L’extase de servir Krishna (5/9)

L’extase de servir Krishna (5/9)
Retrouver sa position originelle de serviteur de Dieu

CINQUIEME CHAPITRE

 Comme tombé dans l’océan 
(suite)

Résumé des chapitres précédents: Le chapitre un posait la question de savoir si nous étions plutôt maître ou serviteur de nature. La réponse suivante était donnée: par nature, nous sommes faits pour servir et cette tendance naturelle doit, pour être pleinement satisfaisante être dédiée à Dieu, la Personne Suprême. Dans le deuxième chapitre intitulé  » Servir Krishna ou servir ses sens? », on expliquait que si l’on refusait de dédier cette propension naturelle à servir, à Dieu, alors il nous faudrait tout de même servir mais cette fois, son énergie matérielle appelée l’énergie d’illusion ou mâyâ. La façon dont cette énergie d’illusion agit est qu’elle nous amène à se croire faussement indépendant de Dieu et heureux sans Lui. Son action prend deux formes: elle recouvre l’intelligence de l’être et elle le tire vers le bas, le dégrade de plus en plus. Dans le troisième chapitre intitulé « Le service de mâyâ et ses conséquences », développe le deuxième chapitre,et décrit les conséquences d’une attitude séparatiste vis-à-vis de Dieu et de Son service – le bhakti-yoga-. Ce rejet nous entraîne à devenir l’esclave de nos sens – et est abordé la question des effets déplorables d’une trop grande libéralisation sexuelle -, et à tomber sous la rigueur du karma et de la réincarnation. Le quatrième chapitre intitulé « La rigueur du karma et de la réincarnation », développait plus avant le thème du karma et de la réincarnation. Comment ils se définissent et comment ils agissent.

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Ce cinquième chapitre  intitulé « Comme tombé dans l’océan » à travers l’utilisation de métaphores sur l’océan, et dans le prolongement du thème du karma et de la réincarnation, rend compte de la situation malaisée de l’être tombé dans l’océan de l’existence matérielle.  

Ce qui distingue l’être humain de l’animal n’est pas le fait que l’un se déplace sur deux jambes alors que l’autre se déplace sur quatre pattes. Non. Ce qui fait un être humain, digne de ce nom, est le fait qu’il se comporte en être humain et donc ne néglige pas ses responsabilités d’être humain. Les responsabilités pour l’âme incarnée dans un corps humain sont autrement plus importantes que celle incarnée dans un corps animal. Ainsi, les animaux utilisent leur temps exclusivement à pourvoir aux quatre nécessités matérielles de l’existence soit manger, dormir, s’accoupler et se défendre.

Bien sûr, il faut pourvoir à ses besoins matériels, particulièrement pour ceux qui ont charge d’une famille, mais comme le répétait souvent Srila Prabhupada, le maître spirituel du Mouvement pour la Conscience de Krishna, notre préoccupation principale devrait être de raviver notre conscience de Krishna. Il faut donc assumer également nos devoirs matériels, mais quand confrontés à ces deux nécessités, spirituelles et matérielles, par ordre d’importance  les premières devraient l’emporter sur les dernières. Ce qui ne veut pas dire que l’on doive négliger nos besoins matériels mais plutôt veiller  à ce qu’ils ne prennent pas une ampleur telle dans notre vie qu’ils en viennent  à nuire à  notre conscience de Krishna.

Donc, une société humaine, soi-disant civilisée, dont les membres sont occupés exclusivement à combler leurs seuls besoins matériels – et de plus à en inventer chaque jour d’autres superflus -, ignorants tout des besoins spirituels, n’est rien de mieux qu’ « une société d’animaux raffinés« . La forme humaine est un don unique de la nature et de Dieu, offerte à l’âme incarnée afin de lui permettre d’accomplir le but de l’existence: le retour à Krishna (voir Srimad-Bhagavatam 5.5.1 ) . Quand cette fonction n’est pas remplie, au profit du seul plaisir des sens et du développement économique, l’être court le plus grand danger de l’existence qui soit; celui de se voir retirer ce don de la forme humaine. Il est forcé alors, de par les lois de la nature matérielle, de s’incarner dans sa vie suivante, dans une forme animale correspondant à sa mentalité présente, devenue dénaturée. Comme l’explique la Bhagavad-gita c’est notre mentalité au moment de mourir qui déterminera notre condition future (BG 8.6) .

