Sur le chemin du bonheur véritable n°2

Sur le chemin
du bonheur véritable


Deuxième partie:
 

 

« Prendre le bon chemin »

Marc : Votre article « Sur le chemin du bonheur véritable » m’a interpellé. On y voit d’abord une photo de votre maître spirituel souriant à pleines dents avec ces mots « Soyez heureux! », mais quand on y lit la conversation avec Prabhupada, intitulée « L’imbécile heureux », on peut voir que la teneur de la conversation est clairement qu’il n’est pas possible d’être heureux. Pourquoi parler de bonheur alors?

Jagadananda: C’est en toute connaissance de cause que j’ai tenu à aborder le thème de la recherche du bonheur véritable en commençant par cet article. Il relate une conversation entre Srila Prabhupada et quelques-uns de ses disciples, sur l’impossibilité d’être heureux dans ce monde matériel. Cette conversation est lourde de sens, car à moins de comprendre, en tout premier lieu, qu’il n’y a pas de bonheur possible en ce monde matériel, on ne peut accéder au réel bonheur.

Marc: Mais affirmer qu’il n’y a pas de bonheur possible dans ce monde matériel ce n’est pas un peu péremptoire et exagéré comme assertion?

Jagadananda: Non, pas du tout. Dire, par exemple, que le ciel est bleu est-ce péremptoire?

Marc: Mais là il s’agit d’un fait irréfutable tandis que concernant le bonheur…..

Jagadananda: C’est aussi irréfutable! Seulement, du fait que nous sommes trés attachés à être heureux dans ce monde nous demeurons sourds à la vérité. Ne dit-on pas qu’ « il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre »?

Marc: Mais tout de même, si je regarde autour de moi, je vois bien quand même des gens qui sont heureux…

Jagadananda: Avez-vous bien regardé d’abord? Êtes-vous vraiment sûr qu’ils sont heureux? N’est-ce pas plutôt qu’ils « semblent » être heureux? Si vous analysez réellement la situation de chacun en ce monde vous verrez que personne n’est vraiment heureux. En fait c’est vrai, on peut être certainement parfois « heureux » . Tout le monde, à des degrés divers, en a fait, ou est en train d’en faire l’expérience, mais ce que je veux dire c’est qu’un bonheur partiel ou temporaire ne constitue pas le bonheur.

Marc: Mais des fois, tout de même, on rencontre des gens qui sont heureux tout au long de leur vie. Ils ont eu de bons parents, ensuite ils ont rencontré une femme ou un mari merveilleux, ils ont également pu exercer une profession qu’ils aiment, …

Jagadananda: Oui cela est peut-être vrai pour certains, mais d’abord combien ont le privilège de jouir de la situation idéale que vous décrivez? Il y a des personnes qui ont de bons parents, un bon conjoint ou une bonne profession, mais peut-on dire que l’on trouve souvent des personnes qui réunissent, en même temps, une, deux, trois, ou même plus, parmi ces situations idéales que vous décrivez? Notre expérience personnelle et le verdict des Ecritures védiques, nous conduisent à penser que la plupart des gens réunissent une de ces conditions, ou plusieurs, ou même, mais trés rarement, toutes, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont réellement heureux.

Marc: (incrédule) Comment cela ?

Jagadananda: Parce qu’en ce monde matériel les situations changent et fluctuent constamment. Personne ne peut affirmer que le conjoint merveilleux d’aujourd’hui, qui nous rempli de plaisir et de bonheur, qui comble parfaitement nos désirs, demain, ne nous remplira pas de souffrances et de malheur; que ce soit par une infidélité, un divorce, une maladie ou bien un décés. Personne ne plus peut dire avec certitude que la profession que j’exerce aujourd’hui et qui me rend heureux et comblé et m’assure de bons revenus, je ne saurai pas forcé, demain, d’en changer pour une autre, plus contraignante et moins rémunérée. Donc quand quelqu’un dit « je suis heureux » dans ce monde matériel nous devrions être bien conscient que son affirmation est sujette à caution.

Marc: D’accord admettons… D’ailleurs ce que vous dites n’a rien de nouveau, au fond chacun n’en-a-t’il pas un peu conscience quelque part? Qui est assez crédule pour penser que le bonheur consiste à jouir de la vie et être heureux, en tout temps en toute circonstance et en tout lieu? Tout le monde sait bien qu’il doit s’attendre à rencontrer des obstacles au bonheur durant sa vie. Ce serait même trés naïf de s’imaginer vivre une vie sans nuages. Cependant, cela fait parti de la vie, et il faut s’en accommoder pour être heureux. En poussant même plus loin la réflexion, ne peut-on dire même qu’il faut d’abord souffrir pour profiter du bonheur?

