La courtisane

courtisane


Se lamentant sur sa misère,
Un pauvre homme convoitait
La courtisane la plus chère
Que sa bonne ville comptait.

De la beauté, tous les appâts,
Toutes les grâces et les attraits
Mettaient tant ses sens en émoi,
Que sa santé en patissait.

Sa jeune épouse en grand secret
Chez cette femme se présente:
« Chère madame j’aimerais
Auprès de vous être servante. »

-« Dans ma maison oeuvrent déjà
Quelques personnes qualifiées,
Et en l’état, je ne crois pas,
Qu’elles est besoin d’être assistées.

-« Travaux ingrats et salissants,
Je me sens prête à accomplir.
Sans recevoir d’émoluments
Pour le plaisir de vous servir. »

Touchée dans sa cupidité
Sensible à cette flatterie,
Le coeur de pierre bien qu’étonnée,
A la requête répond « oui ».

Dans l’aube grise et tard le soir,
La Pénélope s’en allait
Pour accomplir tous les devoirs
Que sans vergogne on lui laissait.

A la fin d’une longue année,
De ce labeur mystérieux,
La courtisane exaspérée
A ce fantôme dit: « Grands dieux! »

« Je ne suis pas et tu le sais
Dépourvu de  discernement,
Aussi je crois qu’il est grand temps
Que tu dévoiles ton secret… »

-« Mon compagnon est infatué
Et il ne cesse de souffrir
Mon désir est de lui offrir
Une soirée à vos cotés.

-« Je sais trop bien comment le vice
Empêche l’homme d’être fidèle,
Juste salaire pour ton service,
Je gâterai l’époux rebelle! « 

Dévoré de concupiscence,
Sans se soucier de sa moitié,
Il se présente sans décence
Au rendez-vous inespéré.

Là on reçoit cet inconstant
Au son d’une douce musique
Au milieu de vapeurs d’encens
Et de peintures érotiques.

Puis on annonce le repas
Servit dans des plats en or fin
Et allongé sur un sofa,
On le convie à un festin.

L’homme vorace que le fumet
A déjà mis en appétit,
Voyant l’assiette que l’on met
Devant son hôte se récrie:

« Pourquoi te sert-on dans du fer,
Alors que l’on me donne de l’or? »
-« Mon bon ami, c’est pour te faire
Réfléchir un peu sur ton sort… »

« Lorsque tu manges, le plaisir
Ne dépend pas du récipient;
Ta tendre épouse te désire,
Tu as perdu bien trop de temps ! »



Catégories :Fables védiques et autres

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