Et au moment de mourir, comme beaucoup qui se sont trouvés sur le seuil de la mort en témoignent, nous voyons « défiler » toute notre vie. Autrement dit,  nos pensées à l’instant de la mort sont principalement déterminées par la somme des actes et pensées de notre vie entière; ce sont donc nos actes présents qui décident de notre condition future . On peut saisir alors sans difficulté le poids et l’importance de nos pensées et de nos actes présents dans la mesure où ceux-ci déterminent d’ores et déjà notre vie future. Il n’est pas difficile ainsi de comprendre que si celle-ci a été trop modelée sur le mode matérialiste, si durant notre vie nous n’avons été préoccupé que de répondre aux quatre nécessités matérielles – manger, dormir, s’accoupler et se défendre – , et qu’en même temps nous avons accompli beaucoup d’ actions coupables (mauvais karma),  nous courons le risque énorme de devoir régresser dans notre prochaine vie,  jusqu’à même devoir prendre une forme animale .

C’est un risque d’autant plus grand qu’une fois que l’on tombe dans les espèces inférieures cela peut être pour une durée considérable. Ainsi, avant qu’il ait la chance de retrouver la forme humaine ( en parlant aussi de formes civilisées et non primaires), l’être ayant régressé dans les formes inférieures doit passer graduellement, et cela peut prendre des millions d’années, à travers l’échelle d’évolution des 8 400 000 espèces vivantes existantes (1) .

Ce n’est pas nous qui décidons de notre prochaine naissance. Le Bhâgavatam nous informe que ce choix appartient à Dieu (karmana deva netrena ) . Cependant, il ne faudrait pas se méprendre sur la nature miséricordieuse du Seigneur. Krishna, Dieu, n’est pas du tout à l’image d’un vieillard âgé, à l’esprit vengeur, passant son temps sur un trône opulent à juger les âmes, telle que l’imagerie religieuse populaire l’a représenté (voir Dieu; est-il un vieillard? ) . Non, Dieu, Krishna, est par nature très bon et  miséricordieux. Le Seigneur Suprême, même s’Il est le plus ancien d’entre les êtres, étant à l’origine de tous les êtres en ce monde, demeure malgré tout éternellement jeune et resplendissant (le mot Krishna signifie « infiniment fascinant »). Le corps de Krishna n’est pas matériel mais pleinement spirituel et, outre qu’il demeure éternellement  jeune, Son corps transcendantal est aussi rempli de connaissance et de félicité ; sac-cid-ânanda. Le Seigneur ne passe pas son temps à juger les êtres ( Il existe pour cela son émanation plénière, Paramâtma,qui  témoigne des actes de chacun et Yamaraja, le deva de la mort qui juge les êtres au moment de la mort). Krishna a mieux à faire, et s’engage constamment dans des divertissements spirituels sublimes, en compagnie de Ses dévots trés chers, dont les gopis de Vrndavana avec lesquelles Il s’engage dans la danse rasa, la rasa-lila.  Et même si de temps en temps, comme c’est aussi sa mission lorsqu’Il descend dans ce monde matériel, le Seigneur tue quelques asuras , ce n’est pas là Son occupation première (voir BG 4.8) ) .

