Socrate à la lumière des vedas

SPIRITUALISME DIALECTIQUE
Un point de vue védique sur la philosophie occidentale
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debat-philosophique
SOCRATE
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Dans l’entretien qui suit, Hayagriva das (Prof. Howard Wheeler) et Syamasundar das (Sam Speerstra) présentent la philosophie de Socrate à Sa Divine Grâce A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada ( Fondateur-Acharya du Mouvement pour la Conscience de Krishna ) qui la compare à la pensée védique.

(Pour la définition des termes védiques utilisés dans ce texte  vous pouvez consulter le Glossaire)

HAYAGRIVA:  Lorsqu’un de ses élèves lui dit un jour: « Je ne peux vous réfuter », Socrate répondit: « Dis plutôt que tu ne peux réfuter la vérité, car je peux être aisément réfuté. » Il estimait ainsi que la Vérité Absolue transcende la spéculation intellectuelle et l’opinion personnelle.

SRILA PRABHUPADA: C’est juste. Si nous acceptons Krishna, Dieu, comme l’autorité suprême, la Vérité Absolue, nous ne pouvons réfuter ce qu’Il dit. Krishna, ou Dieu, incarne par définition la perfection suprême, et la philosophie atteint sa perfection lorsqu’elle est en harmonie avec Lui. Telle est notre position. La philosophie du Mouvement pour la Conscience de Krishna s’avère religieuse car elle se soucie d’exécuter les ordres de Dieu. Telles sont la somme et l’essence de la religion. On ne peut fabriquer de toutes pièces une religion. La Bhagavad-Gîtâ et le Srîmad-Bhâgavatam identifient de telles religions aux voies de la duplicité (dharma-kaitava). Le Srîmad-Bhâgavatam(6.3.19) définit notre principe fondamental comme suit:

dharmam tu sâksâd bhagavat-pranîtam na vai vidur rsayo nâpi devah
na siddha-mukhyâ asurâ manusyâh kuto nu vidyâdhara-câranâdayah

« Les véritables principes de la religion sont définis par Dieu, la Personne Suprême, car ni les grands rishis (sages) habitant les planètes les plus élevées et parfaitement établis dans la Vertu, ni les Dévas, ni les dirigeants de Siddhaloka, et encore moins les asuras, les hommes ordinaires, les Vidyâdharas ou les Châranas ne sauraient le faire. »

Le mot dharma désigne les commandements de Dieu; celui qui les garde pratique le dharma. Aucun citoyen ne peut fabriquer de lois, car celles-ci sont établies par le gouvernement. Notre perfection consiste à respecter parfaitement les commandements de Dieu. Ceux qui n’ont aucune conception de Dieu ou de Ses commandements peuvent bien fabriquer des systèmes religieux, mais notre méthode est différente.

SYAMASUNDAR: Il apparaît  que Socrate était plus ou moins un dhyana-yogi, car il pensait qu’on peut accéder à la vérité en abordant un sujet sous tous les angles intellectuels possibles jusqu’à ce que seule la vérité demeure.

SRILA PRABHUPADA: C’était un muni, un grand penseur. Toutefois, de tels munis ne découvrent la vérité qu’après plusieurs naissances, comme le confirme la Bhagavad-Gita(7:19) :

bahunam janmanam ante jñanavan mam prapadyate
vasudevah sarvam iti sa mahatma sudurlabhah

« Après de nombreuses renaissances, lorsqu’il sait que Je suis tout ce qui est, la Cause de toutes les causes, l’homme au vrai savoir s’abandonne à Moi. Rare un tel mahatma. »

Après de nombreuses renaissances, de tels sages (jñanavan) s’abandonnent à Krishna, non pas aveuglément, mais sachant que Dieu, la Personne Suprême, représente la source de tout. Cependant, chercher par soi-même la connaissance exige beaucoup de temps. Celui qui accepte directement l’enseignement de Krishna et s’abandonne à Lui gagne du temps et s’épargne bien des renaissances.

SYAMASUNDAR: Socrate croyait que l’âme, liée à l’intelligence, emporte d’une existence à l’autre la connaissance qu’elle accumule. La vérité peut être évoquée par la maïeutique, la dialectique socratique. Puisqu’une personne peut nous faire comprendre et admettre la vérité, nous avons dû la connaître dans une vie antérieure. Notre intelligence serait donc éternelle.

SRILA PRABHUPADA: En effet. L’âme étant éternelle, l’intelligence, le mental et les sens le sont aussi. Toutefois, ils sont tous présentement recouverts d’une couche de matière dont il faut les débarrasser. Lorsque ce sera chose faite, le vrai mental, la vraie intelligence et les vrais sens émergeront. C’est ce que déclare le Narada-pañcharatra: tat paratvena nirmalam. Cette purification requiert le contact du service d’amour transcendantal du Seigneur, c’est-à-dire le chant du maha-mantra Hare Krishna. Chaitanya Mahaprabhu disait: ceto-darpana-marjanam; «Il faut purifier son coeur.» (Siksastaka 1) Toute fausse conception vient d’une méprise. Nous sommes tous des parties intégrantes de Dieu; pourtant, nous l’avons oublié pour une raison quelconque. Jadis, nous servions Dieu, mais nous servons maintenant une illusion. C’est ce qu’on appelle maya. Libéré ou conditionné, notre vraie position consiste à servir. Dans l’Univers matériel, nous agissons en fonction de nos différentes aptitudes en tant que politicien, industriel, penseur, poète… Mais si nous ne sommes pas reliés à Krishna, tout cela est maya. Quand nous accomplissons notre devoir afin de développer notre conscience de Krishna, ce même devoir nous libère de cet esclavage. De toute façon, la vie et le savoir sont continus. Par conséquent, certains apprennent vite et d’autres lentement. C’est une preuve de continuité.

SYAMASUNDAR: Au cours d’un dialogue avec Socrate, Protagoras déclare: «La vérité est relative. Ce n’est qu’une affaire d’opinion.» Socrate lui demande alors: «Entends-tu par là que la vérité ne serait qu’opinion subjective?» Protagoras de répondre: «Exactement. Ce qui est vrai pour toi est vrai pour toi et ce qui est vrai pour moi l’est pour moi. La vérité est donc subjective. »Socrate lui demande ensuite: « Veux-tu vraiment dire que mon opinion est vraie parce que c’est mon opinion? » Protagoras répond: « À vrai dire oui. » Socrate lui dit alors: « Je suis d’opinion que la vérité est absolue et non subjective, et que tu as absolument tort. Puisque telle est mon opinion, tu dois admettre qu’elle est vraie selon ta philosophie. » Protagoras admet alors: «Tu as parfaitement raison, Socrate.» À l’aide de tels dialogues, ou dialectiques, Socrate sut convaincre plusieurs personnes.

