Réussite professionnelle; est-ce réussir sa vie? n°2/2

par Jagadananda das

suite de la première partie

Nous avons abordé dans la première partie le sujet des trois premières étapes qui constituent l’évolution normale d’une société dite civilisée, soit dharma « les devoirs religieux, familiaux, sociaux, etc…qui incombent à l’homme », puis artha ou le développement économique, et en troisième lieu kama ou la satisfaction des sens. Nous continuons maintenant cette troisième étape, kama. Et ensuite nous poursuivrons avec la quatrième étape, moksa. Tout cela dans le but de nous aider à mieux comprendre comment atteindre ce qui est le but de la société védique, cette référence millénaire, celle d’une société véritablement évoluée qui a pour objectif sublime: la totale réussite de notre existence.


     Kama: le plaisir des sens régulé


Aujourd’hui, le libertinage la plus débridé a pignon sur rue et les limites qu’une certaine conscience morale et religieuse avait dressé au milieu de la population, sautent  une à une. Ainsi, il apparaît de moins en moins clairement quelles sont les limites déclarées au niveau  de la norme des sentiments et de la pratique sexuelle. Même nos chers psy,  les nouveaux « prêtres » de la société moderne – qui conseillent et soutiennent la population actuelle – ,  ne se positionnent jamais face à la morale et à la simple humanité ( surtout vis à vis de l’autre partenaire.).

  Et si, par exemple une femme ou un homme vient les consulter au cours d’une période de difficultés et de tentations éprouvées dans son mariage,  il n’est pas rare qu’ils lui conseillent de « ne surtout pas s’embarrasser avec des scrupules vis-à-vis de l’autre mais de laisser libre cours à sa libido sous peine de devoir faire face à des difficultés psychologiques  dans le  futur », et surtout, crime de lèse-majesté, de risquer d’offenser le Dieu Psycho de l’épanouissement personnel.

   Ainsi, de nombreux mariages qui auraient auparavant pu être sauvés en faisant appel au simple bon sens d’humanité, d’amour, de conscience de Dieu, de tolérance, et peut-être aussi un peu en étant rappelés à leurs voeux de chasteté et de fidélité  ( Mais d’où sortent-t’ils donc ces deux-là??!), sont jetés sans merci, sur la parole de certains guides et conseillers de Kali, dans les caniveaux du divorce et de la séparation.

Donc, « Kama » ou la satisfaction des sens, la troisième étape d’évolution naturelle d’une société civilisée, selon la société védique, ne doit pas se faire en dehors de certaines normes de régulation des sens et l’institution du mariage est le moyen que Dieu ou Krishna a donné à l’homme pour l’aider à progresser plus avant dans sa conscience de Dieu.

    En effet,  la raison d’être du mariage dans toutes les sociétés à travers les millénaires n’est pas simplement d’assister à une belle cérémonie romantique (et de divorcer cinq ans et deux enfants plus tard) mais, aussi et avant tout – bien que cet aspect là, malheureusement, soit un peu passé aux oubliettes – de permettre aux deux époux de réguler leurs sexualités et d’atteindre ainsi graduellement à la réalisation spirituelle. Et ainsi, Krishna dit dans la Bhagavad-gita : « dhârmaviruddho bhûtesu kâmo’smi bharatarsabha , Je suis l’union charnelle qui n’enfreint pas les principes de la religion. »(BG 7.11)

    Dans cette optique supérieure, un autre aspect essentiel du mariage qui est relégué à l’arrière-plan aujourd’hui, est de veiller aux besoins et à l’éducation des enfants élevés au sein du foyer familial, et de  prodiguer tout l’amour,l‘attention et la conscience de  Krishna   nécessaires à leur épanouissement. La présence des deux parents est d’une importance primordiale. Chacun ayant un rôle particulier à jouer quant il s’agit d’élever un enfant.

    Car l’aspect essentiel de la sexualité, n’en déplaise à beaucoup, n’est pas d’assouvir ses fantasmes sexuels, tout aussi futiles et dégradants qu’insatiables, mais avant tout de fonder une famille, donc d’avoir des enfants. Et ensuite, en leur donnant l’éducation nécessaire, de leur permettre à leur tour d’accéder au but sublime de l’existence humaine: la libération du cycle des morts et des renaissances. C’est une perspective de la vie sexuelle que beaucoup, et parmi eux, les têtes pensantes de notre société modernes ne manqueront pas de juger fort restrictive et rétrograde. Tout cela est  essentiellement dû au fait qu’ils ne considèrent pas le sujet de la sexualité – comme tous les autres d’ailleurs – ,  dans leur juste perspective;  la réalisation spirituelle.

    Tout comme un visiteur du musée du Louvres qui essaierait de regarder un des  gigantesques tableaux religieux qui se trouvent dans les galeries principales en se tenant à dix centimètres de la toile. Assurément, il  ne comprendrait rien et se verrait réduit ainsi à  interpréter et à spéculer sur le tableau du maître.  De la même façon, les conseillés avisés de nos sociétés modernes (Psys, politiciens, philosophes, professeurs, etc..) ont une vision trés restreinte et faussée de l’existence et ne débitent souvent que des âneries quant il s’agit de diriger et de conseiller les personnes sur les aspects fondamentaux de l’existence (voir à ce sujet « L’Age de kali; les aveugles conduisent les aveugles » ) car ils n’ont pas une juste perspective du tableau de la Création qu’à peint le Maître Suprême, Dieu ou Sri Krishna.