L’instabilité : parfois l’être vivant se trouve sur la crête de la vague et parfois dans le creux ; cette métaphore ( qui correspond également à une expression bien connue « être dans le creux de la vague ») traduit le fait que la situation dans ce monde matériel oscille constamment entre bonne et mauvaise situation. Elle est donc chanchala: instable de nature . L’être parfois est submergé par les vagues et s’ombre dans l’océan, et c’est alors un sentiment de grande détresse qui l’envahi, d’autres fois, il navigue paisiblement, et même jouit librement de l’existence au cours de croisières idylliques où il est entouré de jolies filles sur un yacht de luxe.

Appliquer à la réincarnation, cette métaphore traduit l’inconstance, la fluctuation constante d’une naissance à l’autre; l’être est ballotté constamment entre « bonne  » et « mauvaise  » naissance, entre bonne et mauvaise situation. Pour illustrer cet état d’inconstance la culture védique utilise, outre celle de l’océan, la métaphore de la roue: la roue des samsâras. Cette roue des samsâras symbolise fort bien la position instable et changeante de l’être pris dans le cycle des morts et renaissances répétées. L’être vivant incarné tourne constamment d’une situation privilégiée (en haut de la roue avec la forme humaine) à une situation difficile (en bas de la roue avec la forme d’insecte) . Tout comme dans la « grande roue » , cette attraction pour grand public, l’être est parfois « au sommet  » et jouit un maximum de l’existence et d’autres fois, en bas, et son plaisir est très atténué (ou il souffre même). Parfois l’être naît dans des circonstances plutôt agréables, profitant des quatre atouts majeurs de l’existence matérielle : une naissance au sein d’une bonne famille, une bonne éducation, une apparence physique agréable, et une situation aisée. Mais d’autres fois, dus aux aléas de l’existence et de son karma, l’être se voit confronté à des situations pénibles : une naissance dans une famille médiocre, sans réelle éducation, son corps est laid et il vit dans la pauvreté.

Evidemment lorsque l’on parle de karma et de destiné, il faut s’attendre à ce que les choses ne soient pas parfaitement définies. Ainsi, une naissance n’est jamais complètement bonne ou complètement mauvaise. Ultimement, les lois du karma, sont tellement complexes et subtiles que le « bon » et le « mauvais » finissent par s’entremêlés de façon inextricable (2) . Ainsi, sous l’effet d’un bon karma, une personne, par exemple, pourra naître d’une bonne famille – mais, néanmoins, subissant le résultat d’activités coupables passées (entremêlées avec les actions vertueuses) , devra faire face au décès prématuré de son père. Ou bien, elle jouira d’un physique agréable, mais devra néanmoins prendre naissance au sein d’une famille démunie. Ou bien encore, elle pourra jouir de l’opulence, de la beauté, de la renommée même, mais pendant une courte vie seulement. Et l’on pourrait ainsi multiplier les exemples à l’infini car les variantes dans ce domaine sont infinies. Quoiqu’il en soit, c’est un fait que nul ne peut nier, en ce qui concerne les quatre atouts majeurs de l’existence matérielle, nous ne sommes certainement pas égaux; certains sont plus favorisés que d’autres et jouissent ainsi, plus que d’autres, de l’existence matérielle.

Les Écritures  védiques nous avertissent cependant qu’il ne sert à rien de se réjouir outre mesure de « nos avantages » tout comme de se lamenter à l’excès de « nos désavantages ». Selon le Chaitanya caritamrta, notre situation en ce monde, même si elle est soi-disant favorable, est en fait toujours défavorable. Cela signifie que tant et aussi longtemps que nous demeurons dépourvu de conscience de Krishna tout ce que nous appelons favorable et bon, ou défavorable et mauvais, ne l’est que de nom. Car bonne situation comme mauvaise situation, ou bon et mauvais karma, dans la mesure ou tous les deux  nous forcent à renaître dans l’univers matériel sont aussi  indésirables l’un que l’autre. Ainsi, comme l’enseigne le Srimad-Bhagavatam, tant et aussi longtemps que nous demeurons dépourvu de conscience de Dieu et ne développons pas d’attrait pour Krishna, tout ce que nous entreprenons sera défavorable ou mauvais (voir SB 1.2.8 ). : 

dvaite’ bhadrābhadra-jñāna, saba — ‘manodharma’
‘ei bh āla, ei manda’, — ei saba ‘bhrama’