SRILA PRABHUPADA: C’est également ainsi que nous procédons. La Vérité Absolue est vraie pour tous alors que la vérité relative est relative à une position spécifique. La vérité relative dépend de la Vérité Absolue, ou summum bonum. Dieu incarne la Vérité Absolue et l’Univers matériel la vérité relative. Incarnant l’énergie de Dieu, l’Univers matériel semble réel de la même façon que le reflet du soleil sur l’eau émet aussi une certaine lumière. N’étant pas absolu, ce reflet disparaîtra dès le coucher du soleil. Puisque la vérité relative n’est que le reflet de la Vérité Absolue, le Srimad-Bhagavatam(1.1.1) déclare: « J’adore la Vérité Absolue. » (satyam param dhimahi) Krishna, Vasudeva, incarne cette Vérité Absolue (om namo bhagavate vasudevaya). La manifestation cosmique est une vérité relative, une manifestation de l’énergie externe de Krishna. Si Krishna retirait Son énergie, la création universelle cesserait d’être. Dans un autre sens, Krishna et Son énergie sont identiques. On ne peut séparer la chaleur du feu, laquelle est simultanément identique et différente du feu. Telle est la position de la vérité relative. Dès que nous ressentons une certaine chaleur, nous comprenons qu’elle provient d’un feu. Mais nous ne nous pouvons pas dire que la chaleur correspond au feu. La vérité relative est comme la chaleur, car elle repose sur la Vérité Absolue de même que la chaleur dépend du feu. Parce que l’Absolu est réalité, la vérité relative semble aussi réelle, bien qu’elle ne jouisse d’aucune existence indépendante. Le mirage donne l’apparence de l’eau, car l’eau existe vraiment. De même, l’Univers matériel semble fascinant, car il existe un monde spirituel infiniment fascinant.

HAYAGRIVA: Selon Socrate, la véritable quête de l’homme est la recherche du Bien Absolu. Fondamentalement, Socrate serait un impersonnaliste puisqu’il ne définit pas en dernière analyse le Bien Absolu comme une personne, ni ne lui donne un nom personnel.

SRILA PRABHUPADA: C’est là le stade initial dans la compréhension de l’Absolu, appelé réalisation du Brahman, ou de l’aspect impersonnel de Dieu. Puis, à un niveau supérieur, on atteint la réalisation du Paramatma, de l’aspect localisé, où l’on réalise que Dieu est partout. C’est un fait qu’Il est partout, mais dans un même temps, Dieu possède Sa propre demeure: goloka eva nivasaty akhilatma bhutah (Brahma-samhita 5:37).
Dieu est une personne et Il réside en Sa demeure avec Ses compagnons, mais Il est aussi présent dans chaque atome: andantara-stha-paramanu-cayantara-stham (Brahma-samhita 5:35). Comme tous les impersonnalistes, Socrate ne peut comprendre comment Dieu, à travers Son énergie, peut, sans quitter Sa demeure, être simultanément présent dans chaque atome. L’Univers matériel est Son émanation, Son énergie.

bhumir apo ‘nalo vayuh kham mano buddhir eva ca
ahankara itiyam me bhinna prakrtir astadha

« Terre, eau, feu, air, éther, mental, intelligence et faux ego, ces huits éléments, distincts de Moi-même, constituent Mon énergie matérielle. » (Gita7:4)

De par Son énergie qui s’étend partout, Dieu est omniprésent. Quoique l’énergie et sa source soient identiques, on ne peut dire qu’elles ne sont pas distinctes. Elles sont simultanément différentes et non différentes. Ainsi le veut la philosophie parfaite de l’achintya-bhedabheda-tattva.

HAYAGRIVA: Le Bien dont parle Socrate diffère du sattva-guna. Dans La République, Socrate affirme que c’est le Bien qui donne leur vérité aux objets du savoir et le pouvoir même de savoir à ceux qui les connaît. Il parle de la Forme de la vertu essentielle comme étant la cause de la connaissance et de la vérité. Bien qu’on puisse considérer le Bien comme un objet de savoir, il serait préférable de le regarder comme étant au-delà de la vérité et du savoir et d’une valeur supérieure. Et le savoir et la vérité doivent donc être considérés semblables au Bien, mais il serait erroné d’identifier l’un ou l’autre au Bien. Il croit que le Bien doit occuper une place plus honorable. Les objets du savoir dérivent leur existence et leur réalité mêmes du Bien, qui se trouve au-delà de l’existence même qu’il surpasse en dignité et en puissance.

SRILA PRABHUPADA: La Vertu, ou sattva-guna, est ce niveau où l’on peut recevoir la connaissance. On ne peut acquérir de savoir au niveau de la Passion ou de l’Ignorance. En entendant parler de Krishna, ou Dieu, on se libère graduellement de l’emprise des ténèbres et de la passion. On peut alors accéder au sattva-guna; une fois établi à ce niveau, les modes d’influence inférieurs ne peuvent nous toucher. Le Srimad-Bhagavatam(1.2.18-19) dit à ce sujet:

nasta-prayesv abhadresu nityam bhagavata-sevaya
bhagavaty uttama-sloke bhaktir bhavati naisthiki
tada rajas-tamo-bhavah kama-lobhadayas ca ye
ceta etair anaviddham sthitam sattve prasidati

« Par l’écoute suivie du Srimad-Bhagavatam, comme par le service assidu offert aux purs dévots du Seigneur, tout ce qui trouble le coeur devient pratiquement néant, et le service d’amour offert au Seigneur Suprême, qu’on glorifie par des hymnes sublimes, s’y établit alors, irrévocable. Aussitôt qu’en le coeur s’établit fermement le service de dévotion, les influences de la Passion et de l’Ignorance, comme la concupiscence et l’avidité, s’y effacent. Le bhakta se fixe alors dans la Vertu et trouve le parfait bonheur. »

Ce procédé peut s’avérer graduel, mais il est infaillible. Plus nous écoutons ce qui a trait à Krishna, plus nous nous purifions. Se purifier signifie s’affranchir des assauts de la passion et de l’avidité. C’est alors qu’on peut trouver le bonheur. Au niveau du brahma-bhuta, on peut se réaliser puis réaliser Dieu. Donc, avant de réaliser le Bien Suprême, il faut d’abord s’élever au niveau de la Vertu (sattva-guna). Aussi notre règlement proscrit-il les rapports sexuels illicites, la consommation de chair animale, l’intoxication et les jeux d’argent. En dernier lieu, il faut transcender même la Vertu par la bhakti. Alors on atteint la libération, on développe graduellement l’amour de Dieu et on retrouve notre condition originelle.

nirodho ‘syanusayanam atmanah saha saktibhih
muktir hitvanyatha rupam sva-rupena vyavasthitih

«La résorption de la manifestation cosmique se produit lorsque l’être vivant, avec son inclination pour la vie conditionnée, réintégre le sommeil mystique dans lequel S’abîme Maha-Vishnu. La libération, elle, correspond à la condition et à la forme permanente de l’être, lorsque celui-ci met fin à ses transmigrations en divers corps matériels, grossiers et subtils, tous éphémères.» (Srimad Bhagavatam 2.10.6)

Ceci implique l’abandon de toute activité matérielle et l’absorption totale dans le service de Krishna. Alors on atteint cet état où maya ne peut nous toucher. Si nous restons en contact avec Krishna, maya ne peut exercer sa juridiction.

daivi hy esa gunamayi mama maya duratyaya
mam eva ye parpadyante mayam etam taranti te

«L’énergie que constituent les trois gunas, cette énergie divine, la Mienne, on ne peut sans mal la dépasser. Mais qui s’abandonne à Moi en franchit facilement les limites.» (Gita7:14)

Telle est la perfection.

HAYAGRIVA: Socrate enseignait un processus de libération comparable au dhyana-yoga. Pour lui, la libération signifiait l’affranchissement de la passion. Il approuvait d’ailleurs le dicton « connais-toi toi-même » (gnothi seauton). En apprenant à se connaître par la méditation, on peut acquérir la maîtrise de soi, clé du bonheur.

