Akrura arrive à Vrndavana.

Un des plus merveilleux chapitres du Livre de Krishna …à lire et à relire . Parmi les neuf activités dévotionnelles, la méditation sur Krishna est ici particulièrement mise en exergue.

Le Livre de

Krishna


radhakrishna2

Un résumé complet
de l’illustre dixième Chant du
Srimad Bhagavatam
par

Sa Divine Grâce
A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupâda
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CHAPITRE 37

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Akrura arrive à Vrndavana

Akrura, selon la requête de Kamsa, devait arriver à Vrndavana vers le soir. Aussi, le lendemain du jour où il avait reçu les instructions de Kamsa, Akrura prit-il, de bon matin, en char, la route de Vrndavana. Grand dévot du Seigneur, il commença à chanter Ses gloires. Les bhaktas restent toujours absorbés en des pensées de Sri Krsna, et Akrura gardait constamment en mémoire Ses yeux pareils-au-lotus.Il ignorait quelle sorte d’acte vertueux il avait pu accomplir pour avoir ainsi l’occasion d’aller à la rencontre de Sri Krsna. Si telle était la volonté du Seigneur, pensa-t-il, il pourrait Le voir en Personne. Akrura se tenait pour l’être le plus fortuné: il allait voir Krsna, ce à quoi aspirent les grands yogis. Il avait la certitude qu’en ce jour toutes les conséquences des actes pécheurs commis dans ses vies successives seraient effacées, et que la forme humaine, ô combien fortunée, serait en lui couronnée de succès. Akrura considérait qu’en fait, Kamsa lui avait fait une grande faveur en l’envoyant chercher Krsna et Balarama, car il aurait ainsi l’occasion de voir le Seigneur. Jadis, songeait-il, de grands sages et saints obtinrent la libération de l’Univers matériel simplement pour avoir vu les ongles irradiants des pieds pareils-au-lotus de Krsna.

«Dieu, la Personne Suprême, pensa Akrura, est en ces jours apparu comme un homme ordinaire, et c’est ma grande fortune de pouvoir Le contempler face à face». D’espoir, il exultait: il allait voir les pieds pareils-au-lotus qu’adorent de grands devas tel Brahma, Narada et Siva, il allait contempler les pieds pareils-au-lotus qui parcourent la terre de Vrndavana et touchent les poitrines des gopis teintées de rouge kunkuma. «Grande est ma fortune, car aujourd’hui même je pourrai contempler ces mêmes pieds pareils-au-lotus, et certes aussi le merveilleux visage de Krsna, que marque, du front jusque sur le nez, le tilaka, et Son sourire, Ses cheveux noirs et bouclés. Le bonheur est assuré, puisque aujourd’hui les cerfs passent à ma droite. Aujourd’hui, je connaîtrai la beauté même du Royaume spirituel de Visnuloka, car Krsna est le Visnu suprême, apparu de Son propre vouloir en ces parages. Il est le Réservoir de toute splendeur: aujourd’hui donc mes yeux connaîtront la plénitude».

Akrura savait sans l’ombre d’un doute que Sri Krsna est Visnu suprême. Sri Visnu lance Son regard sur l’énergie matérielle, et fait ainsi se manifester le cosmos. Sri Visnu est le Créateur de l’Univers matériel; cependant, par le pouvoir de Son énergie propre, reste toujours hors des influences de l’énergie matérielle. Par Sa puissance interne, Il perce les ténèbres de l’énergie matérielle. De même, Krsna, le Visnu originel, déployant Sa puissance interne, créa les habitants de Vrndavana. La Brahma-samhita confirme que les Biens et la Demeure de Krsna sont des émanations de Sa puissance interne. Sur terre, cette Demeure, cet Entourage, seront Vrndavana, Krsna Se plaît à vivre en la compagnie de Ses parents et de Ses amis, les jeunes pâtres et les gopis. Puisque Krsna Se situe au-delà des trois gunas, il en est de même pour les habitants de Vrndavana, absorbés en Son service d’amour; les paroles d’Akrura le laissent entendre clairement.

Akrura médita encore sur la nécessité des Divertissements sublimes du Seigneur. «Les Actes, les Enseignements, les Attributs et les Divertissements absolus de Krsna, pensait-il, sont universellement sources de bonne fortune pour tous les hommes». Celui qui s’entretient de la Forme sublime du Seigneur, de Ses Attributs, de Ses Divertissements et de Son Entourage, celui-là peut demeurer constamment dans la Conscience de Krsna. Qu’elle se généralise, et l’Univers tout entier gagnera de connaître une existence favorable et progressera dans la paix. Mais sans la Conscience de Krsna, les raffinements de la civilisation deviennent comme des parures sur un cadavre. On pare en vain un cadavre, car la conscience en est absente. De même, la société des hommes, sans la Conscience de Krsna, est frappée de vanité, vide d’existence.