« Dans l’univers matériel, toutes les conceptions de bien et de mal ne sont que des élucubrations d’ordre mental. Par conséquent, le fait de dire « Ceci est bien » ou « Ceci est mal » est tout à fait erroné. »
                                (Cc Antya 4.176)

Ainsi, et concrètement, ce qui est un avantage au niveau matériel, comme naître d’une bonne famille, posséder une certaine opulence, bénéficier d’une éducation supérieure et être séduisant, ne l’est pas forcément au niveau spirituel et peut constituer même un désavantage, un obstacle au progrès spirituel:

« La prospérité matérielle se traduit par le fait de naître dans une famille noble et de posséder de grandes richesses, une éducation supérieure et des traits physiques séduisants. Tous les matérialistes brûlent du désir d’acquérir cette prospérité, considérée comme la base de la civilisation matérielle. Mais ces divers atouts éphémères enivrent celui qui les possède, le font s’infatuer d’une vanité trompeuse. Devenu suffisant, voilà qu’il se trouve incapable de s’adresser au Seigneur avec sincérité, de prononcer avec âme Son Saint Nom:  » ô Govinda, ô Krishna « . Or, les sastras nous révèlent qu’en prononçant ne serait-ce qu’une fois le Saint Nom du Seigneur, l’on peut s’affranchir d’un plus grand nombre de fautes que l’on n’en pourra jamais commettre. Telle est la puissance du Saint Nom. Et cette assertion ne comporte pas la moindre part d’exagération; cependant, il faut aussi prendre en compte la qualité de notre chant du Saint Nom, qualité que détermine la profondeur de notre sentiment, de notre sincérité. L’homme sans recours peut prononcer le Saint Nom du Seigneur avec force sincérité, celui qui le fait dans un sentiment de grande satisfaction matérielle en demeure incapable. Ainsi, un matérialiste infatué peut, à l’occasion, prononcer le Saint Nom du Seigneur, mais il ne saurait y mettre la qualité qu’il faut. « (Srimad Bhagavatam. 1.8.26 )

Il ressort de tout cela qu’une situation apparemment défavorable au niveau matérielle, deviendra favorable si elle favorise notre conscience de Krishna.

L’incertitude: l’océan peut également changer de façon tout à fait imprévisible, d’un instant à l’autre, et caractérise donc l’incertitude. Quand l’océan va-t’il changer d’aspect? Nul ne peut le prévoir vraiment. Sera-t’il menaçant ou tranquille, déchaîné ou paisible? C’est en fonction de l’intensité du vent, certainement, mais aussi d’autres facteurs: la rencontre entre airs chauds et airs froids qui,  on le sait, peut entraîner des tempêtes et des ouragans violents; également, bien que beaucoup plus rarement, la formation d’un tsunami dont les origines peuvent être variées . Et comment savoir si le vent va tourner et quand ?- en passant voici une autre expression bien connue  » Le vent a tourné  » signifiant que la chance ou la malchance a tournée pour quelqu’un – , Comment savoir s’il va s’intensifier , se réchauffer, se refroidir, diminuer, disparaître, ou se changer en tempête? C’est donc l’incertitude quant à l’évolution du temps [ et cela, malgré les progrès indéniables réalisés au niveau des prévisions météorologiques (3)] et donc de celle de l’océan .

Transposée dans le domaine du karma et de la réincarnation, cette qualité d’incertitude prédomine. Ainsi, comme nous l’avons déjà mentionné, les lois du karma et de la réincarnation sont d’une subtilité et d’une complexité telles, et les actions des êtres qui l’engendre si variées, qu’il est pratiquement impossible de prévoir avec certitude ce qui nous attend dans cette vie comme dans notre prochaine (4) .