SRILA PRABHUPADA: C’est un fait. La méditation se définit par l’analyse du soi et la quête de la Vérité Absolue. C’est ce que décrivent les Écritures védiques: dhyanavasthita-tad-gatena manasa pasyanti yam yoginah (S.B. 12.13.1). Par la méditation, le yogi voit la Vérité Suprême (Krishna, ou Dieu) en lui-même. Le yogi consulte Krishna et Celui-ci le conseille. Telle est la relation qui unit le yogi à Krishna. Buddhi-yogam dadamyaham. Celui qui se purifie voit toujours Krishna en lui. Ce que confirme la Brahma-samhita(5:38):

premañjana-cchurita-bhakti
vilocanena santah sadaiva hrdayesu vilokayanti
yam syamasundaram acintya-guna-
svarupam govindam adi-purusam tam aham bhajami

«J’adore Govinda, le Seigneur originel, qu’on nomme aussi Shyamasundar. C’est Lui que voient toujours au tréfonds de leur coeur les bhaktas dont les yeux sont oints du baume de l’amour.»

Ainsi les âmes saintes, réalisées, voient toujours Krishna. Dans ce verset, le mot syama signifie «au teint sombre», mais aussi d’une beauté exquise. Le mot achintya indique qu’Il possède d’innombrables attributs. Bien qu’Il soit partout, Govinda danse toujours en compagnie des gopis à Vrindavan. Là, Krishna joue avec Ses amis et parfois, enfant espiègle, Il taquine Sa mère. Ces divertissements de la Personne Suprême sont décrits dans le Srimad-Bhagavatam.

SYAMASUNDAR: Autant que nous sachions, Socrate était autodidacte. Est-ce possible? Peut-on acquérir la connaissance de soi par la méditation ou l’introspection ?

SRILA PRABHUPADA: Oui. D’ordinaire, chacun pense en fonction de la conception corporelle de l’existence. Si j’entreprends d’étudier les diverses parties de mon corps et que je considère sérieusement mon identité, j’aboutirai progressivement à l’étude de l’âme. Si je me demande: «Suis-je cette main ? », la réponse sera: « Non. C’est au contraire ma main.» Je peux ainsi continuer d’analyser chaque partie de mon corps pour découvrir que toutes m’appartiennent, mais que j’en suis différent. Par cette méthode, toute personne intelligente peut voir qu’elle n’est pas le corps. Telle est la première leçon de la Bhagavad-Gita(2:13):

dehino ‘smin yatha dehe kaumaram yauvanam jara
tatha dehantara praptir dhiras tatra na muhyati

«À l’instant de la mort, l’âme prend un nouveau corps aussi naturellement qu’elle est passée, dans le précédent, de l’enfance à la jeunesse, puis à la vieillesse. Ce changement ne trouble pas celui qui a conscience de sa nature spirituelle.»

À une époque, j’avais un corps d’enfant, aujourd’hui disparu. Néanmoins, je sais qu’il en était ainsi; je peux donc en déduire que je ne suis pas le corps. Je peux louer un appartement, mais je ne m’y identifie pas. Le corps peut m’appartenir; toutefois, je ne suis pas le corps. Par une telle introspection, l’homme peut s’inculquer la distinction entre le corps et l’âme.

Quant à être entièrement autodidacte, la Bhagavad-Gita  et la conception védique veulent que la vie soit continuité. Puisque nous acquérons sans cesse de nouvelles expériences, on ne peut dire que Socrate était autodidacte. Plutôt, il cultiva le savoir lors de vies antérieures, savoir qu’il conserva. C’est un fait. Sinon, pourquoi certains sont-ils intelligents et d’autres ignorants? C’est une question de continuité.

HAYAGRIVA: Socrate croit que la méditation permet d’acquérir le savoir grâce auquel on deviendra vertueux. L’être vertueux agira correctement, connaissant ainsi le bonheur. L’homme éclairé sera donc contemplatif, bien informé, vertueux. Il sera également heureux puisqu’il agira correctement.

SRILA PRABHUPADA: C’est ce que confirme la Bhagavad-Gita(18:54):

brahma-bhutah prasannatma na socati na kanksati
samah sarvesu bhutesu mad-bhaktim labhate param

« Celui qui atteint le niveau spirituel réalise du même coup le Brahman Suprême et y trouve une joie infinie. Jamais il ne s’afflige, jamais il n’aspire à quoi que ce soit; il se montre égal envers tous les êtres. Celui-là obtient alors de Me servir avec une dévotion pure.»

L’âme réalisée devient aussitôt heureuse (prasannatma), étant située dans sa vraie position. Une personne peut oeuvrer longtemps dans l’erreur, mais lorsqu’elle parvient à la bonne conclusion, elle éprouve une grande joie. Elle pense: « Quel insensé j’étais, persistant si longtemps dans l’erreur.» Ainsi, l’âme réalisée trouve le bonheur. Le bonheur signifie qu’on n’a plus à se soucier d’atteindre quoi que ce soit. À titre d’exemple, Dhruva Maharaj dit au Seigneur: svamin krtartho ‘smi; « Je n’aspire à aucun bienfait matériel.» De même, Prahlad Maharaj dit: «O Seigneur, je ne convoite aucun gain matériel. Mon père jouissait d’une telle puissance matérielle que même les dévas le craignaient; pourtant, en moins d’un instant, il fut anéanti par Toi. Je ne recherche donc pas de telles bénédictions.» Le vrai savoir consiste à ne plus convoiter. Les karmis, jñanis et yogis convoitent tous quelque chose. Les karmis désirent richesses, femmes séduisantes et situations avantageuses. Celui qui ne convoite pas ce qu’il n’a pas se lamente alors sur ce qu’il a perdu. Les jñanis aspirent, eux, à ne faire qu’un avec Dieu en se fondant dans Son existence. Les yogis, pour leur part, recherchent quelque pouvoir magique pour faire croire à autrui qu’ils sont devenus Dieu. En Inde, certains yogis réussissent à convaincre des insensés qu’ils peuvent fabriquer de l’or ou voler dans l’espace. Même si le yogi parvient à s’envoler, les oiseaux n’en font-ils pas autant ?
Où est la différence ? Une personne intelligente peut saisir ce point. Qu’un individu dise qu’il peut marcher sur les eaux et des milliers d’insensés viendront l’applaudir. On paiera même dix roupies pour voir un homme japper, oubliant que tant de chiens peuvent en faire autant. Quoi qu’il en soit, les gens convoitent ou se lamentent sans cesse; le dévot toutefois est parfaitement comblé de pouvoir servir le Seigneur. Jamais il ne s’afflige, jamais il ne convoite quoi que ce soit.

HAYAGRIVA: Il semble que Socrate réalisa le Brahman grâce au jñana, à la pratique de la méditation. Se peut-il qu’il ait aussi réalisé le Paramatma ?

SRILA PRABHUPADA: Oui.

HAYAGRIVA: Mais que dire alors de la réalisation de Bhagavan, Krishna? Je croyais qu’on ne pouvait Le réaliser que par la bhakti ?

