Ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien

Cet été, le nouveau président  de la République française Monsieur Emmanuel Macron a prononcé cette phrase choc: “ une gare, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien.”

Comme on pouvait s’y attendre, cette phrase, loin d’être anodine, a fait réagir nombre de personnes à travers le pays.

D’emblée, en entendant ces propos,  j’ai moi-même sursauté d’indignation et pensé: “ Voilà bien la conception d’un karmi matérialiste ignorant !  Pour lui ce qui caractérise principalement la réussite d’une personne et la valorise individuellement, comme  au sein de son cadre social, est sa réussite sociale et professionnelle. Et en dehors de cela il n’est rien !  ”

Cette sentence était d’autant plus choquante qu’elle était prononcée par le chef d’État lui-même, lui qui , en tant que père de la nation, est censé tenir compte de toute la population dans son ensemble et sa grande diversité; c’est-à-dire des nantis, des glorieux, des riches, comme des nécessiteux, des gens ordinaires et des miséreux.

Mais au lieu de cela, on avait l’impression d’entendre parler un PDG, un chef d’entreprise, le leader d’une multinationale, qui pour stimuler  ses cadres dirigeants s’adressait à eux en termes exaltés, incisifs et percutants.

Il n’est malheureusement pas très difficile de s’imaginer ce que signifie réussir sa vie pour le genre de personne que représente  monsieur Macron (quand on lit sa biographie dans Wikipédia ), un ancien banquier chez Rothschild, un haut fonctionnaire, diplômé de Sciences-Po et de l’ENA.

Pour quelqu’un comme lui, réussir sa vie cela signifie réussir sa vie professionnelle, c’est-à-dire tenir un poste élevé dans une entreprise, un poste à haute responsabilité, avoir de nombreuses personnes sous son management, gagner beaucoup d’argent ( et pourquoi pas devenir milliardaire ? Comme dans un autre de ses propos  antérieurs monsieur Macron a suggéré que chaque jeune français devrait avoir pour ambition de devenir milliardaire .)

En fait, surtout ce que traduisent ses propos du président est une profonde ignorance des véritables valeurs de l’existence. Celles qui sont à même de nous aider à déterminer ce que signifie réussir sa vie et que l’on retrouve énoncées dans la Bhagavad-Gîtâ par le Seigneur Suprême Krishna. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Pourquoi souffrons-nous? Quel est le but de l’existence ? Ce sont les réponses à de telles questions qui détermineront si un être humain a réussi, oui ou non, son existence.

D’après sa petite phrase sur ceux qui réussissent, et ceux qui ne sont rien, on peut sans mal déduire que Monsieur Macron ne connaît rien des véritables valeurs énoncées dans la Bhagavad-Gîtâ et des quatre divisions naturelles de la société du varnashrama dharma décritent par le Seigneur et dont l’objectif premier est d’atteindre à la libération.

Il n’en sait rien, car sinon il ne résonnerait  pas comme un vulgaire karmi ; considérant que le but de l’existence est de travailler dur, (comme un âne ou un mudha selon les termes de la Bhagavad-Gîtâ), d’accumuler beaucoup d’argent, d’augmenter son prestige et sa réussite sociale.

En présentant à la population française ces objectifs matériels factices et illusoires, fruits du guna de la passion, comme idéal de vie, Monsieur Macron ne fait que l’égarer et la plonger encore plus dans l’obscurité. Lui qui, en tant que chef de la nation, est plutôt censé  la guider, l’éclairer et la conduire vers la véritable réussite de l’existence.

Mais comment pourrait-il être un guide ? Alors que lui-même, manifestement, ignore les principes fondamentaux de cette connaissance spirituelle ? Cela pose encore le problème de l’imposture et de l’incompétence des dirigeants politiques actuels. Mais c’est un autre sujet…

Je conclurai cet article par une petite histoire savoureuse provenant des Écritures védiques. Une histoire très instructive sur le sujet qui nous concerne ici. Une histoire qui montre que l’on peut réussir même quand “on n’est rien” ( et vice-versa , échouer quand on a soi-disant réussi ). À noter aussi que dans l’histoire, le brahmana dont il est question, occupe la position la plus élevée dans l’échelle sociale de la société védique  – quand dans la société occidentale moderne c’est plutôt le milliardaire qui occupe cette position.

Le grand sage Nârada Muni fut  une fois approché par un brahmana  respecté qui lui demanda: “ Vous allez bientôt rencontrer le Seigneur Narayana ? Pouvez-vous lui demander s’il vous plaît, quand est-ce que j’obtiendrai le salut ( la libération du cycle des mort et des renaissances )?

Très bien,” répondit Narada,” je Lui demanderai”.

Alors qu’il poursuivait son chemin, le grand sage rencontra plus loin un cordonnier qui était assis sous un arbre en train de réparer des chaussures. Le cordonnier lui demanda également : “ Oh, vous allez rencontrer le Seigneur ? Pouvez-vous lui demander s’il vous plaît, quand est-ce que j’obtiendrai le salut ?”

Quand Nârada se rendit sur les planètes Vaikunthas du monde spirituel, il accomplit leurs requêtes. Il demanda au Seigneur Narayana quand le brahmana et le cordonnier obtiendraient-ils leur libération?

Le Seigneur Narayana répondit : “A la fin de cette vie, le cordonnier retournera à Moi, ici-même, dans le monde spirituel”.

“Et à propos du brahmana ?” demanda Narada,

“ Il devra rester dans le monde matériel pendant encore de nombreuses renaissances. Je ne peux dire précisément quand il reviendra dans le monde spirituel .”

Narada fut surpris par la réponse du Seigneur, et décida de Lui en faire part : “ Cher Seigneur, ce choix est pour moi un vrai mystère.”

” Mais tu comprendras bientôt.” dit Narayana. “ Simplement, quand ils te demanderont ce que j’étais en train de faire quand tu es venu Me voir, tu n’auras qu’à leur répondre que j’étais en train de passer un éléphant dans le chas d’une aiguille” .

Quand Narada retourna sur terre, il rencontra le brahmana qui lui demanda immédiatement : “ Oh, tu as rencontré le Seigneur ? Que faisait t-Il quand tu l’as vu ?”

“ Il était en train de passer un éléphant dans le chas d’une aiguille”

“ Mais c’est insensé !! Je n’y crois pas !! Comment une telle chose peut-elle être possible !!!?”

À ces mots du brahmana, Narada pu immédiatement comprendre que l’homme n’avait pas de foi et qu’il n’était qu’un intellectuel aride, trop fier et sûr de lui, dépourvu de réelle intelligence et de dévotion .

Plus tard, Narada rencontra le cordonnier qui lui demanda également : “ Que faisait le Seigneur quand tu l’as rencontré ?”

“ Il était en train de passer un éléphant dans le chas d’une aiguille. “

A ces mots le cordonnier, saisie d’extase, se mit à pleurer “ Oh, Mon Seigneur est tellement merveilleux ! Il peut tout faire !”

“ Tu crois vraiment que le Seigneur peut passer un éléphant dans le chas d’une aiguille ?” demanda Narada.

“ Et pourquoi pas ?” Répondit le cordonnier, “ Bien sûr que j’y crois !”

“ Et pourquoi cela ?”

“ Vous pouvez voir que je suis assis sous cet arbre banian” le cordonnier poursuivit, “ vous pouvez voir des milliers de graines tomber de cette arbre imposant. Dans chacune de ces petites graines, ces petites semences, un grand arbre banian comme celui-ci est contenu. Est-ce si difficile alors de concevoir que le Seigneur puisse introduire un éléphant dans le chas d’une aiguille ?”

Les enseignements de l’histoire :

Ce qui caractérise un pur dévot c’est sa foi totale et inconditionnelle en Krishna. Cette foi, toutefois, n’est pas une foi aveugle. Elle est étayée par l’observation et l’intelligence rationnelle.

D’autre part, on peut occuper une position humble dans la société, “n’être rien”, matériellement parlant, et néanmoins réussir sa vie. Cette réussite ne se mesure pas en termes de richesse et de prestige sociale, mais en termes de conscience de Dieu ou conscience de Krishna, notre réelle richesse ; celle qui doit nous conduire à l’instant de la mort, à retourner dans le monde spirituel, éternel, rempli de connaissance et de félicité, pour pouvoir contempler Dieu face à face . Tel est le but sublime de l’existence.

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Réussite professionnelle, est-ce réussir sa vie ?

Le cordonnier



Catégories :Faits de société; analyse et solutions, La Bhagavad-gita telle qu'elle est., Pour une société éclairée

6 réponses

  1. J avoue vos propos me plaisent et me perdent à la fois
    Tout cela est trop virtuel pour moi
    désolé

    J'aime

    • Bonjour,
      C’est normal que vous vous sentiez un peu perdu si vous n’êtes pas « branché » Krishna . Maintenant , reste à savoir si vous aimeriez l’être ou pas.
      Cordialement,

      J'aime

      • Il est vrai que l’interprétation pourrait être inversé entre ceux qui font réellement quelque chose sur le plan de la conscience et ceux qui sont dans une vision déformée de la réalité …
        Une vie humaine c’est si peu de chose, c’est rien en comparaison d’un kalpa …

        1 siècle de Brahmā, durée d’un système solaire ou 1 Maha Kalpa soit 311 040 milliards d’années.
        1 an de Brahmā : durée de 7 chaînes (dans 7 schémas) 3 110 milliards d’années.
        1 semaine de Brahmā : durée de 7 rondes dans un schéma (une chaîne) = 61 milliards d’années, soit la durée d’une incarnation d’un logos solaire.
        1 jour de Brahmā (1 kalpa) = 8,71 milliards d’années (la durée d’une ronde).
        1 heure de Brahmā = 360 millions d’années.
        1 minute de Brahmā (concerne les chakras planétaires, lieux actuels 8:) = 6 millions d’années.
        1 seconde de Brahmā = 100 000 ans
        1/10e de seconde de Brahmā (soit un éon de temps) = 10 000 ans
        1/100e de seconde de Brahmā = 1 000 années terrestres
        1/1000e de seconde de Brahmā (1 siècle de vie de l’humanité terrestre) = 100 années terrestres
        Un Kalpa, soit un jour de Brahma correspond donc au 1/36 000e d’un siècle ou d’une vie (ou d’une incarnation) de Brahmā.
        @source wikipédia

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    • Tout est dans le titre : Ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien
      Méditer et encore méditer

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      • « Ceux qui ne sont rien. » C’est l’ignorance qui fait parler ainsi quand on sait que chacun de nous est une âme spirituelle éternelle ; comment peut-on être « rien » ?

        Aimé par 1 personne

      • Je répondais à Dani, qui a encore certainement du travail a réaliser, mais chacun son chemin et niveau de conscience. Le monde est ainsi fait, on y peut rien, la seule chose que l’on peut faire, c’est s’accomplir dans son intériorité …
        Bon weekend Jagadananda 🙂

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