D’autre part, il est à souligner que l’incertitude est la soeur jumelle de la peur. Une personne qui ignore quelle sera sa situation future se verra plongée automatiquement dans l’angoisse et la peur.

L’insécurité et la peur:  même alors que l’on est embarqué sur le meilleur des bateaux, réputé insubmersible tel le Titanic, rien ne garantie qu’un jour un iceberg, une tempête , un ouragan ou une vague gigantesque appelée techniquement « vague scélérate « , ou même une attaque de pirates – comme il y en a de plus en plus de nos jours -, ne puissent sérieusement endommager ou couler notre bateau.

Transposée dans le domaine du karma et de la réincarnation, cette métaphore est remplie de signification. Mis à  part le pur dévot du Seigneur qui a pleinement pris refuge en Dieu, nul n’est exempt du sentiment d’insécurité et de peur en ce monde matériel (5). Et cela, même si de multiples personnes -médecins, soldats,  policiers, psychologues, prêtres, …-, nous entourent , étant sensés assurer notre sécurité physique,  morale et spirituelle.

Si la protection offerte par ces différentes personnes est certes souhaitable, courante et bénéfique, il n’en est pas moins vrai qu’elle ne demeure que partielle et relative (voir « La réelle protection « ) . Les meilleurs médecins, par exemple, ne peuvent sauver un homme qui arrive au terme de sa vie. Ainsi, les lois du karma et de la réincarnation sont si rigides et impitoyables, que lorsqu’arrive le terme de notre vie, pas une seconde en plus,  au-delà du temps qui nous est imparti, ne nous est accordé. Il n’y rien alors qui puisse empêcher notre départ. Ainsi, quand vient le temps de mourir, de quitter ce corps et l’environnement auxquels  nous sommes  si attachés, même les meilleurs médecins ne peuvent rien pour nous.

Au moment de mourir tous ces divers protecteurs et soutiens ne nous seront d’aucun secours. Nous devrons faire face seul à notre sort. Tout le monde est égal face à la mort ; les puissants comme les petits, les illustres comme les inconnus, les nantis comme les démunis, les nobelisés comme les autres. A cet instant, notre prestige sociale, nos titres honorifiques, nos comptes en banque, notre notoriété, notre connaissance scientifique, etc… Tout cela ne nous est plus d’aucune utilité et d’aucun secours face à la mort. Seul importe alors notre conscience de Dieu (lire  à ce sujet la fable »Le passeur et le savant« ). Ainsi, même si les hommes s’évertuent de milles façons à Le mettre de côté, le Seigneur Suprême, Se rappelle à eux au moment de la mort. C’est pourquoi les Écritures disent que pour ceux qui ont vécu leur vie dans le déni de Sa personne, préférant se réfugier dans les chimères des plaisirs des sens (mâyâ), Dieu Se présente tout de même, mais sous la forme terrifiante de la mort et à cet instant, Il emporte tout. (BG10.34) .

L’horreur: parfois l’océan se  déchaîne et malmène violemment les embarcations . Il constitue alors une véritable menace pour les hommes. D’autres fois, de terribles tsunamis se produisent emportant la vie de milliers d’êtres vivants et dévastant des régions entières. D’autres fois encore, de redoutables pirates, armés jusqu’aux dents, prennent en otages les passagers d’un bateau et menacent de les tuer.

Transposée dans le domaine du karma et de la réincarnation, cette image métaphorique est remplie de signification. La vie au sein de la matière parfois se révèle particulièrement horrible. De par l’effet d’un mauvais karma, par exemple, à la suite d’un accident, d’une maladie ou même d’un suicide, des parents peuvent perdre leur enfant et une telle situation est particulièrement douloureuse et horrible à vivre. Ou bien encore, on peut apprendre un  jour que l’on est atteint d’une maladie  grave, dégénérative et incurable telle la maladie d’Alzheimer (qui touche plus de 800 000 personnes âgées en France avec 225 000 nouveaux cas chaque année) . Voici quelques exemples de situations horribles associées au mauvais karma dans ce monde matériel.