SRILA PRABHUPADA: En effet. Personne ne peut atteindre la demeure de Krishna sans devenir un pur bhakta. C’est ce que déclare la Bhagavad-Gita(18:55):

bhaktya mam abhijanati yavan yas casmi tattvatah
tato mam tattvato jnatva visate tad-anantaram

« À travers le service de dévotion, et seulement ainsi, peut-on connaître l’Etre Suprême tel qu’Il est. Et celui qui, par une telle dévotion, devient pleinement conscient du Seigneur Suprême entre alors dans le royaume de Dieu.»

Krishna n’affirme jamais qu’on peut Le comprendre par le jñana, le karma ou le yoga. Le séjour personnel de Krishna est spécifiquement réservé aux bhaktas; ni les jñanis, ni les yogis, ni les karmis ne peuvent l’atteindre.

SYAMASUNDAR: Lorsque vous dites que la conscience de Krishna représente le but ultime de la vie, doit-on comprendre qu’il faut toujours être conscient de Lui ?

SRILA PRABHUPADA: Il faut toujours penser à Krishna; aussi devons-nous agir de telle sorte que cela soit possible. À titre d’exemple, nous discutons de la philosophie de Socrate afin de renforcer notre conscience de Krishna. Sinon, nous ne sommes pas intéressés à critiquer ou à accepter la philosophie de quiconque. Nous sommes neutres.

SYAMASUNDAR: Utiliser son intelligence à bon escient consiste donc à tout organiser de façon à devenir conscients de Krishna ?

SRILA PRABHUPADA: Exactement. Sans conscience de Krishna, nous continuerons d’errer sur le plan mental. C’est le rôle du mental d’accepter une chose et d’en rejeter une autre. Or, lorsque nous nous établirons fermement dans la conscience de Krishna, nous ne serons plus soumis à cette double fonction du mental.

SYAMASUNDAR: La bonne conduite devient alors automatique ?

SRILA PRABHUPADA: Oui. Dès que le mental s’égare, il faut aussitôt le ramener sous notre contrôle et le fixer sur Krishna. Quand nous récitons le mantra Hare Krishna, notre mental erre parfois très loin; dès que nous en prenons conscience, nous devons le ramener pour qu’il entende cette vibration sonore. C’est ce qu’on nomme yoga-abhyas, la pratique du yoga. Il ne faut pas laisser le mental errer ailleurs. Nous devons simplement chanter et écouter le Saint Nom. Telle est la meilleure pratique du yoga.

HAYAGRIVA: En plus de croire à la valeur de la perspicacité, ou de la méditation, Socrate estime aussi que le savoir peut se transmettre d’une personne à une autre. Il affirme donc l’importance du guru, rôle qu’il joua lui-même auprès de plusieurs. Parfois, se prétendant ignorant, Socrate questionne ses disciples. Au lieu de leur offrir les réponses, il s’efforce de les leur arracher: telle est la maïeutique. Il se considère en quelque sorte comme une sage-femme qui «accouche» les âmes de la vérité qu’elles portent en elles.

SRILA PRABHUPADA: Cette méthode est semblable à la nôtre, car nous enseignons qu’il faut approcher un guru pour apprendre la vérité. C’est ce que recommandent toutes les Écritures védiques et Krishna Lui-même dans la Bhagavad-Gita(4:34):

tad viddhi pranipatena pariprasnena sevaya
upadeksyanti te jñanam jñaninas tattva-darsinah

«Cherche à connaître la vérité en approchant un maître spirituel; enquiers-toi d’elle auprès de lui avec soumission, et tout en le servant. L’âme réalisée peut te révéler le savoir, car elle a vu la vérité.»

Le guru qui connaît la vérité est celui qui a vu la vérité. Les gens disent: « Pouvez-vous me montrer Dieu ?» Il est naturel de vouloir connaître une chose par la perception directe. Cela est possible pour celui qui a atteint un haut degré de dévotion. Je l’ai déjà expliqué: santah sadaiva hrdayesu vilokayanti; le dévot réalisé voit constamment Shyamasundar, Dieu, la Personne Suprême. On peut voir sans cesse Dieu sous la forme du Paramatma sis dans notre coeur et Lui demander conseil. Ce que confirme Krishna: buddhi-yogam dadamyaham. Le yoga consiste à se concentrer de façon à voir l’Ame Suprême en nous. Il s’agit donc de contrôler les sens et de les soustraire à toute occupation matérielle. Lorsque votre attention sera parfaitement concentrée sur Paramâtmâ, vous Le verrez partout. Krishna nous dit dans la Bhagavad-Gîtâ (6:47):

yoginâm api sarvesam mad-gatenântarâtmana
sraddhâvân bhajate yo mam sa me yuktatamo matah

«Et de tous les yogis, celui qui, avec une foi totale, demeure toujours en Moi et M’adore en Me servant avec amour, celui-là est le plus grand, et M’est le plus intimement lié.»

Le parfait yogi voit constamment Dieu en lui-même. Ainsi se définit la perfection. Le procédé auquel Socrate avait recours permettait à ses disciples de développer leur entendement. Lorsque les parents élèvent leur enfant, ils le prennent d’abord par la main et lui montrent comment marcher. Parfois, ils le laissent marcher seul, même s’il lui arrive de tomber. Le père l’encourage ensuite en disant: «Relève-toi et essaie encore.» Dans le même ordre d’idée, le guru donne à son disciple l’occasion de penser correctement afin qu’il puisse retourner auprès de Dieu, en sa demeure première. Parfois, lorsqu’une personne désire argumenter, le guru dira: «Que considérez-vous important?» Ainsi peut-il comprendre la position de cette personne. Un précepteur habile sait comment captiver un insensé. D’abord, il le laisse débiter toutes ses inepties; ceci lui permet de comprendre les difficultés qu’éprouve cette personne. Ce procédé est également valable.

SYAMASUNDAR: Socrate recommande les bonnes fréquentations car pour développer de louables qualités, il faut fréquenter des êtres vertueux poursuivant un but semblable.

SRILA PRABHUPADA: Cette instruction est très précieuse. Sans bonnes fréquentations, on ne peut développer sa conscience de Krishna. Narottama Dâs Thâkur chante: tadera carana-sebi-bhakta-sane bas janame janame hoy ei abhilas; «Cher Seigneur, mon seul désir est de vivre, vie après vie, auprès de ces dévots qui servent les pieds pareils-au-lotus des six Goswâmîs.» (Nâma-sankirtan, 7) Le but de notre Mouvement pour la Conscience de Krishna est de créer une société où les dévots peuvent fraterniser.

HAYAGRIVA: On dit de la philosophie de Socrate qu’elle est essentiellement une doctrine morale, révélant les voies de l’action en ce monde. Le savoir (jñana) en lui-même ne suffit pas; il s’agit de l’appliquer, d’en faire le fondement de l’action.

SRILA PRABHUPADA: En effet, la morale constitue le principe de base de toute purification. On ne saurait se purifier à moins de savoir ce qui est moral et ce qui ne l’est pas. Par malheur, tout en ce monde matériel s’avère plus ou moins immoral; or, il n’en faut pas moins distinguer le bien du mal. D’où les principes régulateurs. En y adhérant, nous pouvons accéder au plan spirituel et transcender l’influence des 3 attributs de la matière. La Passion est la force qui nous lie à cet Univers matériel. En prison, les détenus sont parfois enchaînés; de même, la Nature nous garde prisonniers de l’Univers matériel grâce aux chaines de la vie sexuelle. Ainsi se définit la Passion (rajas). Krishna dit dans la Bhagavad-Gîtâ (3:37):

kama esa krodha esa rajo-guna-samudbhavah
maha-sano maha-papma viddhy enam iha vairinam

« C’est la concupiscence seule, ô Arjuna, qui née au contact de la Passion, puis changée en colère, constitue l’ennemi dévastateur du monde et source de péché.»