«Dieu, pensa Akrura, la Personne Suprême, Sri Krsna, est apparu en ces jours parmi les descendants de la dynastie Yadu. C’est Lui qui établit les lois à partir desquelles sont modelés les principes de la religion. Ceux qui leur obéissent sont les devas; ceux qui les enfreignent les asuras. Il est descendu en ce monde afin de sauvegarder les devas, soumis à Ses lois. Devas et bhaktas ressentent grand plaisir à vivre selon les lois de Krsna, lequel, en retour, prend plaisir à leur accorder toute protection. De ces Actes de Krsna, protéger les bhaktas et mettre à mort les asuras, le récit, entendu ou narré, est toujours bénéfique aux hommes, comme le confirme la Bhagavad-gita. Les Activités glorieuses du Seigneur seront toujours plus chantées par les bhaktas et les devas.

«Krsna, Dieu, la Personne Suprême, le Maître spirituel de tous les maîtres spirituels, est le Libérateur des âmes déchues et le Souverain des trois mondes. N’importe qui peut Le contempler, s’il enduit ses yeux du baume de l’amour de Dieu. Aujourd’hui, je verrai le Seigneur Suprême, qui, par Sa beauté sublime, a fasciné la déesse de la fortune; et elle vit avec Lui pour l’éternité. Dès que j’arriverai à Vrndavana, je descendrai de ce char et je tomberai prosterné pour offrir mon hommage au Seigneur Suprême, le Maître de la nature matérielle et de tous les êtres vivants. Les pieds pareils-au-lotus de Krsna font toujours l’Objet de l’adoration des grands yogis; j’adorerai donc Ses pieds pareils-au-lotus et deviendrai, comme les jeunes pâtres, l’un de Ses amis à Vrndavana. Quand je serai ainsi prosterné devant Sri Krsna, sans doute placera-t-Il Sa main pareille-au-lotus, Sa main qui ignore la crainte, sur ma tête; main offerte à toutes les âmes conditionnées qui choisissent pour refuge Ses pieds pareils-au-lotus. Krsna est le But ultime de la vie pour tous ceux qui craignent l’existence matérielle, et certainement lorsque je Le verrai, Il m’offrira l’abri de Ses pieds pareils-au-lotus. Je brûle de sentir le toucher sur ma tête de Ses mains pareilles-au-lotus».

Ainsi, Akrura s’attendait à recevoir de la main de Krsna toutes bénédictions. Il savait qu’Indra, roi des planètes édéniques et maître des trois mondes —les systèmes planétaires supérieur, intermédiaire et inférieur—, connut la bénédiction du Seigneur simplement pour avoir offert à Krsna un peu d’eau, que Ce dernier accepta. De même, Bali Maharaja, pour trois pas de son territoire offerts en charité à Vamanadeva, ainsi qu’un peu d’eau, que le Seigneur accepta, obtint une position semblable à celle d’Indra. Lorsque les gopis dansaient avec Krsna au cours de la danse rasa, elles devinrent lasses; mais Krsna passa Sa main odorante comme la fleur de lotus sur les perles de sueur qui couvraient leur visage, et aussitôt elles se trouvèrent soulagées de toute fatigue. Ainsi Akrura espérait-il recevoir de cette main suprême de Krsna toute bénédiction. La main de Krsna peut accorder bénédiction à tous les hommes s’ils adoptent la Conscience de Krsna. Que celui qui désire le bonheur matériel d’un roi sur les planètes édéniques sache que s’il l’obtient, ce sera par la main du Seigneur; celui qui aspire à être délivré des souffrances de l’existence matérielle peut lui aussi l’obtenir par la main de Krsna; enfin, si l’on espère, l’âme pleine d’amour pur, sublime, pour Krsna, Sa compagnie personnelle et le contact de Son Corps absolu, Sa main encore pourra donner cette bénédiction.