Jagadananda: Pas trés réjouissant tout ça. Ca sonne un peu comme une philosophie au rabais. Cela me fait penser à une petite histoire. Il s’agit d’un dialogue entre deux fous dans un asile psychiatrique. Il y en a un qui se tape sur la tête avec un marteau, et l’autre lui demande: « Mais pourquoi te tapes-tu sur la tête? » et l’autre de lui répondre « Parce que quand j’arrête ca me fait du bien! ». Cette petite histoire de fous illustre bien la situation du bonheur dans le monde matériel. C’est vrai, il faut souvent beaucoup de sacrifices et d’efforts avant de pouvoir jouir d’un peu de bonheur. Et même cela n’est pas garanti pour autant.

Marc: Alors qu’elle est votre opinion sur le bonheur? Vous semblez dire qu’il n’existe pas? Qu’il est impossible?

Jagadananda: D’abord qu’elle est la valeur de « mon » opinion. Dans ce monde matériel tout le monde donne « son » opinion et cela n’a jamais arrangé notre situation. Au contraire on voit souvent que si chacun donne « son » opinion les choses se compliquent énormément. Non, « mon » opinion n’a que peu de valeur parce qu’elle est faillible. Je préfère citer l’opinion de l’autorité parfaite Krishna et  de ceux qui transmettent en ce monde la connaissance provenant de Lui:  guru, sastra et sadhus. Ces trois vecteurs de la connaissance sont parfaits car ils représentent Krishna,  Dieu, la Personne Suprême qui est Lui-même parfait.

Marc:   Vous parlez de Krishna ou Dieu comme autorité parfaite et de Ses trois vecteurs de la connaissance…mais qu’est-ce que ça veut dire guru, sastra et quoi au fait…?

Jagadananda: ..sadhus. Guru désigne le « maître spirituel authentique », sastras les « Ecritures révélées » et sadhus les « sages et véritables érudits » qui confirment et incarnent cette connaissance parfaite.

Marc: Excusez moi mais tout cela semble bien trop compliqué pour moi…

Jagadananda: Non, ce n’est pas compliqué il suffit de se donner un peu la peine de comprendre. Par contre, la vie sans réels critères de connaissance et de discrimination, elle, devient bien compliquée! Donc, ces trois vecteurs de la connaissance et de discrimination sont essentiels pour assurer ne serais-ce même, qu’ une certaine sérénité dans notre vie quotidienne. Ils peuvent nous aider également à trouver le réel bonheur car ils ne sont pas sujets aux quatre formes d’imperfections qui affligent les êtres conditionnés dans le monde matériel.

Marc: Mais depuis le début vous n’arrêtez pas de parler de « réel » ou « véritable » bonheur, semblant l’opposer à ce que vous qualifié de « matériel »…qu’entendez-vous par « réel » bonheur?

Jagadananda: C’est un bonheur que n’atteint pas les quatres causes de souffrances en ce monde matériel soit : la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort.

Marc: Excusez-moi mais cela ressemble trop à un conte de fée pour être vrai…on ne peut échapper à la maladie, la vieillesse et la mort c’est impossible ! C’est naturel de mourir, de vieillir, de tomber malade..!

Jagadananda: Marc, pourquoi êtes-vous si incrédule? Vous me faites penser à ce qu’on appelle l’exemple du « malade incrédule ». Il s’agit d’un malade qui dès sa naissance a été affecté par une maladie chronique et, à cause de celle-ci, a dû rester alité une bonne partie de sa vie . Il a vu aussi beaucoup de ses congénères, atteint de la même maladie que lui, pendant trés longtemps subir le même sort que lui. Un jour un spécialiste arrive pour lui annoncer un trés bonne nouvelle: « Je possède le remède à votre maladie, vous serez guéri bientôt ! Vous pourrez de nouveau marcher !! Et même courir …!!! « Mais voilà, devant l’ampleur de la nouvelle, le malade reste trés sceptique et incrédule…De même lorsque les Vedas, le maitre spirituel et les sages  annoncent à quelqu’un, qui est assujetti à la mort, la maladie, et la vieillesse depuis si longtemps (si l’on tient compte aussi du fait que l’on a dû mourir et renaître de si nombreuses fois), qu’il peut mener une vie libre, devenir immortel et rempli de félicité, par le remède de la conscience de Krishna, souvent celui-ci naturellement reste incrédule et sceptique. En quelques sortes, depuis si longtemps  assujetti au cycle infernal des morts et des renaissances répétées, aux quatres formes de souffrance, il  finit par considèrer celles-ci comme « naturelles ».