La Passion (rajo-guna) englobe les désirs lascifs (kama) qui, non comblés, nous incitent à la colère (krodha). Tout ceci nous garde prisonnier de l’Univers matériel. Or, nous lisons dans le Srimad-Bhagavatam(1.2.19):

tada rajas-tamo-bhavah kama-lobhadayas ca ye
ceta etair anaviddham sthitam sattve prasidati

« Aussitôt qu’en le coeur s’établit fermement le service de dévotion, les influences de la Passion et de l’Ignorance, comme la concupiscence et l’avidité, s’y effacent. Le bhakta se fixe alors dans la Vertu et trouve le parfait bonheur.»

Assujettis aux influences inférieures de la matière (rajo-guna et tamo-guna), nous devenons aussi avides que lascifs. La morale nous offre un moyen d’échapper aux griffes de l’avidité et de la concupiscence. Nous accédons alors à la Vertu, d’où nous pouvons atteindre le plan spirituel.

HAYAGRIVA: La méditation suffit-elle en elle-même pour transcender ces influences inférieures ?

SRILA PRABHUPADA: Oui. Si nous cherchons l’Âme Suprême en nous, notre méditation s’avère parfaite. Mais si nous inventons de toutes pièces quelque procédé au nom de la méditation transcendantale afin de tromper autrui, ce sera en vain.

SYAMASUNDAR: Socrate croit que toute mauvaise action résulte de l’ignorance, et que l’homme au vrai savoir agira naturellement de façon correcte.

SRILA PRABHUPADA: Lorsqu’un enfant peu informé met sa main au feu et se brûle, il pleure. Sa détresse naît de l’ignorance. Consciente des propriétés du feu, aucune personne intelligente n’y touchera. L’ignorance est donc cause de souffrance et d’asservissement. C’est par ignorance que les gens commettent nombre d’actes coupables et s’enlisent dans la matière.

SYAMASUNDAR: Doit-on en déduire que les êtres éclairés par le vrai savoir deviendront automatiquement bons ?

SRILA PRABHUPADA: Oui, c’est ce qu’affirme la Bhagavad-Gita(4:37):

yathaidhamsi samiddho ’gnir bhasmasat kurute ’rjuna
jnanagnih sarva-karmani bhasmasat kurute tatha

«Semblable au feu ardent qui convertit le bois en cendres, ô Arjuna, le brasier du savoir réduit en cendres toutes les suites des actions matérielles.»

Le brasier du savoir consume toutes les actions coupables. À cette fin, les gens ont besoin d’être éduqués. Nés ignorants, l’éducation est requise pour dissiper leur ignorance. Nés dans l’illusion de la conception corporelle de l’existence, les gens se comportent comme des animaux. Il faut donc les éduquer pour qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas le corps matériel.

SYAMASUNDAR: Pourquoi certains rejettent-ils ce savoir après l’avoir acquis ?

SRILA PRABHUPADA: Celui qui acquiert effectivement le parfait savoir devient bon, c’est un fait. Sinon, c’est qu’il n’a pas reçu le parfait savoir.

SYAMASUNDAR: N’existe-t-il pas une classe d’hommes qui feront toujours le mal ?

SRILA PRABHUPADA: Non.

SYAMASUNDAR: Tout homme peut donc devenir bon ?

SRILA PRABHUPADA: Certes, puisque l’âme l’est par nature. L’être vivant est recouvert par les influences inférieures de la nature matérielle, à savoir la Passion et l’Ignorance. Lavé de cette souillure, sa vertu jaillira. À l’origine, l’âme est vertueuse puisqu’elle fait partie intégrante de Dieu qui, Lui, est infiniment bon. Toute parcelle d’or est aussi or. Quoique recouverte par la matière, l’âme n’en demeure pas moins vertueuse. Le couteau couvert de rouille perd son tranchant. Il suffira d’enlever celle-ci pour qu’il coupe autant qu’avant.

SYAMASUNDAR: L’existence du mal dans le monde implique-t-elle celle d’un mal absolu ?

SRILA PRABHUPADA: Le mal absolu se traduit par l’oubli de la Vérité Absolue. Krishna incarne cette Vérité Absolue et l’absence de conscience de Krishna, le mal absolu. Sous l’angle du mal absolu, nous pouvons dire « ceci est bien, cela est mal », mais il ne s’agit là que de pures spéculations.

SYAMASUNDAR: De façon générale, Socrate considérait davantage Dieu comme une réalité morale qu’une personne.

SRILA PRABHUPADA: Qui dit réalité morale dit personne. L’homme moral est qualifié d’honnête tandis que l’homme immoral est dit être malhonnête. Les termes moralité et immoralité indiquent donc une personne. Comment renierait-on la moralité personnelle?

SYAMASUNDAR: Si Dieu est pure moralité, Il doit être une personne.

SRILA PRABHUPADA: Cela ne fait aucun doute. Dieu est infiniment bon: on ne trouve en Lui nulle trace d’immoralité.

SYAMASUNDAR: Socrate enseigne que les bonnes actions apportent le bonheur et qu’elles incarnent le vrai but de la vie.

SRILA PRABHUPADA: Ainsi le veut la loi du karma. Si je peine durement en cette vie, je m’enrichis. Si j’étudie sérieusement, j’acquiers une éducation. Mais si je ne fais ni l’un ni l’autre, je demeurerai pauvre et sot. Ainsi opère la loi du karma. L’institution védique du varnashram partage la société en quatre classes: brahmanas, kshatriyas, vaishyas et shoudras. À chaque classe est assigné un devoir spécifique, devoir relié au service de Dieu. En d’autres mots, chacun peut satisfaire le Seigneur Suprême en accomplissant son devoir. Les jambes s’acquittent de leur devoir en marchant et les mains en touchant ou en tenant. Chaque partie du corps accomplit ainsi la tâche qui lui est assignée. De même, en tant que parties intégrantes de Dieu, nous Le servons tous en remplissant notre devoir. Ainsi fonctionne l’institution du varnashram-dharma. Krishna dit Lui-même dans la Bhagavad-Gita(4:13) :

catur-varnyam maya srstam guna-karma-vibhagasah
tasya kartaram api mam viddhy akartaram avyayam

« J’ai créé les quatre divisions de la société en fonction des trois gunas et des devoirs qu’ils imposent à l’homme. Mais sache que si Je les ai créées, elles ne Me contiennent pas, car Je suis immuable. »

Et encore :

yatah pravrttir bhutanam yena sarvam idam tatam
svakarmana tam abhyarcya siddhim vindati manavah

« En adorant le Seigneur, l’Omniprésent, à l’origine de tous les êtres, l’humain peut, dans l’accomplissement de son devoir propre, atteindre la perfection. »

Ainsi les devoirs respectifs du brahmane, du kshatriya, du vaishya et du shoudra peuvent être orientés vers le service du Seigneur, permettant ainsi à quiconque d’atteindre la perfection.

SYAMASUNDAR: Le développement moral de l’humanité représente-t-il le plus haut but qu’on puisse atteindre ?

SRILA PRABHUPADA: Il s’agit d’abord de comprendre en quoi consiste la moralité. Par moralité on entend l’accomplissement de son devoir prescrit sans entraver celui d’autrui. Ainsi se définit la moralité.

SYAMASUNDAR: Quelles failles voyez-vous dans la philosophie qui se voue au développement moral et à la connaissance de soi par la seule voie de la raison pure ?

SRILA PRABHUPADA: Apprendre à se connaître par la seule voie de la raison pure est un travail de longue haleine. Bien sûr, la philosophie européenne prône la libre pensée, ce que réprouvent les tenants des Védas qui tiennent leur savoir directement de source autorisée. Ils ne se livrent pas à la spéculation. Impossible d’acquérir la connaissance par la spéculation puisque nous sommes tous imparfaits. On peut être fier de voir, mais sachons que sans le soleil nous serions aveugles. Quelle est alors la valeur intrinsèque de notre vue ? Ne soyons pas trop fiers de voir ou de pouvoir penser, nos sens étant imparfaits. Il faut donc recevoir le savoir d’une source parfaite. Ainsi gagnerons-nous du temps.

La Tradition védique nous transmet la science de Vyasadeva, Narada et Sri Krishna Lui-même. Ce savoir est parfait du fait que ces personnages exceptionnels ne souffrent pas des quatre imperfections de l’âme conditionnée: des sens imparfaits, la certitude d’être sujet à l’illusion, la tendance à commettre des erreurs et à tromper autrui. Il importe donc d’acquérir la connaissance des lèvres d’âmes libérées. Telle est la voie védique. Si nous recevons notre savoir de Krishna, il ne peut alors être question d’erreur ou d’illusion. Tout imparfaits que soient nos sens, ceux de Krishna demeurent parfaits; nous acceptons donc tout ce qu’Il dit. Notre perfection réside en cette acceptation. Une personne peut chercher pendant des années l’identité de son père, mais sa mère peut la lui révéler sur-le-champ. La meilleure solution à son problème consiste ainsi à lui poser directement la question. De même, tout savoir reçu d’une âme libérée, accomplie, ou des Védas ‑ l’une des sept mères de l’homme ‑ s’avère parfait.

SYAMASUNDAR: Socrate accorde beaucoup d’importance à l’humanité et l’action éthique. Selon lui, nos vies doivent être formées de bonnes oeuvres, car on atteint la plus haute perfection en étant vertueux.

SRILA PRABHUPADA: Le Srimad-Bhagavatampréconise également cette voie. Il s’avère possible de retourner en notre demeure première, auprès de Dieu, si nous oeuvrons toujours pour le bien d’autrui. Notre Mouvement pour la Conscience de Krishna se propose d’œuvrer vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour le bien d’autrui. Les gens souffrent d’un manque de connaissance de Dieu, connaissance qui fait l’objet de notre prédication. La plus grande oeuvre humanitaire consiste à élever les ignorants jusqu’au niveau du savoir.

SYAMASUNDAR: Ne diriez-vous pas néanmoins que le développement moral n’est qu’un dérivé et qu’il ne peut suffire en lui-même ?

SRILA PRABHUPADA: En effet. On deviendra vraiment meilleur en réalisant Dieu et la relation qui nous unit à Lui. Mais pour y parvenir, la moralité ou la pureté est requise. Dieu étant pur, on ne saurait L’approcher sans se purifier soi-même. Voilà pourquoi nous interdisons la consommation de chair animale, les jeux de hasard, les relations sexuelles illicites et l’intoxication sous toutes ses formes. Ces activités immorales nous gardent dans un état d’impureté perpétuelle; impossible donc de progresser dans la conscience de Krishna sans y renoncer.

SYAMASUNDAR: La moralité ne serait donc qu’une façon de se qualifier pour devenir conscient de Dieu ?

SRILA PRABHUPADA: En adoptant la conscience de Krishna, on devient automatiquement moral. D’une part, il faut observer les principes régulateurs de la moralité; d’autre part, il faut développer toujours davantage notre tendance à servir Krishna. En servant Krishna, on devient moral. Si l’on s’efforce toutefois de le devenir sans servir Krishna, on échouera. Les prétendus adeptes de la moralité sont par conséquent toujours frustrés. Le but transcende la moralité humaine. Il faut s’élever au niveau de la conscience de Krishna afin d’être vraiment moral. Selon le Srimad-Bhagavatam(5.18.12):

yasyasti bhaktir bhagavaty akiñcana sarvair gunais tatra samasate surah
harav a bhakta sya kuto mahad-guna manorathenasati dhavato bahih

« Tous les dévas avec leurs éminentes vertus, comme la religion, le savoir et le renoncement, se manifestent chez la personne qui a développé une dévotion pure et sans mélange pour Dieu, la Personne Suprême, Vasudeva. Au contraire, l’être dénué de dévotion et accaparé par des actes matériels ne possède aucune qualité. Même s’il est versé dans la pratique de l’astanga-yoga ou qu’il se montre très capable d’entretenir honnêtement sa famille et ses proches, il ne peut en effet qu’être entraîné par ses propres élucubrations mentales et se vouer au service de l’énergie externe du Seigneur. Comment de louables qualités pourraient-elles habiter un tel homme ?»

Pour conclure, on ne saurait être moral sans être dévot. En essayant de le devenir artificiellement, on ne pourra qu’échouer.

SYAMASUNDAR: En vertu de son intelligence, Socrate pouvait maîtriser ses passions, mais la plupart des gens ne jouissent pas d’une telle force intellectuelle. Ils demeurent incapables de se maîtriser rationnellement et d’agir correctement. En quoi la conscience de Krishna favorise-t-elle cette entreprise ?

SRILA PRABHUPADA: La conscience de Krishna purifie l’intelligence, le mental et les sens. Ainsi purifiés, il n’y a guère de chance qu’ils soient utilisés ailleurs que dans la conscience de Krishna. Tous peuvent en faire autant sous une tutelle compétente, mais tous ne peuvent pas imiter Socrate. L’homme moyen n’est pas assez intelligent pour se maîtriser sans pratiques spirituelles. Pourtant, tout intelligent qu’il fût, Socrate n’avait aucune conception précise de Dieu. Dans la Bhagavad-Gita(10:12), Arjuna dit à Sri Krishna:

param brahma param dhama pavitram paramam bhavan
purusam sasvatam divyam adi-devam ajam vibhum

«Tu es le Brahman Suprême, l’ultime demeure, le purificateur souverain, la Vérité Absolue et l’éternelle Personne Divine. Tu es Dieu, l’Etre primordial, originel et absolu. Tu es le Non-né, la beauté qui tout pénètre.»

Le mot pavitram signifie « le plus pur ». Ce qui inclut toute moralité. La Bhagavad-Gita(9:30) confirme que l’action dans la conscience de Krishna représente la plus haute forme de moralité:

api cet suduracaro bhajate mam ananya-bhak
sadhur eva sa mantavyah samyag vyavasito hi sah

«Commettrait-il les pires actes, il faut voir quiconque est engagé dans le service de dévotion comme un saint homme, car il est sur la voie parfaite.»

