La forme invisible de l’âme

reincarnation

« L’âme revêt un nouveau corps, abandonnant l’ancien devenu inutilisable, exactement de la façon dont on se défait de vêtements vieux et usagés pour en revêtir de neufs. » (Bhagavad.gita, 11.22)

par Sa Divine Grâce

A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada

 

Il y a un siècle, Bhaktivinoda Thakura disait déjà, krsnera sam sara kara chadi anacara: le développement de la vie spirituelle exige que l’on abandonne ses mauvaises habitudes sans qu’il soit pour autant nécessaire de renoncer à mener une vie familiale et sociale. Il ne s’agit pas de nier l’existence matérielle comme le fait la philosophie qu’en Inde, on appelle le māyāvadisme. Il faut acquérir une connaissance positive et lui donner une application pratique. Le simple refus des activités matérielles ne saurait par lui-même aider notre évolution spirituelle. Sans objectif positif, la seule tentative de rejet de notre condition présente demeurera vaine.

Il y a deux sortes de philosophies māyāvadis. L’une d’elles, appelée philosophie du vide, faute d’un nom plus précis, déclare que tout est issu du vide. Les bouddhistes appuient cette théorie selon laquelle la vie ne serait que le produit de l’interaction des éléments matériels. D’après eux, toutes les manifestations de l’existence, quelles qu’elles soient, retournent au vide dès que ses éléments se séparent. Ils illustrent leur théorie en donnant l’exemple suivant: le maçon peut ériger un mur en cimentant des briques les unes aux autres, mais si quelqu’un vient et sépare à nouveau ces briques, le mur perd sa forme, il n’existe plus. La souffrance, disent-ils, est due à l’interaction des divers éléments matériels. En effet, le corps des êtres vivants est composé d’éléments bruts (terre, eau, feu, air et éther) et subtils (mental, intelligence et faux ego). Tous ces éléments sont matériels et leur réunion a formé cette demeure misérable qu’est le corps. Ces philosophes disent donc: « Séparez ces éléments et il n’y aura plus ni bonheur ni détresse. »

La seconde philosophie māyāvadi, l’impersonnalisme, dit, brahma satyam jagan-mithya: la manifestation matérielle n’est pas réelle, mais l’essence qui l’anime l’est. En effet, la matière ne peut se développer que quand l’esprit l’anime. Un enfant mort-né ne se développera pas, même si on réussit à le conserver en laboratoire. Le corps ne peut se développer que si l’âme est en contact avec lui. C’est un fait généralement admis que l’esprit fait vivre la matière. Les impersonnalistes l’acceptent, mais ils disent que l’âme est impersonnelle, qu’elle n’a pas de forme.

La philosophie de la conscience de Krishna n’accepte aucune des deux théories. La conscience de Krishna affirme non seulement que l’âme existe, mais encore qu’elle a une forme. En ce monde, la forme originelle de l’âme se manifeste de façon imparfaite dans différents corps matériels. Nous avons déjà expliqué que le corps est fait de matière inerte, et que seule la présence de l’âme l’anime et provoque son développement. Les impersonnalistes acceptent que c’est l’âme qui anime le corps mais ils prétendent qu’elle est dépourvue de forme et donc de sens; mais ils ne peuvent pas expliquer la raison d’être des sens du corps matériel. Pour nous aider à comprendre, le corps matériel est parfois comparé à un vêtement qui épouse la forme du corps. Parce que le corps a des bras et des jambes, le vêtement a lui aussi des manches et des jambes. De la même façon, parce que l’âme a des sens, le corps matériel possède lui aussi des sens. Lorsque l’âme le quitte, le corps matériel perd ses pouvoirs de perception, et sa forme se désagrège. C’est donc l’âme qui a des sens et par conséquent une forme.

La Bhagavad-Gītā explique, en outre, comment l’âme passe d’un corps à l’autre. « L’âme revêt un nouveau corps, abandonnant l’ancien devenu inutilisable, exactement de la façon dont on se défait de vêtements vieux et usagés pour en revêtir de neufs. » (B.g., 11.22).