Marc: Donc pas de bonheur tant qu’il y a, comme vous dites, la naissance, la maladie, la vieillesse et la mort…

Jagadananda: Ce n’est pas moi qui le dit c’est un fait. Et non seulement, dès que l’on prend naissance on doit faire face à la maladie, la vieillesse et la mort, mais nous sommes également affligés par trois formes de souffrance dans le monde matériel: celles causées par les calamités naturelles, celles causées par autres êtres vivants et celles causées par notre corps et notre mental.

Marc: Pas réjouissant tout ca! Voilà pourquoi souvent les gens préfèrent ne pas se tourner vers la religion, c’est souvent trop décourageant..

Jagadananda: Mais continuer à vivre sa vie sans chercher à apporter une solution aux problèmes fondamentaux de l’existence est-ce vraiment sérieux et responsable? Le lapin, par exemple lorsqu’un danger survient ferme les yeux et il pense ainsi, dans sa bêtise, que le danger a disparu. De la même façon, ce n’est pas en cherchant à ignorer les problèmes inhérents à l’existence matérielle que l’on va les éviter. Sinon cela signifie que l’on est pas mieux qu’un animal !

Marc: Mais alors, selon la conscience de Krishna, comment peut-on atteindre au bonheur?

Jagadananda: C’est décrit par le Seigneur Krishna dans la Bhagavad-gita telle qu’elle est:

brahmabhūtaḥ prasannātmā
na śocati na kāńkṣati

« Celui qui atteint le niveau spirituel réalise du même coup le Brahman Suprême, et y trouve une joie infinie. Jamais il ne s’afflige, jamais il n’aspire à quoi que ce soit. » BG (18.54)

Dans la teneur et portée du verset Srila Prabhupada explique comment le pur dévot de Krishna atteint au réel bonheur, contrairement au non-dévot:

« Celui qui, dans l’existence matérielle, agit pour le plaisir des sens expérimente la souffrance; cette souffrance reste ignorée, cependant, de l’être qui, dans le monde absolu, agit dans le cadre du service de dévotion pur. Le bhakta établi dans la conscience de Krsna ne possède aucun objet de lamentation ou de désir. Parce que Dieu possède toute plénitude, l’être engagé dans Son service, dans la conscience de Krsna, trouve à son tour la plénitude en lui-même. Il est semblable à une rivière dont les eaux sont débarrassées de toute impureté. Naturellement, parce qu’il ne pense qu’à Krsna, le pur bhakta baigne toujours dans la joie. Ayant trouvé la plénitude dans le service du Seigneur, il ne s’inquiète d’aucune perte ni d’aucun profit en ce monde. Fort du savoir que tout être vivant fait partie intégrante du Seigneur Suprême, et est donc Son serviteur éternel, il n’éprouve nul désir de jouir de la matière. Il ne voit, ici-bas, nul être supérieur à un autre; car supérieur, inférieur, ces mots désignent des positions éphémères, et un bhakta ne prend nullement en considération les manifestations de l’éphémère. Pour lui, pierre et or ont valeur égale. Telles sont donc les caractéristiques de celui qui se trouve au niveau du brahma-bhuta, niveau qu’atteignent sans peine les purs bhaktas. Là, l’idée de s’identifier au Brahman Suprême en annihilant son individualité propre se présente comme infernale (tel l’impersonnaliste), et celle de vivre sur les planètes édéniques, comme un fantasme; là encore, les sens deviennent semblables aux crocs brisés d’un serpent. De même qu’on n’a rien à craindre d’un serpent aux crocs brisés, rien n’est à craindre des sens lorsqu’ils sont tout naturellement maîtrisés. Pour celui qu’infecte la matière, le monde matériel est misérable; pour le bhakta, il est tout entier aussi merveilleux que Vaikuntha, le royaume spirituel. Le bhakta voit le plus grand personnage de l’univers non moins insignifiant qu’une fourmi. Ce niveau, propre du bhakta, on peut l’atteindre par la grâce de Sri Chaitanya Mahaprabhu, qui en notre âge enseigne le service de dévotion pur.



Catégories :Philosophie et transcendance

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :