Le processus de développement de l’amour de Dieu (1/3)

Caitanya-en-extaseDans le Sri Chaitanya Charitamrta le processus de développement de l’amour de Dieu est énoncé par le Seigneur Chaitanya  à Rupa Gosvami, son disciple. Dans son livre « L’Enseignement de Shri Chaitanya Mahaprabhu » Srila Prabhupada reprend le condensé de cet enseignement .  Ce sont les extraits  les plus importants de ces précieuses et inestimables instructions, conduisant jusqu’au but sublime de l’existence, le développement de l’amour de Dieu, que je vous propose de retrouver en trois parties dans retour à Krishna . Bonne lecture !

Jagadananda das

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Première Partie

Au moment d’instruire Rupa Gosvami pendant dix jours consécutifs, Shri Chaitanya Mahaprabhu lui dit d’abord :  » Cher Rupa, la science de la dévotion ressemble à un vaste océan; il est impossible de t’en révéler toute l’étendue. Je tenterai néanmoins de t’en exposer la nature en t’en présentant une seule goutte, de telle sorte que tu puisses goûter et comprendre en quoi consiste réellement l’océan du service de dévotion. « 

L’univers (brahmanda) est peuplé d’innombrables êtres vivants qui, du fait de leurs propres actes intéressés, transmigrent d’une espèce à une autre et errent de planète en planète. C’est ainsi que leur emprisonnement dans la matière se perpétue depuis des temps immémoriaux. Ces êtres vivants sont des fragments infinitésimaux de l’Âme Suprême, fragments spirituels dont il est possible de connaître les dimensions. Le Shrimad-Bhagavatam (10.87.36) nous apprend en effet que l’âme distincte mesure approximativement un dix-millième de la pointe d’un cheveu, ce que confirment d’ailleurs les Védas, et plus précisément la Svetashvatar Upanishad.

L’infime magnitude de l’être distinct est également définie comme suit dans un autre passage du Shrimad-Bhagavatam (11.16.11) (il s’agit ici d’un énoncé de Sananda – un des quatre Kumaras – lors d’un grand rituel d’offrande) :  » Ô Vérité Suprême ! Si les êtres vivants n’étaient pas que des étincelles infinitésimales de l’Âme Suprême, chacun d’eux serait omniprésent et nul ne serait dominé par une force supérieure. Or, dès qu’on reconnaît en l’être distinct une infime partie intégrante du Seigneur Souverain, il devient manifeste qu’il est soumis à une énergie ou à une puissance suprême. Telle est sa condition intrinsèque, sa nature profonde, qu’il lui suffit d’accepter pour avoir accès à une liberté totale. «  Quiconque se croit, à tort, l’égal de Dieu, l’Être Suprême, devient au contraire souillé par la doctrine de la non-dualité, et ses efforts pour transcender la matière restent vains.

Le Seigneur poursuivit Son enseignement en soulignant l’existence de deux classes d’êtres vivants : ceux qui sont éternellement libérés et ceux qui sont éternellement conditionnés. Ces derniers se subdivisent à leur tour en deux catégories – les êtres mobiles et les êtres immobiles. Les arbres, qui ne peuvent se déplacer, appartiennent à cette seconde catégorie. Les autres, appelés jangamas (êtres mobiles), tels les oiseaux et les bêtes, se subdivisent encore en trois catégories : ceux qui volent dans l’air (les oiseaux, ou tiryaks), ceux qui nagent dans l’eau (les êtres aquatiques) et ceux qui se déplacent sur la terre ferme (les humains et les autres animaux). D’entre les millions et les billions d’êtres terrestres, les humains ne représentent qu’une minorité, dont la plupart ne savent rien de la spiritualité, sont de mœurs impures et ne croient pas en l’existence de Dieu, la Personne Suprême. Bref, ils vivent comme des animaux. On peut donc les soustraire du nombre des êtres humains qui vivent de façon civilisée.

Toutes proportions gardées, on trouve à peine une poignée d’humains qui croient en les Écritures et en l’existence de Dieu, voire en une conduite saine. Or, ceux qui apprécient la valeur de tels principes sont appelés  » aryens « , en ce qu’ils croient à l’évolution spirituelle. Parmi ceux qui prêtent foi aux Écritures et au progrès de la civilisation humaine, on reconnaît deux classes – les justes et les impies. Les premiers se livrent généralement à l’action intéressée, soit à des actes vertueux dont les fruits sont susceptibles d’accroître leurs plaisirs sensoriels. D’entre les masses qui appartiennent à ce groupe, très peu apprennent à connaître la Vérité Absolue. Ce sont les jñānīs, les philosophes, ou empiristes. Parmi des centaines de milliers de tels empiristes, seule une poignée atteindra effectivement la libération et comprendra à tout le moins théoriquement que l’être en soi n’est pas formé d’éléments matériels, mais qu’il est plutôt une âme spirituelle, distincte de la matière. La simple compréhension, fût-elle théorique, de cette doctrine suffit à nous ranger parmi les êtres dits  » libérés « , si ce n’est que l’âme vraiment libérée (moukta) est celle qui saisit sa condition intrinsèque de servante éternelle du Seigneur, dont elle fait partie intégrante. Et l’âme libérée qui s’engage avec foi et dévotion dans le service du Seigneur est désignée du nom de Krishna-bhakta, ou de personne consciente de Krishna. Les personnes ainsi conscientes de Krishna sont affranchies de tout désir matériel. Quant à celles qui n’ont qu’une connaissance théorique du fait que l’être distinct n’est pas fait de matière, elles peuvent encore nourrir certains désirs, bien qu’on puisse techniquement les classer parmi les âmes libérées. Leur principal désir : ne plus faire qu’un avec Dieu, la Personne Suprême. En général très attachées aux rites védiques et aux œuvres vertueuses, elles ne les accomplissent qu’en vue de jouir d’une prospérité toute matérielle. Même si certaines parviennent à transcender les plaisirs matériels, elles cherchent encore à tirer jouissance du monde spirituel en se fondant dans l’existence même du Seigneur Suprême. D’autres encore recherchent la perfection que procurent les pouvoirs surnaturels associés à la pratique du yoga. Tant et aussi longtemps que de telles aspirations hantent son cœur, une personne ne peut comprendre la nature du pur service de dévotion. Point de paix pour ceux et celles qui demeurent perturbés par de tels désirs. En vérité, aucune paix n’est possible à moins de renoncer à tout désir de perfection matérielle. Les dévots de Krishna, qui ne désirent rien de tel, sont ainsi les seuls habitants sereins de l’univers matériel, ainsi que le confirme le Shrimad-Bhagavatam (6.14.5) :  » Ô grand sage, parmi des millions d’êtres libérés et ayant acquis les pouvoirs du yoga, il est très rare d’en trouver un seul qui, totalement serein, se dévoue pleinement pour Dieu, la Personne Suprême. « 

Le Seigneur explique ainsi que d’entre les myriades d’êtres qui errent en ce monde matériel, très rare et fortuné est celui qui, par la grâce de Krishna et du maître spirituel, reçoit la semence de la dévotion. L’homme de piété ou de religion est généralement porté à vénérer différents dieux dans différents temples; or, si par bonheur, et même à son insu, il offre son hommage au Seigneur Vishnu et se gagne la faveur d’un vaishnave – un dévot du Seigneur -, il trouve aussitôt qualité pour approcher l’Être Suprême, Dieu. Ceci ressort clairement de la vie du grand sage Narada, que retrace le Shrimad-Bhagavatam. Ayant servi des vaishnaves au cours de sa vie antérieure, Narada fut béni par ces dévots du Seigneur et acquit une grande sagesse, ainsi qu’en témoigne désormais son nom de Narada Muni.

Les vaishnaves font normalement preuve d’une grande compassion envers les âmes conditionnées. Sans même y être invités, ils iront de porte en porte pour éclairer les gens et les soustraire aux ténèbres de l’ignorance, leur infusant sous diverses facettes la connaissance de leur nature intrinsèque, qui est d’être engagé dans le service de dévotion, ou la conscience de Krishna. Ces dévots du Seigneur sont investis par Lui du pouvoir de transmettre aux masses la conscience dévotionnelle, ou conscience de Krishna. Reconnus comme des maîtres spirituels avérés, c’est par leur grâce que l’âme conditionnée obtient la semence du service dévotionnel. La miséricorde immotivée de Dieu peut, en tout premier lieu, être appréciée lorsqu’on rencontre un maître spirituel authentique, à même d’élever l’âme conditionnée vers la plus haute dévotion. Voilà pourquoi le Seigneur Chaitanya dit que la grâce du maître spirituel authentique nous acquiert celle du Seigneur, et vice versa.

Par la grâce du maître spirituel et de Krishna, on reçoit donc la semence de la dévotion. Reste ensuite à la planter dans le jardin de son cœur, tel un jardinier plantant la graine d’un arbre précieux. Une fois la graine semée, il faut l’arroser par le chant et l’écoute du Saint Nom du Seigneur Suprême, ou encore en prenant part à des échanges sur la science de la dévotion en compagnie de purs dévots. Lorsque la semence germe, la plante dévotionnelle se met à croître librement. Pleinement épanouie, elle franchit les limites de cet univers pour pénétrer dans le monde spirituel, royaume de la Transcendance où tout baigne dans la radiance du brahmajyoti. Peu à peu, elle atteint la planète Goloka Vrindavana, pour y prendre refuge aux pieds de lotus de Krishna. Tel est le but ultime du service de dévotion. Accédant à cette position, la plante produit le fruit de l’amour pour Dieu. Il est cependant requis du dévot, jardinier de l’Absolu, d’arroser chaque jour la plante par le chant et l’écoute. S’il n’arrose pas ainsi sa racine, la plante risque de se dessécher.

Le Seigneur informa ensuite Rupa Gosvami d’une autre menace liée à la culture de la plante dévotionnelle. En effet, lorsque celle-ci a quelque peu grandi, un animal peut venir manger ses feuilles ou la détruire. Lorsqu’une plante perd ainsi ses feuilles, il arrive fréquemment qu’elle se dessèche et meurt. Il faut donc veiller à ce que les  » animaux  » ne viennent pas perturber la plante dévotionnelle, les bêtes en question étant les offenses commises envers les purs dévots du Seigneur, et désignées du nom de vaishnave aparads. De telles offenses se comparent à un éléphant en furie qui, s’il vient à pénétrer dans un jardin, cause de sérieux ravages aux plantes et aux arbres qui s’y trouvent. Dans le même ordre d’idées, une offense à un pur dévot peut considérablement entraver nos progrès dans le service de dévotion. Il convient donc de protéger la plante de la dévotion en l’entourant d’une clôture adéquate, c’est-à-dire en se gardant de toute offense envers les purs dévots.

On dénombre dix de ces offenses aux purs dévots, ou au Saint Nom. La première consiste à blasphémer contre les grands dévots qui s’efforcent de répandre les gloires du Saint Nom à travers le monde. Le misérable qui, sans fondement, se montre hostile envers un dévot cherchant à répandre le Saint Nom de par le monde, conformément aux directives de son maître spirituel, commet la pire offense aux pieds du Saint Nom. Krishna et Son Saint Nom étant identiques, le Seigneur ne tolère pas qu’on décrie un pur dévot qui diffuse partout Son Nom.

La seconde offense consiste à nier que le Seigneur Vishnu incarne la Vérité Absolue. Aucune différence ne distingue Ses Noms de ses Attributs, Formes, Divertissements et Activités. Qui croit en voir une se rend donc également coupable d’une offense. Étant Suprême, nul ne peut surpasser ni même égaler le Seigneur. En conséquence, quiconque identifie Krishna ou Son Nom à une quelconque divinité, ou deva, commet aussi une offense. Mettre le Seigneur Suprême et les devas sur un pied d’égalité n’est guère compatible avec la pratique du service de dévotion.

La troisième offense : considérer le maître spirituel comme un homme ordinaire. La quatrième : dénigrer la littérature védique et ses suppléments, les Pouranas. La cinquième : croire que les gloires attribuées au Saint Nom sont exagérées. La sixième : dénaturer la signification du Saint Nom. La septième offense consiste à accomplir des actes coupables en comptant sur le chant du Saint Nom pour en annuler les conséquences. Il est entendu que ce chant nous délivre de toute conséquence associée à nos égarements. Mais il ne faut pas croire pour autant qu’on peut alors continuer à pécher par perversion. Ce serait là la plus grande offense.

La huitième offense consiste à comparer le chant du Saint Nom aux rites religieux, aux sacrifices, à l’austérité ou au renoncement. Ce chant vaut tout autant que la présence suprêmement personnelle de Dieu. Les actes de piété peuvent certes nous aider à nous rapprocher de l’Être Suprême, mais lorsqu’ils sont accomplis dans un but matériel, il en résulte une offense. La neuvième offense, c’est d’enseigner les gloires du Saint Nom du Divin aux incroyants. Et la dixième et dernière offense consiste à demeurer attaché aux choses matérielles malgré l’écoute et le chant des Saints Noms. Le principe est que ce chant, s’il est dénué de toute offense, nous élèvera jusqu’au plan de la libération, où l’on sera libre de tout attachement matériel. Quiconque chante les Saints Noms et demeure attaché à la matière commet donc une offense.

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Catégories :La voie et la pratique du bhakti-yoga

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