En regardant dans le passé, on réalise que le corps change constamment. Nous avions à la naissance un corps de bébé, maintenant il est complètement différent. Lorsque le corps, usé par le temps, devient inutilisable, l’âme le quitte pour en revêtir un autre. Quant à la forme de l’âme, elle est si infiniment petite que ses dimensions échappent à nos instruments de mesure. Les chercheurs ne peuvent évaluer que ce qui se tient dans un registre moyen. L’infiniment grand ainsi que l’infiniment petit leur échappent. Ainsi, l’âme et ses dimensions sont des, choses incompréhensibles pour la science matérielle. La littérature védique nous apprend que l’âme est si infiniment petite qu’elle a la taille du dix-millième de la pointe d’un cheveu. Même le plus puissant microscope ne peut l’isoler sous son objectif. Parce que la science n’arrive pas à la percevoir, elle en conclut que l’âme n’a pas de forme, ou tout simplement qu’elle n’existe pas. En réalité, l’âme a une forme, mais aucun instrument ne saurait la mesurer. Les impersonnalistes sont dans une position aussi précaire que les hommes de science. L’infiniment grand et l’infiniment petit leur échappent parce qu’ils me connaissent pas la nature de l’Absolu, qui est à la fois l’infiniment petit et l’infiniment grand. Les impersonnalistes prétendent donc que ni Dieu ni l’âme n’ont de forme. Mais la philosophie de la Conscience de Krishna reconnaît que Dieu et l’âme possèdent une forme. Dieu est infiniment grand et l’âme, infiniment petite, mais cette distinction mise à part, ils possèdent les mêmes qualités, comme la goutte d’eau de mer a les mêmes propriétés que l’eau de l’océan d’où elle provient. Bien entendu, il y a une énorme diffécence entre le volume de l’océan et celui de la goutte d’eau, de même qu’il y a un abîme entre l’âme et l’Ame Suprême. Selon la philosophie de la Conscience de Krishna, chaque être doit accepter de n’être qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan de l’Infini. Ainsi qu’on l’a souvent dit, « Dieu est grand et nous sommes petits »; notre rôle est donc de Le servir, cela est naturel. Dieu est grand, plus grand que tout, et rien ne peut L’égaler. Chaque être vivant a donc le devoir de Le servir et ce service s’appelle la conscience de Kṛṣṇa. Il est dit dans la Bhagavad-Gītā que la nature de notre prochain corps est déterminée par notre état d’esprit au moment de la mort.

Krishna explique de la façon suivante comment s’opère ce passage d’un corps à l’autre: « L’être vivant dans le monde matériel transporte ses différentes conceptions de la vie comme l’air transporte les odeurs. Ainsi, il revêt un corps, puis en mourant, le quitte pour un autre. Il se voit alors attribuer des sens. Il a sa façon particulière d’entendre, de goûter, de toucher et de sentir. Toutes ses sensations gravitent autour du mental et lui permettent de jouir de la vie d’une façon qui lui est propre. L’insensé ne peut pas comprendre comment l’être quitte son corps et comment, sous l’influence matérielle, il obtient un nouveau corps. Seul celui dont, l’oeil est exercé par la connaissance peut voir ces choses. » (B.g.,XV .8-10). L’air transporte le parfum des roses, mais s’il arrive que ce même air passe près d’un égoût, il en transportera aussi l’odeur malsaine. Par lui-même, l’air est pur, mais selon les circonstances, il transporte une odeur agréable ou désagréable. L’âme, elle aussi, est pure car elle fait partie intégrante du Seigneur Suprême, mais à cause de son contact avec la nature matérielle elle se manifeste dans différents corps. Nous acquérons toujours de nouveaux corps; même pendant cette vie, nous passons par tant de différents corps (celui de bébé, d’enfant, d’adolescent, de jeune homme, d’adulte et finalement de vieillard), et lorsque le corps est devenu inutile, usé par l’âge, nous en revêtons un nouveau. Ce changement constant de corps s’appelle la transmigration de l’âme.

Notre prochain corps sera créé en fonction de la conscience que nous aurons acquise pendant cette vie. La forme humaine est spécialement destinée à l’épanouissement de la conscience de Krishna car cette conscience divine nous permettra de retrouver notre corps éternel de félicité et de connaissance (sac-cid-ananda-vigraha). Le but de la Conscience de Kṛṣṇa est de nous donner un corps de la même nature que celui de Krishna Lui-même. rasa1aSi nous voulons changer la conscience des gens, c’est pour leur donner une chance de danser avec Krishna pour l’éternité. Lorsque l’être vivant est complètement affranchi de la matière, il peut jouir de sa relation originelle avec Krishna, qui est caractérisée par un échange d’amour procurant les délices de la félicité la plus parfaite. Cet amour peut s’exprimer à travers les sentiments du serviteur, de l’ami, des parents ou de l’amant. Et parmi tous les compagnons intimes du Seigneur, les jeunes demoiselles de Vrndavana, quoique simples villageoises, jouissent de la perfection de l’amour de Dieu lorsqu’elles participent avec Lui à l’éternelle et sublime danse rasa. Connaître sa relation intime avec le Seigneur est le but suprême de la vie humaine.