Cependant, Akrura s’effrayait d’être envoyé par Kamsa, l’ennemi de Krsna. «Je vais à Krsna comme messager de l’ennemi, pensait-il». Mais aussi: «Krsna habite le coeur de chacun en tant que l’Ame Suprême, Il doit donc connaître mon coeur». Akrura avait reçu la confiance du pire ennemi de Krsna, mais son coeur était clair. En pur dévot de Krsna, il prit le risque de connaître le courroux de Kamsa, à seule fin de rencontrer le Seigneur. Bien qu’il soit venu au nom du roi démoniaque, Krsna ne le tiendrait pas pour Son ennemi. «Bien que ma mission soit coupable, puisque me voilà député par Kamsa, lorsque j’approcherai Dieu, la Personne Suprême, je me tiendrai devant Lui en toute humilité, les mains jointes. Certes, Il sera satisfait de mon attitude de dévotion et peut-être me sourira-t-Il avec amour, peut être me lancera-t-Il Son regard, m’affranchissant de toutes les conséquences de mes fautes. J’atteindrai alors le niveau du savoir et de la félicité absolus. Puisque Krsna connaît mon coeur, lorsque je L’approcherai, certes, Il me prendra dans Son étreinte. Car, non seulement j’appartiens à la dynastie Yadu, mais encore je suis Son pur dévot, à l’amour sans mélange. Dans cette étreinte miséricordieuse, mon corps, mon coeur et mon âme seront entièrement lavés des actes de ma vie antérieure et de leurs suites. Lorsque nos corps se toucheront, je me lèverai aussitôt, les mains jointes, en toute humilité. Sans doute Krsna et Balarama m’appeleront-Ils «Akrura, Notre oncle»! Alors, mon existence tout entière brillera de gloire. Il n’est pas de véritable succès dans l’existence à moins d’être reconnu par le Seigneur Suprême».

Les paroles d’Akrura laissent entendre clairement qu’il faut s’efforcer d’être reconnu par le Seigneur Suprême, à travers notre service et notre dévotion; faute de quoi notre vie d’homme est condamnée. Comme l’enseigne la Bhagavad-gita, le Seigneur Suprême Se montre égal envers tous. Il n’a ni amis ni ennemis. Cependant, Il éprouve un certain penchant pour le bhakta qui Le sert avec amour et dévotion. La Bhagavad-gita enseigne également que le Seigneur Suprême répond toujours au service de dévotion offert par Son dévot. Akrura pensait à Krsna comme à un arbre-à-souhaits des planètes édéniques, un arbre qui donne ses fruits selon le désir de son adorateur. Dieu, la Personne Suprême, est la Source de toutes choses. Le bhakta doit savoir comment Lui offrir son service et ainsi se faire reconnaître par Lui. Le Caitanya-caritamrta explique à ce sujet que l’on doit à la fois servir le maître spirituel et le Seigneur, condition pour progresser dans la Conscience de Krsna. Le service offert à Krsna sous la direction du maître spirituel ne peut être qu’authentique, puisque le maître spirituel représente Krsna. Sri Vivanatha Cakravarti Thakura dit que lorsqu’on satisfait le maître spirituel, on satisfait du même coup le Seigneur Suprême. Il en est de même lorsqu’on sert l’Etat dans quelque fonction subalterne. On doit alors travailler sous le contrôle d’un chef de département administratif. S’il est satisfait des services rendus, il accorde promotions et augmentations de salaire.

«Lorsque Krsna et Balarama seront satisfaits de mes prières, se lit Akrura, sans doute Ils prendront ma main, me recevront chez Eux et, avec respect, m’offriront l’hospitalité, mais sans doute aussi me poseront-Ils des questions sur les faits et gestes de Kamsa et de ses amis».

Ainsi Akrura, fils de Svaphalka, méditait-il sur Sri Krsna depuis son départ de Mathura. Il parvint à Vrndavana vers la fin du jour. Mais il n’avait pas eu conscience du temps. Lorsqu’il parvint à Vrndavana, le soleil se couchait, et l’enceinte franchie, la première chose qu’il aperçut, là, surPious-Akrura-openly-worships-the-lotus-footprints-of-Sri-Sri-Krishna-and-Balarama le sol, au milieu des empreintes des sabots des vaches, fut celles des pieds de Sri Krsna, marqués des signes de l’étendard, du trident, de la foudre et de la fleur de lotus. Aussitôt, par respect, il se jeta au bas de son char. Il fut alors envahi par toutes les manifestations de l’extase: il sanglota et son corps frémit… Si grande fut sa joie de voir la poussière touchée des pieds pareils-au-lotus de Krsna qu’il tomba face contre terre, et se roula sur le sol.

Le voyage d’Akrura doit nous servir d’exemple. Celui qui part visiter Vrndavana doit, comme lui, s’absorber sans répit dans les Divertissements et les Actes du Seigneur. Dès que l’on atteint l’enceinte de la ville, on doit enduire son corps de la poussière de Vrndavana, en oubliant toute position matérielle, tout prestige. Narottama Dasa Thakura dit dans l’un de ses illustres poèmes: visaya-chadiya kabe suddha habe mana, «Quand mon mental sera purifié, quand l’aura quitté la souillure du plaisir des sens, alors je pourrai visiter Vrndavana». On ne s’acquitte pas du voyage à Vrndavana par un simple billet de train. Il faut marcher sur les traces d’Akrura.