Le bonheur matériel: de la souffrance en sursis. Srila Bhaktivinoda Thakura dans son célèbre « Radha-Krsna-bol », extrait de Gitavali, écrit:

(miche) māyāra vaśe, yāccha bhese’,
khāccha hābuḍubu, bhāi

« O frère, tu souffres inutilement sous le joug de mâyâ, et tu es emporté par ses vagues, parfois flottant, et d’autres fois, sombrant dans cet océan d’illusion. »

Srila Prabhupâda a maintes fois utilisé cette métaphore pour décrire deux aspects de la situation de l’âme conditionnée en ce monde matériel. Le premier aspect est sa condition d’être qui souffre, et l’autre, son illusion de se croire, malgré tout, heureux. Pour cela, souvent Prabhupada  compare la situation de l’âme conditionnée confrontée à l’existence matérielle, à celle d’un homme subissant le « supplice de la baignoire ». Dans ce supplice – qui était pratiqué par les nazis et est aussi utilisée en ce moment, entre autres, par l’armée américaine contre les dénommés terroristes -, le tortionnaire maintient la tête du supplicié sous l’eau jusqu’à suffocation presque complète. A cet instant, le tortionnaire ressort sa tête de l’eau, permettant au supplicié de prendre une grande respiration avant, tout de suite après, de  lui replonger la tête sous l’eau. Reprenant la même métaphore que Bhaktivinoda, Prabhupâda compare le « plaisir » que ressent le supplicié au moment où il reprend une pleine gorgée d’air, au « plaisir » ou bonheur dans ce monde matériel. Quand on l’analyse objectivement, on se rend compte que dans l’existence matérielle ce que l’on appelle « le bonheur » ne résulte en fait que de l’interruption et du soulagement momentanés de la souffrance. L’extrait suivant « Peut-on améliorer le monde matériel? » de la série « Srila Prabhupada sans détours », l’exprime très bien:

Un dévot: Je rencontre souvent des gens qui disent que sans le mal, le bien ne serait pas ce qu’il est.

Srila Prabhupâda: C’est la logique du criminel dont le châtiment est d’avoir la tête  tenue sous l’eau. Ses tortionnaires lui maintiennent la tête sous l’eau et alors qu’ il est sur le point d’étouffer, ils sortent sa tête de l’eau,  et il exulte  ,« Ohhh, c’est tellement bon! » Mais, c’est alors que de nouveau ils lui replongent la tête dans l’eau.

Ainsi peut on comparer le bien et le mal de ce monde matériel: les gens  se retrouvent  la tête plongée de force dans l’eau ; ils suffoquent, et lorsqu’ ils ont la tête un peu hors de l’eau ils s’exclament, « Ahhhh, ce monde est tellement bien! » Ces imbéciles ne savent pas que l’instant d’après ils seront de nouveau sur le point de suffoquer.

Ces quelques métaphores, que nous venons de développer et qui caractérisent la situation de l’être dans l’existence matérielle sont suffisantes pour souligner l’aspect  redoutable de notre situation en ce monde matériel. La raison de cette redoutable situation est notre assujettissement aux lois douloureuses et intransigeantes du karma et des morts et renaissances répétées, et la privation ainsi de véritable liberté.

