punar janma
naiti mâm eti so ‘rjuna

 » Celui, ô Arjuna, qui connaît l’absolu de Mon avènement et de Mes actes n’aura plus à renaître dans l’Univers matériel; quittant son corps, il entre dans Mon royaume éternel. « 
        (BG 4.9)

Le Srimad-Bhâgavatam explique que lorsque Krishna apparut, Il ne prit pas naissance du sein de Devakî. Au contraire, Il assuma d’abord la majestueuse forme à quatre bras de Vishnu, pour ensuite Se transformer en nouveau-né sur les genoux de Devakî. La naissance de Krishna revêt ainsi un caractère transcendantal, tandis que la nôtre nous est imposée par les lois naturelles. Krishna n’est pas soumis aux lois de la Nature, qui opèrent plutôt sous Sa direction (mayâdhyaksena parkrtih sûyate sa-carâcaram). Prakriti, la Nature, agit sous la direction de Krishna et nous agissons sous la direction de la Nature. Krishna est le maître de la Nature, dont nous sommes les serviteurs. Kuntîdevî dit par conséquent : kecid âhuh –  » Certains diront que le Non-né a pris naissance.  » Il peut sembler avoir pris naissance comme nous, mais il n’est en rien en réalité. Kuntî dit clairement : kecid âhuh –  » Des insensés diront qu’Il a pris naissance.  » Krishna Lui-même dit dans la Bhagavad-Gîtâ (9:11) : avajânanti mâm mûdhâ mânusîm tanum âsritam;  » Puisque Je suis apparu sous la forme humaine, des vauriens croient que Je suis également un homme ordinaire.  » Param bhâvam ajânantah :  » Ils ne savent rien du mystère qui entoure la naissance de Dieu sous la forme humaine. « 

Krishna est partout. Le Seigneur vit dans le cœur de chacun (îsvarah sarva-bhûtânâm hrd-dese ‘rjuna tisthati). Puisqu’Il vit en nous et qu’Il est tout-puissant, pourquoi serait-ce si difficile pour Lui d’apparaître devant nous? Quand le grand dévot Dhruva Mahârâja méditait sur la forme à quatre bras de Vishnu, soudain sa méditation fut interrompue et il vit aussitôt devant lui cette même forme. Fut-ce bien difficile pour le Seigneur de lui apparaître ainsi? Non, bien sûr. De même, ce fut facile pour Lui d’apparaître à Devakî dans cette même à quatre bras. Aussi Krishna dit-Il : janma karma ca me divyam –  » Il faut comprendre l’absolu de Mon avènement et de Mes actes.  » Kuntîdevî possède cette compréhension. Elle sait que même si Krishna semble prendre naissance aux yeux de certains sots, Il est en fait le Non-né.

Mais pourquoi Krishna accomplit-Il ce Divertissement? Kuntîdevî répond : punya-slokasya kîrtaye – pour glorifier les âmes très pieuses et très évoluées dans la spiritualité. Krishna joue le rôle du fils de Devakî pour glorifier Sa dévote. Krishna devient le fils de Yasodâ pour glorifier celle-ci. Krishna apparaît pareillement dans la dynastie de Mahârâja Yadu, Son grand dévot, pour le glorifier. Aussi Krishna est-Il encore connu sous le nom de Yâdava, le descendant de Mahârâj Yadu. Krishna n’est aucunement obligé de prendre naissance dans une famille ou nation particulière; mais Il le fait pour glorifier une certaine personne ou famille et ce, à cause de leur dévotion. Voilà pourquoi on qualifie Sa naissance de divyam, ou transcendantale.

Le Seigneur n’est pas contraint de prendre naissance comme nous le sommes. Voilà ce qui distingue Sa  » naissance  » de la nôtre. Selon nos actions (karma), nous naîtrons soit dans une bonne famille humaine ou dévique, soit dans le règne animal. Telle est la puissance du karma. Karmanâ daiva-netrena jantor dehopapattaye (Srimad-Bhâgavatam 3.31.1) : nous développons un certain type de corps selon notre karma.

La forme humaine fut conçue pour nous permettre de comprendre le Suprême, la Vérité
Absolue
(athâto brahma-jijñâsâ). Mais si nous n’œuvrons pas en ce sens, si nous gâchons cette occasion et continuons d’imiter les animaux, nous retournerons au règne animal. Le Mouvement pour la Conscience de Krishna cherche donc à sauver les gens d’un tel péril.