Même si d’un point de vue matériel, une personne est jugée immorale, il faut la voir comme étant morale si elle agit dans la conscience de Krishna. Il peut parfois sembler qu’une personne consciente de Krishna agit de façon immorale. Citons à titre d’exemple les jeunes filles de Vrindavan qui, au plus profond de la nuit, quittent leur mari et leur père pour retrouver Krishna dans la forêt. D’un point de vue matérialiste, il est certes immoral d’agir ainsi; mais comme leurs activités étaient en relation avec Krishna, elles sont considérées hautement morales. Par nature, Arjuna n’était pas enclin à tuer, même au risque de perdre son royaume, mais Krishna voulait qu’il combatte. Arjuna s’engagea donc dans la bataille et agit de façon morale, bien qu’il tuât.

SYAMASUNDAR: Vous dites donc que la moralité est absolue en autant qu’elle est en relation avec Krishna ?

SRILA PRABHUPADA: Si Krishna ou Son représentant dit: «Fais ceci», cet acte est moral. Nous ne pouvons créer la moralité. Nous ne pouvons pas dire: «Je suis dévot de Krishna, je peux donc tuer.» Non. Nous ne pouvons rien faire à moins d’en recevoir directement l’ordre.

SYAMASUNDAR: Mais mener une vie honnête, ou agir pour le bien d’autrui, peut-il nous apporter le bonheur ultime ?

SRILA PRABHUPADA: À moins d’être conscient de Krishna, l’honnêteté et la moralité n’ont aucune signification. Elles demeurent artificielles. Les gens ne cessent jamais de proclamer: «Ceci m’appartient». Or, il est immoral de prétendre à quelque droit de propriété puisque rien ne nous appartient. Isavasyam idam sarvam (Isopanishad 1). Tout appartient à Krishna. On ne peut dire: «Cette table m’appartient, cette femme m’appartient, cette maison m’appartient.» Il est immoral de prétendre que la propriété d’autrui nous appartient.

SYAMASUNDAR: Socrate définit le bien comme ce qui est bénéfique pour autrui et le mal comme ce qui lui cause du tort.

SRILA PRABHUPADA: Il s’agit là d’une définition générale. Il faut toutefois savoir ce qui est bénéfique pour autrui, à savoir la conscience de Krishna. Rien d’autre ne s’avère bénéfique.

SYAMASUNDAR: Il affirme, à titre d’exemple, que le vol, le mensonge, la tromperie, la haine et autres maux sont absolument mauvais. Mais serait-il mal de mentir ou de tricher si cela s’avérait nécessaire pour servir Krishna ?

SRILA PRABHUPADA: Il n’est pas nécessaire de mentir ou tricher. On ne peut servir Krishna en trichant. Tel n’est pas le principe. Cependant, si Krishna nous ordonne directement de tricher, c’est une autre affaire. Nous ne pouvons toutefois inventer cet ordre. On ne peut dire: «Étant conscient de Krishna, je peux tricher.» Non. Un jour, Krishna demanda toutefois à Yudhisthir de dire à Dronacharya que son fils était mort, bien qu’il n’en était rien. C’était une forme de tricherie, mais comme l’ordre venait directement de Krishna, elle était justifiée. Tout ordre émanant de Krishna transcende la moralité comme l’immoralité. Pas question de moralité ou d’immoralité dans la conscience de Krishna; tout y est bon.

HAYAGRIVA: Le gouvernement d’Athènes accusa Socrate de fomenter l’athéisme et de blasphémer les dieux : celui-ci estimait en effet que le culte des dieux du panthéon grec ne conduisait pas à la réalisation spirituelle.

SRILA PRABHUPADA: Socrate avait raison. La Bhagavad-Gita(7:20) réprouve également l’adoration des dévas :

kamais tais tair hrta-jñanah prapadyante ’nya-devatah
tam tam niyamam asthaya prakrtya niyatah svaya

«Ceux dont le mental est déformé par les désirs matériels se vouent aux dévas; ils suivent, chacun selon sa nature, les divers rites propres à leur culte.»

Ceux qui ont perdu leur intelligence (hrita-jñana) et sont avides d’acquérir quelque gain matériel adorent les dévas. Vous pouvez adorer la déesse de l’érudition, Sarasvati, et ainsi devenir un grand érudit. Mais combien de temps le demeurerez-vous? Votre savoir sera anéanti avec votre corps à l’heure de la mort, après quoi il vous faudra revêtir un nouveau corps et agir en conséquence. En quoi vous aidera donc toute votre science? Si vous adorez Dieu cependant, le résultat sera tout autre.

janma karma ca me divyam evam yo vetti tattvatah
tyaktva deham punar janma naiti mam eti so ‘rjuna

« O Arjuna, qui connaît l’absolu de Mon avènement et de Mes actes n’aura plus à renaître dans l’Univers matériel; quittant son corps, il entre dans Mon royaume éternel.» (Gita4:9)

Adorer Dieu c’est Le connaître. Connaître Dieu c’est comprendre comment la nature matérielle opère sous Sa direction. Krishna dit:

mayadhyaksena prakrtih suyate sa-caracaram
hetunanena kaunteya jagad viparivartate

«La Nature matérielle agit sous Ma direction, ô fils de Kunti, sous Ma direction elle engendre tous les êtres, mobiles et immobiles. Par Mon ordre encore, elle est créée puis anéantie, dans un cycle sans fin.» (Gita9:10)

Ne pouvant saisir comment une personne peut diriger les merveilleuses activités de la Nature, les impersonnalistes demeurent prisonniers de l’impersonnalisme. Mais Dieu est effectivement une personne, nous dit la Bhagavad-Gita(7:7):

mattah parataram nanyat kincid asti dhanañjaya
mayi sarvam idam protam sutre mani-gana iva

« Nulle vérité ne M’est supérieure, ô conquérant des richesses [Arjuna]. Tout sur Moi repose, comme des perles sur un fil.»

Le mot mattah désigne une personne.

aham sarvasya prabhavo mattah sarvam pravartate
iti matva bhajante mam budha bhava-samanvitah

« De tous les mondes, spirituels et matériels, Je suis la source, de Moi tout émane. Les sages qui connaissent parfaitement cette vérité, de tout leur coeur Me servent et M’adorent.» (Gita10:8)

Le Védanta-soutra confirme également que la Vérité Absolue est une personne. D’ailleurs, quand Arjuna eut compris la Bhagavad-Gita, il appela Krishna param brahma param dhama pavitram paramam bhavan: «Tu es le Brahman Suprême, l’ultime demeure, le purificateur souverain, la Vérité Absolue et l’éternelle Personne Divine.» (Gita10:12) Comprendre la Vérité Absolue c’est en saisir les trois aspects: impersonnel, localisé et personnel.

vadanti tat tattva-vidas tattvam yaj jnanam advayam
brahmeti paramatmeti bhagavan iti sabdyate

« Les doctes et sages spiritualistes qui connaissent la Vérité Absolue nomment cette substance unique, au-delà de toute dualité, du nom de Brahman, Paramatma ou Bhagavan.» (S.B.1.2.11)

Bien qu’une, la Vérité Absolue possède différents aspects. Selon la distance qui nous en sépare, une montagne peut revêtir différents aspects. De loin, la Vérité Absolue semble impersonnelle, mais lorsqu’on s’approche, on perçoit partout la présence de Paramatma. En s’approchant davantage, on percevra la Personne Suprême, Bhagavan.

SYAMASUNDAR: Socrate but intentionnellement la ciguë (un poison) afin de ne pas se contredire. L’État lui dit que s’il se rétractait, il pourrait vivre, mais lui préféra mourir pour ses convictions.

SRILA PRABHUPADA: C’est bon qu’il ne démordit pas de ses convictions, mais regrettable qu’il ait vécu dans une société interdisant la libre pensée. Il fut ainsi contraint à mourir. En ce sens, Socrate était une grande âme. Quoiqu’il naquit au sein d’une société peu évoluée, il n’en était pas moins un grand philosophe.

HAYAGRIVA: Socrate considérait la contemplation de la beauté comme une activité du sage; mais la beauté relative du monde matériel n’est que le reflet de la beauté absolue. De même, le bien dans le monde relatif n’est que le reflet du bien absolu. Quoi qu’il en soit, le bien ou la beauté absolu est de nature transcendantale.

SRILA PRABHUPADA: Tel est aussi notre avis. La beauté, le savoir, la puissance, la richesse, le renom et le renoncement sont tous de nature transcendantale. Dans l’Univers matériel, tout est un reflet dénaturé. L’animal, dans sa sottise, poursuivra un mirage dans le désert, croyant y voir de l’eau. L’homme sain d’esprit ne sera pas aussi bête. Même si le désert est dénué d’eau, il ne faut pas en conclure pour autant que l’eau n’existe pas. Au contraire. Dans un même ordre d’idée, le bonheur, la beauté, le savoir et la force véritables, ainsi que toute autre opulence, existent dans le monde spirituel. Ici, on n’en voit toutefois que le reflet dénaturé. Ne sachant généralement rien du monde spirituel, ils en sont réduits à l’imaginer. Ils ne comprennent pas que l’Univers matériel est imaginaire.

janma karma ca me divyam evam yo vetti tattvatah
tyaktva deham punar janma naiti mam eti so ‘rjuna

« O Arjuna, qui connaît l’absolu de Mon avènement et de Mes actes n’aura plus à renaître dans l’Univers matériel; quittant son corps, il ou elle entre dans Mon royaume éternel.» (Gita4:9)

Bien qu’ils lisent la Bhagavad-Gita, les gens ne comprennent pas ce point pourtant si simple. En quittant son corps matériel, le dévot rejoint Krishna. Les chrétiens disent, bien sûr, qu’après la mort, on va au paradis ou en enfer, ce qui est vrai dans une certaine mesure. Si nous parvenons à comprendre Krishna en cette vie, nous pourrons être promus à Sa demeure éternelle. Sinon, il nous faudra demeurer en ce monde de matière pour y subir le cycle des morts et des renaissances. Et ça c’est l’enfer.

HAYAGRIVA: À la fin de La République, Socrate a recours à l’allégorie de l’humanité vivant dans une sombre caverne. Le maître réalisé, lui, a vu la lumière qui brille à l’extérieur. Lorsqu’il regagne la caverne pour informer les gens qu’ils sont dans les ténèbres, plusieurs le croient fou de parler d’une lumière extérieure. Ainsi le maître se met-il souvent dans une situation fort périlleuse.

SRILA PRABHUPADA: C’est un fait. Nous citons souvent l’exemple d’une grenouille vivant dans un puits obscur en lequel elle voit l’unique réalité. Informée de l’existence de l’océan Atlantique, elle ne peut en concevoir les dimensions. Ceux qui croupissent dans le puits ténébreux de l’existence matérielle sont étonnés d’apprendre qu’une lumière brille à l’extérieur. Dans l’Univers matériel, chacun souffre dans ce puits sombre qu’est la vie matérielle. Nous leur lançons le cable de la conscience de Krishna, mais s’ils ne s’y agrippent pas, que pouvons-nous faire ? Si vous êtes fortuné, vous pourrez capturer le Seigneur avec l’aide du maître, mais c’est à vous d’agripper le cable. Tous essaient de se soustraire aux affres de l’existence matérielle. Krishna nous dit par conséquent:

sarva-dharman parityajya mama ekam saranam vraja
aham tvam sarva-papebhyo moksayisyami ma sucah

« Laisse là toute autre forme de religion, et abandonne-toi simplement à Moi. Toutes les suites de tes fautes, Je t’en affranchirai. N’aie nulle crainte.» (Gita18:66)

Néanmoins, par obstination les gens refusent ou ne Le croient pas. Les Védas nous exhortent également: «Ne restez pas dans ce puits sombre; venez vers la lumière.» Par malheur, les gens aspirent à la perfection tout en restant dans les ténèbres. L’Univers matériel est sombre par nature; Krishna a donc créé le soleil et la lune pour l’éclairer. Il existe toutefois un monde différent, le royaume de Krishna, qu’Il décrit Lui-même dans la Bhagavad-Gita(15:6):

na tad bhasayate suryo na sasanko na pavakah
yad gatva na nivartante tad dhama paramam mama

« Ce royaume suprême, le Mien, ni le soleil, ni la lune, ni la force électrique ne l’éclairent. Pour qui l’atteint, point de retour en ce monde.»

Le royaume de Krishna ne requiert ni soleil, ni lune, ni électricité puisqu’il répand sa propre lumière. Dans les ténèbres de l’Univers matériel, la seule source de bonheur réside dans le sommeil et la sexualité. Ce que confirme le Srimad-Bhagavatam(2.1.2-3):

srotavyadini rajendra nrnam santi sahasrasah
apasyatam atma-tattvam grhesu grha-medhinam
nidraya hriyate naktam vyavayena ca va vayah
diva carthehaya rajan kutumba-bharanena va

«Aveugles au savoir qui touche à la Vérité Suprême, ceux d’entre les hommes qui s’absorbent par trop dans la vie matérielle connaissent d’innombrables sujets qui leur donnent matière à écouter, ô empereur. Ces grihamédhis rongés par l’envie gaspillent leur existence à dormir ou à assouvir leurs désirs sexuels pendant la nuit, et à s’enrichir ou à veiller aux besoins des membres de leur famille durant le jour.»

Les matérialistes perdent tant de temps à lire journaux, romans et revues. Ils ont de nombreuses occupations parce qu’ils ignorent tout de la réalisation spirituelle. Ils croient que la vie se résume à vivre entouré d’une épouse, d’enfants et d’amis. Le jour, ils peinent dur pour s’enrichir, se déplaçant en auto à des vitesses vertigineuses et la nuit venue, ils dorment ou goûtent les plaisirs sexuels. Ils ressemblent ainsi au porc qui cherche constamment des excréments. Et tout ceci au nom d’une civilisation que les textes védiques condamnent. Krishna nous conseille plutôt de produire des aliments végétaux et de se nourrir de fruits, légumes et lait tout en cultivant la conscience de Krishna. Ainsi connaîtrons-nous le bonheur.

HAYAGRIVA: Socrate dit que tous sont assis dans une caverne, où ils regardent une projection de formes illusoires.

SRILA PRABHUPADA: Ce qui signifie que les gens sont dans les ténèbres et que tout ce qu’ils voient est nébuleux. D’où la version védique: «Sortez des ténèbres et venez vers la lumière.» Cette lumière, c’est le guru.

om ajñana-timirandhasya jnananjana-salakaya
caksur unmilitam yena tasmai sri-gurave namah

« Je suis né dans les plus profondes ténèbres de l’ignorance, mais avec le flambeau de la connaissance, mon maître spirituel m’a ouvert les yeux. Je lui rends mon hommage respectueux.»

 



Catégories :Krishna et les philosophes, Philosophie et transcendance

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