La mort: ce pour quoi nous sommes nés

par Jagadananda das


« Mais quand ces biens que l’homme envie
Déborderaient dans un seul coeur
La mort seule au bout de la vie
Fait un supplice du bonheur »

– Lamartine –

Aujourd’hui est la fête des morts selon l’Eglise catholique, le lendemain de la Toussaint (La fête de tous les saints) qui est souvent confondue d’ailleurs avec celle-ci. Et je me souviens lorsque nous étions enfants avec ma soeur et mes parents lorsqu’à cette occasion nous allions fleurir la tombe des morts de la famille

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre conscience de la mort, tout du moins autant qu’un enfant entre 6 et 10 ans le peut. Je me rappelle quand  mon père déposait des fleurs (les fameux chrysanthèmes) avec émotion sur la tombe de sa mère morte alors qu’il avait 5 ans, et combien malgré tout après toute ces décennies, il semblait toujours rempli d’émotion en déposant ses fleurs devant sa photo. Je la trouvais belle sa mère, donc ma grand-mère, que je ne rencontrais d’ailleurs jamais qu’à travers la visite annuelle de sa tombe et cette photo d’un beau visage rempli de douceur.

Ensuite on « faisait la tournée » des tombes dans plusieurs cimetières. A cette époque, étant enfant je ne trouvais pas la mort trop triste. Elle nous donnait l’occasion d’une sortie « originale » associée aux fleurs que j’aimais. C’était une façon de rencontrer les autres membres de la famille: ceux qui étaient partis. Et puis on en profitait pour parler de ceux qu’on fleurissait et mon père me racontait telle ou telle anecdote intéressante sur le cousin, l’oncle, la tante, le grand-père. J’aimais savoir que j’avais un passé, une famille, même s’ils étaient morts. D’ailleurs quant on est enfant les morts ne sont pas vraiment morts et on les considère un peu comme des vivants partis pour un long voyage dans un pays mystérieux et lointain.

Seulement, déjà à cette époque il y avait malgré tout quelque chose qui me tracassait face à la mort, en pensant  à eux;  pourquoi s’ils faisaient parti de la famille, qu’on les aimait et qu’ils nous aimaient, alors pourquoi donc nous avaient-ils quittés? Pourquoi s’étaient-ils  enfuis? Bien sûr ce sont des réflexions purement enfantines et naïves, dignes d’un jeune enfant mais on regrette un peu plus tard la perte de cette conception naïve et conciliante face à la mort.

Ce n’est que quelques années plus tard que graduellement mes sentiments  face à la mort ont  changés..Comme ces premières fois où j’ai entendu mon oncle Michel que j’admirais, âgé alors d’une trentaine d’année, exprimer à ma mère ses angoisses face à la mort. Dans ma naïveté en l’entendant parler,  je pensais tout simplement qu’il devait avoir des problèmes personnels d’ordre psychologique bien sérieux  pour que des angoisses relatives à la mort puissent parfois le perturber jusque dans son sommeil. Je n’étais pas encore descendu du nuage de l’enfance.

Mais c’est surtout à l’âge de 16 ans, quand mon grand  copain et voisin Jean Hugues Bénard est mort (Voir « Devenir dégoûté du monde matériel« ) que j’ai perdu brusquement beaucoup d’illusions face à la question de la mort. A cet instant là j’ai été confronté brusquement et violemment à la mort. Ensuite j’ai lu de nombreux livres qui traitaient de près ou de loin de la mort. Elle me fascinait car elle était trés puissante, absolue et mystérieuse. Elle s’imposait de force dans nos vies. Je me demandait ce qu’elle signifiait et c’est le mystère qui l’entourait qui me fascinait le plus; mais qui avait-il au juste au-delà de la mort?

A 20 ans, en 1974, je rencontrais Prabhupada, le Maître spirituel et fondateur du Mouvement International pour la Conscience de Krishna au cours d’une conférence à la salle Pleyel intitulée: « La métempsychose, science perdue » et c’est à cet instant là enfin que j’ai pu rencontrer des réponses satisfaisantes. La lecture du livre de Prabhupada que j’avais acheté après la conférence « Antimatière et éternité » fut un véritable enchantement. Et je connu alors l’excitation que peut ressentir un chercheur face à une découverte majeure.  (32 ans après, la lecture des livres de Prabhupada représente pour moi toujours une grande satisfaction et je les ai  lu et relu tous plusieurs fois et je continue régulièrement car étant de nature purement spirituelle ils conservent une fraîcheur intacte et une portée illimitée).

Pour la première fois je lisais enfin un livre qui répondait à mes interrogations concernant la mort. Il développait clairement et scientifiquement (n’en déplaise à nos chers prêtres modernes, nos chers scientifiques, les ministres du culte de la science,  il n’y a pas que ce qu’ils appellent science qui puisse se vérifier et se prouver) le thème de la réincarnation et surtout de la libération. Comment atteindre à la libération spirituelle c’était alors ce qui me préoccupait le plus. Car avec l’âge notre conscience de la mort s’étend, elle prend un caractère angoissant car si dans l’enfance et dans la jeunesse – et même au-delà pour beaucoup dans l’âge de Kali, l’âge du matérialisme et de l’insouciance – elle est préoccupante, elle apparaît tout de même assez distante mais, au fur et à mesure que le temps gagne du terrain sur notre propre vie elle peut devenir terrifiante car on prend alors conscience de sa propre mort et du fait également que celle-ci peut intervenir à n’importe quel instant.