C’est pourquoi, au lieu de nier artificiellement l’existence matérielle, les membres du Mouvement pour la Conscience de Kṛṣṇa s’efforcent de mener une existence spirituelle en chantant le maha-mantra Hare Krishna, en étudiant la philosophie de la Bhagavad-Gītā et en participant activement aux travaux de la communauté qui se voue entièrement à la propagation de cette philosophie à travers le monde. Dès que nous reprenons notre activité spirituelle, nous renonçons naturellement à l’existence matérielle.

L’existence dans le monde matériel est l’état morbide de l’âme dans le sens qu’elle y est recouverte d’un corps toujours sujet à la souffrance. Mais il ne faut pas en conclure pour autant que, si nous avons une forme maintenant, c’est à cause de ce mal matériel, et qu’aussitôt guéris, nous n’aurons plus ni corps, ni forme. C’est là la théorie des māyāvadis, mais c’est une absurdité. Si nous lui demandons à quelle étape de notre développement nous cessons d’avoir une forme, l’impersonnaliste répond que c’est à la mort. Or la Bhagavad-Gītā dit: « La mort est certaine pour celui qui est né, et certaine la naissance pour celui qui meurt. » (B.g., 11.27). Il est donc clair que l’on ne peut exister sans avoir de forme. Ce qu’il faut rechercher donc, plutôt que l’anéantissement de la forme, c’est notre forme naturelle et saine, c’est-à-dire notre forme spirituelle, notre svarupa. Les impersonnalistes font le raisonnement suivant: « Les plaisirs et les souffrances que je ressens maintenant sont dus au fait que je possède un corps, et donc une forme. J’y échapperai en atteignant le sans-forme. » C’est là une conception purement matérielle de la forme qui montre une ignorance totale de la vraie nature de l’âme. Il faut plutôt reprendre conscience de notre existence spirituelle et éviter désormais de se laisser conditionner par la nature matérielle en atteignant la libération (mukti). Comment guérir ? Rien de plus simple. Abandonnant tout intérêt personnel, il faut s’immerger dans la conscience de Krishna et continuer à agir comme à l’ordinaire mais pour le seul plaisir du Seigneur. Prenons le fait de danser comme exemple: tout le monde, sous l’influence de māyā (l’illusion), aime ressentir les ivresses de la danse. La Conscience de Krishna ne défend donc pas la danse, elle l’encourage au contraire. Mais il y a toute la différence du monde entre le bhakta qui danse dans le temple pour la satisfaction du Seigneur et le karmi (matérialiste) qui fréquente les dancings pour son propre plaisir. La conscience de Krishna est donc l’art de spiritualiser l’activité matérielle. Nous invitons les gens à venir danser et chanter, et à goûter ainsi un plaisir spirituel. Rien de plus facile que de danser en frappant des mains; même un enfant peut le faire. Pourtant, parce qu’une activité aussi simple en apparence est purifiée par la conscience de Krishna, elle augmente le degré de réalisation spirituelle de celui qui l’accomplit. La conscience de Krishna s’infiltre alors dans la vie et en transforme la nature. C’est là le vrai programme pour la respiritualisation de l’humanité. On peut chanter, danser, dormir et procréer, mais il faut imprégner ces activités de la conscience de Krishna. Il n’est pas question d’éteindre l’activité pour se fondre dans le vide et perdre ainsi sa forme. Tout le monde recherche le plaisir éternel, et la conscience de Krishna, la conscience de Dieu, peut nous aider à l’atteindre. Ceux qui atteignent la vraie connaissance peuvent savoir quel sorte de corps ils obtiendront dans leur prochaine vie. Celui, par exemple, qui achète un billet d’avion pour Londres sait fort bien quelle sera sa destination. De la même manière, connaissant la mentalité qu’il s’est forgée pendant cette vie, un homme peut savoir ce qu’il adviendra de lui après la mort. Il est dit dans Bhagavad-Gītā que notre prochain corps dépend de l’influence matérielle (guna) qui prédominera en nous au moment de la mort. Ceux qui meurent influencés par l’ignorance obtiendront des corps d’animaux ou d’espèces encore plus basses. Ceux qui meurent sous l’empire de la passion obtiendront une forme humaine sur une planète semblable à la terre. Et ceux qui meurent sous l’égide de la vertu seront promus aux systèmes planétaires supérieurs et acquerront le corps d’un deva (être plus évolué que l’homme). Mais tous ces corps sont matériels, donc temporaires. Seul celui qui a la chance de mourir en pensant à Krishna peut obtenir un corps éternel comme celui de Kṛṣṇa. Celui-là ira rejoindre le Seigneur Suprême dans Sa demeure éternelle.

Les Ecritures nous aident à comprendre qu’il faut enseign aux gens-comment agir selon la vertu. Ils seront assurés de renaîtr sur une planète supérieure et peut-être même seront-ils complètement affranchis de la vie matérielle. Certains cultes offrent en effet la promesse d’une élévation à des planètes supérieures or l’être vivant peut jouir de la compagnie de femmes d’une beauté angélique et boire le soma, breuvage fabuleux, et cela pendant des milliers d’années. Pour un simple terrien, une telle promotion peut sembler fort avantageuse, mais ce n’est en fait qu’un stade un peu plus élevé de la vie matérielle. Lorsqu’un individu comprend qu’il ne peut satisfaire son besoin de bonheur dans le monde matériel, il en conclut que le monde est illusoire et qu’il doit donc rechercher le brahman. Malheureusement, la philosophie du brahman nie complètement le besoin naturel de bonheur de l’être vivant. Les Ecritures disent que ceux qui en sont venus à déclarer ce monde illusoire sans pour autant avoir conscience de Kṛṣṇa, deviennent des impersonnalistes ou des nihilistes. Ils se détachent des activités matérielles et renient les plaisirs matériels. Il y a donc beaucoup de mouvements religieux dans le monde qui ont pour but soit le plaisir des sens, soit la fusion avec le vide. Mais la réalité est bien différente; nous ne sommes pas faits pour jouir du monde matériel ni pour nous identifier à un vide imaginaire.Krishna rejette donc toutes les religions basées sur un faux renoncement ou sur le plaisir matériel. Nous croyons, à tort, que ce monde est la seule réalité et par conséquent, nous essayons d’en jouir. Puis, lorsque nos espoirs sont déçus, nous essayons de nous convaincre de son irréalité; mais en fait, il est bel et bien réel et il n’est pas nécessairement une source de frustration constante. Il s’agit simplement de connaître sa véritable nature.

Le Seigneur dit dans la Bhagavad-Gītā: « Outre l’âme, il y a dans le corps un autre occupant qui, Lui, en est le propriétaire suprême. Il sanctionne et supervise toutes les activités du corps mais demeure à un niveau spirituel et absolu; celui qui comprend que l’Ame Suprême est, dans tous les corps, la compagne constante de l’âme, et que toutes les deux sont impérissables, celui-là voit la vérité. » (B.g., XIII.23, 28). Si seulement nous pouvions comprendre que tout en ce monde existe exclusivement pour le plaisir de Krishna, nous cesserions d’y chercher un bonheur matériel illégitime. Krishna est le maître de tous les systèmes planétaires. Comment pouvons-nous alors prétendre que telle ou telle chose nous appartient ? Comment pouvons-nous déclarer que nous renonçons à quoi que ce soit quand rien ne nous appartient ? Celui qui s’accapare le bien d’autrui est un voleur et celui qui dit renoncer à la propriété des autres est certainement un imposteur. Si seulement nous pouvions comprendre cette simple vérité, nous deviendrions aussitôt parfaitement conscients de Krishna !

Si nous étudions la philosophie de la Conscience de Krishna, non seulement comprendrons-nous Krishna, mais encore serons-nous heureux, et affranchis de la matière. Dans la Bhagavad-Gītā, Krishna dit que celui qui Le connaît tel qu’Il est, sera libéré. Mais une compréhension superficielle ne suffit pas. Krishna nous laisse savoir dans cette même Bhagavad-Gītā qu’il est très difficile de Le comprendre, mais que l’homme sincère et béni par Lui y arrive. Il déclare qu’il n’y a pas de vérité qui Lui soit, supérieure. Celui qui connaît Krishna et suit Ses instructions sera libéré. Cependant, il est très difficile, même pour l’homme sensé, de comprendre Krishna sans la compagnie des bhaktas. Aussi avons-nous établi l’Association Internationale pour la Conscience de Krishna, afin de donner à chacun l’occasion d’entrer en contact avec les bhaktas et de se joindre à eux. Le Mouvement pour la Conscience de Krishna est ouvert à tous car Krishna est le père de tous les êtres. Il ne faut pas croire que Krishna est un dieu hindou; Krishna est Dieu pour tous. Par définition, Dieu doit être le Dieu de toute Sa merveilleuse création. Il règne sur les hommes, les animaux, les poissons, les insectes, les arbres, les plantes, sur tout. Nous serons conscients de Krishna dès que nous connaîtrons Son universalité et la relation qui nous unit à Lui.

Cet article est extrait du livre « Solutions pour un âge de fer » de Sa Divine Grâce A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada des éditions Bhaktivedanta Paris.

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Catégories :Karma et réincarnation, Philosophie et transcendance

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