    Tout cela, parce qu’ils n’ont pas, malheureusement, accepter la direction et les enseignements d’un maître spirituel authentique.  Ils ignorent ainsi tout du niveau spirituel de l’existence et se fient aux seuls instruments de leurs sens, de leur mental et de leur intelligence imparfaits  pour acquérir « la connaissance » et la propager. Pour réellement accéder à ce niveau de la connaissance authentique (au-delà  des trois autres niveaux; sensuel, mental et intellectuel – selon la Bhagavadgita{3.42}, , ils doivent avoir l’humilité de reconnaitre leurs manques évidents,  et par là même la nécessité de les combler en acquérant au plus vite la véritable connaissance auprès d’un maître spirituel authentique. Une fois que l’on reçoit et applique les enseignements reçus du maître spirituel, le représentant du Seigneur,  cela nous permet par sa grâce, à notre tour, de devenir un  guide et un conseiller  fiable pour la société. On peut alors réellement aider les autres au lieu de les fourvoyer.

    On doit noter à ce sujet, que dans la société védique du varnasrama dharma parmi les quatres classes; brahmanas, ksatriyas, vaisyas et sudras, les trois premières prenaient l’initiation d’un maître spirituel représentant de Dieu ou Vishnu et quant à la quatrième classe, les sudras influencés principalement par l’ignorance, ne recevaient pas l’initiation. Malgré tout, il faut bien noter qu’ils n’étaient pas exclus et il y a dans l’histoire védique de nombreux  exemples de personnes issues de la classe des shudras  qui étaient  de grands vaisnavas et dévots du Seigneur.

Donc, pour conclure ce troisième aspect, de Kama ou la satisfaction des sens, il faut rappeler que l’âme conditionnée vient  dans ce monde matérielle dans la perspective de  jouir indépendemment de Dieu et que la seule façon de pouvoir s’adonner aux plaisirs des sens est de  prendre un corps matériel (car le corps spirituel est fait pour le service de Dieu uniquement) . Et une fois qu’elle a revêtu ce corps matériel, elle peut alors, à travers la satisfaction des sens matériels et de leur interraction avec les objets des sens, avoir l’impression – purement virtuelle –  de jouir indépendamment de Dieu, ou Krishna.


Dernière étape: Moksha ou la libération


    Dans la société védique, et pour tout individu réellement sensé et intelligent,  la conséquence naturelle de kama ou l’engagement sur la voie du plaisir des sens, n’est pas de vouloir toujours et toujours  plus pour assouvir ses désirs matériels ( chose que d’ailleurs le Temps sous la forme de la vieillesse et de la mort ne permet pas), mais plutôt d’atteindre, à un moment donné,  à la réalisation de la vacuité d’une telle recherche et de souhaiter vivement alors y renoncer.  Tout comme un fumeur  invétéré, un beau jour, finit par désirer s’affranchir de la cigarette en constatant les dégats qu’elle produit sur lui. De même, une personne sensée, après avoir constatée combien ses attachements à la vie sexuelle, c’est à dire à sa femme (ou à son mari) et à tout ce qui résulte de cet attachement -la difficulté de subvenir aux besoins de la famille, le travail,  le compte en banque, la maison, la voiture, la société, les frustrations, etc…lui ont « mené la vie dure », désirera s’en affranchir définitivement. Il atteindra ainsi à ce qu’on appelle la quatrième étape de la vie spirituelle: la libération. C’est alors qu’il désirera adopter la voie du renoncement ou du sannyâsa pour se consacrer pleinement à la vie spirituelle, la conscience de Krishna.

La libération ou moksa signifie que l’individu réalise profondément – après l’avoir expérimenté pratiquement lui-même et observé autour de lui -, que la vie matérielle est incapable de lui apporter le véritable bonheur. Il constate aussi toute la dimension misérable de l’existence matérielle. Ainsi, à chaque fois qu’il doit prendre naissance, il crée naturellement des liens intîmes avec des être chers. Mais la mort –* telle une meute de loups affamés qui arrache sans pitié un agneau à sa mère pour le dévorer- , lui enlève sans pitié les êtres qu’il aime, lui brisant à chaque fois le  coeur .

*
tout comme les séparations, les divorces,etc…qui sont une autre forme de mort

  S’il est intelligent et conscient de Krishna il décide alors de se tourner définitivement et complètement vers le service de Dieu et ainsi, plutôt que d’établir vie aprés vie des liens avec des êtres « de passage » cherche à établir un lien permanent, éternel et sans souffrance; le bhakti-rasa, l’échange d’amour et de service avec le Seigneur Suprême, Krishna et Sa puissance de félicité Radha.        

Sri-Sri-Radha-Krsna.jpg

Radha-Krishna devient alors son seule objectif dans la vie et graduellement, avec la grâce du Seigneur et de Sa puissance Hladini – la puissance de félicité, Srimati Radharani -, il progresse dans ce sens.


Conclusion à « La réussite professionnelle; est-ce réussir sa vie? »


La difficulté de la société moderne est de considérer que la réussite matérielle, c’est à dire  la satisfaction à travers le développement économique et la satisfaction des sens qu’ils procurent, constitue le projet numéro un à atteindre et toute notre société pratiquement est organisée  en fonction de ces buts.

  Mais la société védique, celle qui devrait servir de référence, quant à elle, est scientifiquement et merveilleusement organisée de façon à simultanément pourvoir à ce désir de l’âme conditionnée;  jouir de ses sens de façon régulée,  tout en lui permettant en même temps d’avancer spirituellement. Et donc l’être a, à travers cette organisation sociale spirituelle  de la société,  la possibilité de progresser graduellement jusqu’à moksha ou la libération, et d’ainsi, à la fin de sa vie,  réintégrer sa position dans le royaume spirituel de Dieu ou Krishna, son véritable chez-soi, sa véritable demeure.



Catégories :Pour une société éclairée

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