L’apparition de Krishna est comparable à la croissance du santal dans les montagnes de Malaysia (malayasyeva candanam). Le candana, ou santal, peut pousser partout; rien ne l’oblige à pousser en Malaysia. Mais parce qu’on le retrouve surtout dans cette région, on l’appelle malaya-candana. Il existe, en Occident, une eau parfumée appelée eau de Cologne. Celle-ci peut être fabriquée, mais parce qu’elle fut originellement produite dans la ville de Cologne, on l’appelle eau de Cologne. De même, le santal peut pousser partout; mais comme jadis, on le retrouvait surtout dans cette région, on l’appelle santal de Malaysia. Kuntî offrit cette prière il y a 5 000 ans, ce qui indique que le santal poussait déjà en Malaysia à l’époque. Le nom de Malaysia n’est donc guère nouveau : les adeptes de la culture védique le connaissent depuis des millénaires. Aujourd’hui, bien sûr, ce pays compte de nombreux arbres à caoutchouc dû à la demande. Autrefois, cependant, c’était le santal qui était très en demande, surtout en Inde.

L’Inde étant un pays tropical et le santal très rafraîchissant, les habitants de l’Inde emploient ainsi la pâte de santal comme cosmétique. Encore aujourd’hui, durant les jours de canicule, ceux qui en ont les moyens enduisent leur corps de pâte de santal et ne ressentent aucune chaleur de toute la journée. La coutume voulait jadis qu’en Inde, après s’être baigné et sanctifié en appliquant du tilaka à son corps, on offre son hommage à la Murti pour ensuite prendre un peu de candana-prasâda de la chambre de celle-ci et l’employer comme cosmétique. On qualifiait cette pratique de prasâdhanam. Or, il est dit que dans le Kali-yuga, l’âge actuel, snânam eva prasâdhanam (Srimad-Bhâgavatam 12.2.5) : le seul fait de prendre un bon bain sera appelé prasâdhana. En Inde, même les plus pauvres prendra un bain tôt le matin. À mon arrivée en Amérique, je constatai qu’il pouvait s’avérer difficile de prendre un bain quotidien et qu’une telle pratique n’était guère courante. Habitué de voir les gens en Inde prendre trois bains par jour, j’ai vu à New York qu’il faut parfois se rendre chez un ami pour se baigner, quand le logement qu’on habite n’est pas équipé pour cela. Tels sont les symptômes du Kali-yuga. Snânam eva prasâdhanam : en cet Âge de Kali, il sera très difficile de prendre un bain.

Dâksyam kutumbha-bharanam (S.B. 12.2.6) – voilà un autre symptôme du Kali-yuga. L’homme qui saura assumer la charge d’une famille sera reconnu comme pieux. Le mot dâksyam, signifiant  » célèbre pour sa piété « , vient de dâksa,  » expert « . Dans le Kali-yuga, on sera considéré comme expert si on peut assumer la charge d’une famille, c’est-à-dire une épouse, un ou deux enfants, et soi-même. En Inde, la famille traditionnelle est formée d’un homme et de sa femme, de leurs parents et enfants, de la belle-famille… Mais dans le Kali-yuga, il sera difficile de subvenir aux besoins d’une famille simplement formée de soi-même, son épouse et quelques enfants. Lorsque je vivais à New York, une dame du troisième âge assistait à nos cours. Comme elle avait un fils adulte, je lui demandai :  » Pourquoi votre fils ne se marie-t-il pas? « . Elle me répondit :  » Il se mariera quand il pourra assumer la charge d’une famille.  » J’ignorais que cela était si difficile en ce pays. Mais tel que décrit dans le Bhâgavatam : l’homme qui pourra subvenir aux besoins d’une famille sera vu comme très glorieux, et la femme qui aura un mari sera jugée très fortunée.

Nous ne sommes pas là pour critiquer, mais les symptômes du Kali-yuga sont implacables. Le Kali-yuga s’étend sur 432 000 ans, dont seulement 5 000 sont déjà écoulés. Néanmoins, nous sommes confrontés à tant de problèmes, qui ne feront que s’accroître avec le progrès de cet Âge de Kali. Le mieux consiste donc à parfaire notre conscience de Krishna et à retourner en notre demeure première, auprès de Dieu. Là réside notre salut. Sinon, si nous reprenons naissance en ce Kali-yuga, des jours difficiles nous attendent au cours desquels nous souffrirons toujours plus.

SUITE: (chapitre 16) Retrouver notre conscience naturelle



Catégories :Enseignements de la Reine Kunti

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