Dans le Srimad Bhagavatam, le livre le plus complet au monde en matière de connaissance spirituelle, Maharaja Pariksit, un grand rajarsi (un saint roi ) de l’antiquité indienne est confronté de façon trés soudaine et brutale à sa propre mort. Le Srimad Bhagavatam raconte: « Un jour que Maharaja Pariksit chassait dans la forêt, solidement armé de son arc et de ses flèches, il éprouva une fatigue extrême, et se sentit pris par la faim et la soif alors qu’il suivait des cerfs. Cherchant un point d’eau, il pénétra dans l’ermitage du célèbre Samika Rsi, et vit le sage assis là, en parfait silence et les yeux clos. Les yeux des sens, la respiration, le mental et l’intelligence du muni se trouvaint coupés de toute activité matérielle, et lui-même était en samadhi, au-delà des trois états (l’éveil, le rêve et l’inconscience), spirituellement établi dans une parfaite égalité qualitative avec le Seigneur Suprême et Absolu. Le sage méditatif était également couvert d’une peau de daim, et sa longue chevelure entremêléé formait des nattes grossières et raides.

Le roi, cependant, le palais complètement desséché, lui demande de l’eau. N’ayant reçu aucune marque de bienvenue -ni siège, ni lieu où se tenir, ni eau, ni douces paroles -, le roi se sent négligé et songeant ainsi, se met en colère. Ainsi, ô bramanas, le roi se mit en colère, et devint envieux du sage brahmana, comme cela ne s’était jamais fait, poussé par les circonstances qui avaient suscité en lui une faim et une soif excessives.

  Maharaja-Pariksit-d--pose-le-serpent.jpgOutragé de la sorte, le roi, au moment de quitter les lieux, ramasse un serpent sans vie de la pointe de son arc, et le dépose, plein de colère, sur l’épaule du sage. Puis il retourne à son palais. S’en retournant chez lui, l’empereur se mit à songer. Il se demanda si le sage n’était pas véritablement absorbé dans une méditation profonde, ses sens parfaitement contrôlés, les yeux clos, ou s’il s’était montré en samadhi pour ne pas avoir à accueillir un ksatriya, d’ordre inférieur.

Le sage avait un fils d’une grande puissance brahmanique, et c’est alors qu’il jouait avec des jeunes garçons sans maturité qu’il apprit le tort que l’empereur avait infligé à son père…Alors qu’il parlait ainsi à ses compagnons de jeu, le fils du rsi, les yeux rougis de colère, toucha selon le rite l’eau de la rivière Kausika, puis lança des paroles fulgurantes: ‘Dans sept jours, un serpent ailé viendra mordre le plus déchu des membres de cette dynastie [Maharaja Pariksit], pour avoir enfreint les codes d’éthique en se tournant contre mon père’.

sukadeva.jpgPar la suite, le Srimad Bhagavatam nous raconte que Maharaja Pariksit en apprenant la nouvelle de sa mort, à la suite de la malédiction de ce jeune brahmana irresponsable, n’essaya pas, en grand dévot du Seigneur Krishna rempli de qualités dont la tolérance, de contrecarrer la malédiction  mais accepta son sort comme étant la miséricorde du Seigneur qui souhaitait  le rappeler à Lui. Ensuite, le roi renonçant complètement à son royaume  se rendit sur les bords du Gange pour se préparer pendant ces sept jours à sa mort en écoutant le message de la Vérité Absolue des lèvres de son maître spirituel Sukadeva Gosvami.  Et c’est ce qui constitue la matière exaltée de cet unique et  vaste ouvrage, véritable trésor spirituel de l’humanité.

Reprenant le titre de ce texte « La mort: ce pour quoi nous sommes nés » j’aimerais finir en rappelant ce que Srila Prabhupada dit de la mort afin d’éclaircir ce que ce titre veut dire exactement. Ce titre revêt en fait un sens double: matériel et spirituel ou biologique et transcendantale.

D’abord, biologiquement , nous savons que le corps matériel meurt à chaque instant c’est à dire que les cellules qui constituent notre corps matériel meurent à chaque seconde et à  chaque jour. Selon les biologistes, comme le docteur Pfeiffer,biologiste de renom,  tous les sept ans le corps est en fait complètement renouvelé c’est à dire que toutes ses cellules -en comprenant celles du cerveau par exemple qui prennent plus de temps -chaque sept ans notre « précédent corps » est complètement renouvelé et par conséquent « mort ».(Tout cela prouve également que nous sommes différents de notre corps)

Quant à l’aspect spirituel de l’explication du titre: « La mort: ce pour quoi nous sommes nés« , Prabhupada, notre maître spirituel, a expliqué, corroborant les grands acaryas des temps passés, que notre mort est comparable à un test. Elle représente le test ultime de notre vie. De la même façon, précise-t’il, que le sérieux des études d’un étudiant est testé au moment de l’examen final  et que sa réussite dépend de l’obtention de son examen, la réussite de notre vie est testée au moment de notre mort par la mesure de notre capacité à penser à Dieu ou à Krishna au moment de notre mort (voir « Visiteurs de l’au-delà « ) et c’est donc notre conscience de Krishna qui déterminera si oui ou non  nous pourrons être libérés  du cycle infernal des morts et des renaissances répétées  et retourner au  monde spirituel, notre demeure éternelle.




Catégories :Philosophie et transcendance

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