                                SUITE: Naître c’est souffrir

(1) On peut voir avec ce principe védique de l’évolution des espèces que Darwin avec sa théorie de l’évolution des espèces n’a rien inventé. Bien sûr, la culture védique ne présente pas la même version matérialiste de l’évolution des espèces que celle de Darwin. Pour Darwin ce sont les corps matériels qui évoluent, se transforment, se métamorphosent et cela à travers une période de temps considérable, de l’ordre de millions et de millions d’années. Ainsi, selon Darwin, (au passage c’est la version que l’on enseigne aux élèves dans toutes les bonnes écoles) le singe sur une période de temps considérable finit par devenir un homme (voir à ce sujet « La mascarade de Darwin » ). Et toujours selon sa théorie les espèces les moins évoluées, soit disparaissent (théorie de la sélection naturelle), soit se transforment graduellement en plus évoluées (l’évolution des espèces).

Il semble que Darwin ait compris le principe de l’évolution des espèces mais de travers. Ainsi, selon lui ce n’est pas l’âme, l’âtma, le principe vital du corps qui évolue à travers les espèces mais bien le corps.Cette théorie est aussi absurde que de dire que lorsqu’une personne déménage c’est en fait son appartement qui se transforme et non elle qui change d’appartement. Pour être clair, la culture védique bien avant lui avait présenté le principe de l’évolution des espèces, mais elle de la bonne façon. Il s’agit de la science de la transmigration de l’âme. Ainsi, ce n’est pas le corps qui évolue avec le temps mais l’être vivant à l’intérieur du corps qui évolue à travers les multiples corps qu’il revêt. L’être vivant évolue (comme il peut aussi involuer) des formes inférieures aux formes supérieures telle la forme humaine et le point de similitude avec Darwin est la période de temps énorme que tout cela peut nécessiter. En effet cela peut prendre des millions et des millions d’années avant que l’être, évoluant à travers les 8400 000 espèces, ne puisse ravoir la chance de se réincarner dans la forme humaine.


(2) Pour avoir une idée de la complexité avec laquelle le karma fonctionne il faut savoir que de multiples facteurs rentrent en jeux: l’acte lui-même, l’individu et son degré de responsabilité ( par exemple le karma ne s’applique pas quand un animal tue car il est considéré irresponsable), sa situation, l’objet du déli (si c’est un acte karmique néfaste), les circonstances, le degré d’implication, la durée, la gravité, etc…. Tout cela concerne l’action karmique présente, qui déjà comme on peut le voir est assez complexe en soi. Mais il faut savoir que les effets d’actions karmiques passées – vertueuses comme impies – peuvent s’étaler dans le temps, et
qu’ils peuvent ainsi continuer à agir longtemps après que les actes qui les ont causé aient été accomplis. Elles interragissent donc et s’entremêlent avec les effets des actions karmiques présentes augmentant par là, à l’infini, la complexité des effets du karma .
L’extrait suivant du nertar de la dévotion  l’explique:

« Il existe ainsi une gestation des activités karmiques comme l’explique le Padma Purâna (extrait du Nectar de la Dévotion): Le Padma Purana distingue quatre séries de suites aux actes coupables:

1) celles qui n’ont pas encore porté fruit;
2) celles qui restent encore à l’état de germe;
3) celles qui sont parvenues à maturité;
4) celles qui ont presque atteint maturité.

Le même Ecrit explique comment celui qui s’abandonne à Visnu, ou Krsna, le Seigneur Suprême, et s’engage dans le service de dévotion offert à Sa Personne, en pleine conscience de Lui, peut d’un coup les réduire à rien.

Parmi les conséquences de nos fautes, « celles qui ont presque atteint la maturité » s’assimilent aux souffrances que subit l’être dans le temps présent; et « celles qui restent encore à l’état de germe » représentent l’amas des désirs dans le coeur. Le mot sanskrit kuta les désigne comme autant de graines qui sont sur le point de germer. Dans le cas des fautes « qui n’ont pas encore porté fruit », la germination n’a tout simplement pas commencé. Ce verset du Padma Purana peut nous faire comprendre combien est subtile la contamination par la matière. Son origine, son épanouissement et ses conséquences, manifestés sous forme de souffrances multiples, se succèdent comme autant de maillons d’une interminable chaîne. Il est souvent très difficile de déterminer la cause exacte d’une maladie, d’en préciser l’origine, comme d’en prévoir le développement. Mais le mal ne naît pourtant pas de façon subite. Ainsi, tout comme, par mesure de prévention, un médecin inocule à son patient le vaccin destiné à empêcher la croissance du mal, il est possible de prévenir efficacement la germination de ses actes coupables en « s’injectant » la conscience de Krsna ».
Nectar de la dévotion  (Premier chapitre)