Lorsque ce dernier pénétra dans Vrndavana, il vit Krsna et Balarama surveillant la traite des vaches. Krsna était habillé de jaune et Balarama de bleu. Les yeux de Krsna, Akrura vit qu’ils ressemblaient à la fleur de lotus, dans son plein épanouissement, à l’automne. Krsna et Balarama étaient alors au printemps de Leur jeunesse. Tous deux revêtaient les mêmes traits corporels mais la carnation de Krsna était noire, et blanche celle de Balarama. En l’Un et l’Autre avait pris refuge la déesse de la fortune. Le Corps bien bâti, avec de belles mains et des visages séduisants, Ils possédaient la force d’un éléphant. Après avoir vu l’empreinte de Leurs pieds, Akrura contemplait donc face à face Krsna et Balarama. Et eux, les plus influents dans tout l’Univers, le regardaient venir en souriant. Akrura comprit qu’Ils revenaient de garder les vaches dans la forêt; Ils avaient pris Leur bain, S’étaient vêtus d’habits frais et portaient des guirlandes de fleurs avec des colliers de pierres précieuses. La pulpe de santal enduisait Leurs Corps. Akrura goûtait avec allégresse l’arôme des fleurs et du bois de santal, de même que Leur présence personnelle. Quel bonheur, pensait-il, de voir Krsna, Dieu, la Personne Suprême, et Son émanation plénière, Balarama, face à face, Eux qu’il savait être l’Origine de la création.

Comme l’enseigne la Brahma-samhita, Krsna est le Seigneur originel et la Cause de toutes les causes. Akrura voyait clairement que Dieu, la Personne Suprême, était apparu en Personne pour le bien de Sa création, afin de rétablir les principes de la religion et d’anéantir les asuras. De la radiance de Leurs Corps, les deux Frères dissipaient les ténèbres du monde entier, brillant comme des montagnes de saphir et d’argent. Sans hésitation, Akrura descendit de son char et tomba à plat sur le sol, raide comme un bâton, devant Krsna et Balarama. Il toucha les pieds pareils-au-lotus du Seigneur Suprême, et sentit l’envahir une félicité sublime; sa voix s’étrangla; il ne pouvait parler. La présence spirituelle et absolue de Krsna faisait couler de ses yeux des torrents de larmes. Il demeura dans la stupeur, en extase, comme privé de la vision et de la parole. Sri Krsna, dont la bonté envers Ses dévots est grande, le releva de Sa propre main et l’étreignit. Le Seigneur semblait fort satisfait d’Akrura. Balarama l’étreignit également. Puis, Krsna et Balarama le conduisirent par la main dans la pièce où Ils recevaient Leurs amis et lui présentèrent un siège confortable ainsi que de l’eau pour laver ses pieds. Ils l’honorèrent aussi d’une offrande de miel et d’autres douceurs. Une fois confortablement installé, et Krsna et Balarama lui firent don d’une vache, puis lui présentèrent des mets savoureux, qu’il accepta. Puis, lorsqu’il eut fini de manger, Balarama lui offrit des noix de bétel, des épices et de la pulpe de santal, pour accroître son aise. Les coutumes védiques pour l’accueil d’un hôte furent observées dans tous leurs détails par Sri Krsna en Personne, qui voulait ainsi les enseigner à tous. La règle védique veut que même l’ennemi, s’il se présente à notre porte, soit si bien traité qu’il ne craindra rien de nous. Si l’hôte est pauvre, il lui faut au moins offrir une natte de paille et un verre d’eau à son visiteur. Krsna et Balarama accueillirent Akrura comme il convenait à sa haute position.

Lorsqu’on eut ainsi convenablement reçu Akrura, Nanda Maharaja, le père adoptif de Krsna, prit la parole: «Mon cher Akrura, que te demanderai-je? Je sais que Kamsa te couvre de sa protection, lui l’être le plus cruel, le plus démoniaque. Mais sa protection ressemble à celle qu’offre aux animaux qu’il va tuer le gardien des abattoirs. Si puissant est son égoïsme qu’il a tué les fils de sa propre soeur! Comment croire, de bonne foi, qu’il protège les citoyens de Mathura»? Ces paroles de Nanda Maharaja sont pleines de sens. Les dirigeants politiques ne peuvent en même temps porter intérêt à leur seule personne et veiller au bien des citoyens. En entendant les gentes paroles de Nanda Maharaja, Akrura oublia toute la lassitude qu’avait engendrée sa journée de voyage, de Mathura à Vrndavana.

Ainsi s’achèvent les enseignements de Bhaktivedanta pour le trente-septième chapitre du Livre de Krsna, intitulé: «Akrura arrive à Vrndavana».



Catégories :Les divertissements de Krishna

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