(3) Certains objecteront que grâce aux progrès de la météréologie moderne réalisés grâce à l’observation satellite, il n’y a plus d’incertitudes ou que celles -ci sont diminuées. On peut répondre que certainement les progrès sont là mais quoi qu’il en soit, même si l’on a pu faire certains progrés en terme prévisionnel, il n’en reste pas moins que tout cela demeure limité, et en tous cas, ne permet pas d’éviter vraiment les catastrophes. Les soudaines inondations dans le sud de la France et les ouragans dévastateurs, cette fois celui dans le nord de la France, mais aussi ceux aux Etats-Unis, à Cuba et à Haïti, le prouvent .

(4) Concernant le caractère imprévisible du karma et de la réincarnation, l’histoire de Vidura, une des figures centrales du Mahâbhârata, l’illustre fort bien:

Vidura naquit de Vyâsadeva, l’auteur des Vedas, et représente une manifestation de Yamarâja, le deva de la mort. Ce dernier, sous la malédiction de Manduka Muni, fut conduit en effet à prendre naissance sur Terre parmi les shûdras, que regroupent généralement les hommes de moindre intelligence. Voici comment. Un jour, la police d’Etat s’empare de voleurs qu’elle trouve cachés dans l’hermitage de Manduka Muni. Par routine, ils arrêtent tout le monde, y compris le sage, qui se voit quelque temps après condamné par le tribunal à périr transpercé d’une lance. Mais au moment où on va l’exécuter, le roi, qu’on vient avertir de la méprise, annule aussitôt la sentence, puis l’implore personnellement de pardonner l’erreur de ses hommes. Sitôt relâché, le muni se rend chez Yamarâja, le maître du destin des êtres, qui, interrogé, lui révèle qu’au cours de son enfance, le muni, avec un brin de paille effilé, a transpercé une fourmi, et que c’est ce crime qui lui a valu sa mésaventure. Or, le muni trouvant injuste d’être puni pour une offense commise innocemment dans l’enfance, condamne Yamaraja à devenir un shûdra. Celui-ci devient donc Vidura, le frère shûdra de Dhritarâstra et Mahârâja Pandu.

(5) Maharaja Pariksit, un grand roi des temps védiques, avait reçu la malédiction, par un jeune brahmana, de mourir dans sept jours, de la morsure d’un serpent ailé . Il décida immédiatement de se retirer de toute occupation matérielle et, se rendant au bord du Gange en la compagnie de grands sages, il résolut de consacrer le temps qui lui restait à l’écoute des gloires du Seigneur. C’est alors que le Srimad Bhagavatam, la crème des Vedas, fut énoncé par Sukadeva Gosvami à Maharaja Pariksit, son disciple.

Dans une teneur et portée du Srimad-Bhagavatam, Srila Prabhupâda décrit l’état d’esprit tout à fait serein, malgré sa mort imminente, du saint monarque :  » Sitôt que l’on s’est tout entier donné aux Pieds pareils-au-lotus du Seigneur Suprême, on cesse de craindre la mort. De plus, l’atmosphère créée par la présence des grands dévots du Seigneur sur les rives du Gange ainsi que l’abandon complet du roi aux pieds pareils-au-lotus du Seigneur, suffisait pour garantir le retour de Maharaja Pariksit en sa demeure originelle, dans le royaume absolu. Ainsi devint-il libre de toute appréhension face à la mort. »
                       (Srimad Bhagavatam 1.19.15 t.et p.) 



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