La venue extraordinaire de Srila Prabhupâda en Occident

par Bhakti Vikāśa Swami

Le texte suivant, extrait du livre « Jaya Srila Prabhupada! » de Bhakti Vikâsa Swami , est vraiment exceptionnel à plusieurs titres. Il montre combien la venue de Srila Prabhupada en Occident est un évènement historique unique pour l’avenir de l’humanité ignorante et souffrante. Il parle de la personnalité exceptionnelle de Prabhupada, sa réussite fulgurante et son action dévotionnelle incomparable au sein du mouvement de Sri Chaitanya Mahaprabhu, et de beaucoup d’autres choses encore….mais ne retardons pas votre plaisir . Merci à sa Sainteté Bhakti Vikâsa Swami, bon Vyasapuja de Srila Prabhupada 2015 et bonne lecture !

Jagadânanda das

Les dévots du Seigneur Krishna prennent un grand plaisir à l’écoute du récit de ses merveilleux divertissements. Ces divertissements purifient le coeur, fascinent le mental, et soulagent les dévots de la douleur de la séparation de leur Seigneur bien-aimé. Parce que les divertissements de Krishna sont de nature spirituelle, on peut les conter encore et encore et s’en souvenir constamment sans que leur fraîcheur n’en soit jamais altérée. En effet, plus on les goûte, plus ils gagnent en fraîcheur.

Les divertissements des dévots du Seigneur sont de même qualité. Et, tout comme les dévots prennent plaisir à un divertissement particulier du Seigneur, en accord avec leurs goûts particuliers, les différents divertissements des purs dévots du Seigneur, tel que Srila Prabhupada, sont appréciés différemment par ses fidèles.

Je suis tout simplement fasciné par la venue de Srila Prabhupada en Amérique. Apporter la conscience de Krishna en Occident constitue probablement l’événement le plus étonnant, le plus incroyable et le plus glorieux de l’histoire de l’humanité. Pendant si  longtemps  l’Occident avait été dominé par l’ignorance, le péché, et la souffrance. Pour la première fois en Occident, Srila Prabhupada amenait la connaissance, véritable et complète. Les soi-disants védantistes et yogis étaient venus avant lui avec une édition indianisée de la même illusion qui affectait l’Occident. Simplement, ils apportèrent le plaisir des sens mais dans des habits différents. Srila Prabhupada apporta enfin la vérité, le nectar après lequel l’Occident languissait. Depuis le départ de ce monde de Srila Bhaktisiddhânta Sarasvati Thâkura, l’idée de prêcher en Occident avait sombré dans l’oubli. Cependant, le Seigneur Chaitanya, Lui, constamment y pensait. Tous les achâryas précédents y pensaient. Ils se demandaient anxieusement,  » Quand donc viendra le jour où la prophétie de Mahâprabhu s’accomplira? Combien de temps encore, le monde privé du prema-sankîrtana du Seigneur Chaitanya, souffrira t’il ? » Prabhupada partit, emportant avec lui comme bagages l’ordre du Seigneur Chaitanya et les bénédictions des achâryas précédents. Quelle audace, quel courage, quel esprit d’aventure, quelle indifférence vis-à-vis de  son propre confort, quelle détermination, quelle compassion, quelle courage et quelle foi dans la protection de Krishna ! Le fait que Prabhupada était venu seul révèle son tempérament indépendant, sa détermination « d’accomplir la mission », et montre qu’il demeure dans une classe à part.

Même si la venue de Prabhupada n’avait pas été couronnée de succés, elle aurait quand même montré que son état d’esprit était bien différent de celui de milliers de Vaisnavas en Inde. Nous nous dirigions vers l’enfer, mais cela importait peu aux autres. Tous, hormis Prabhupada, se contenter de bhojana (nourriture) et peut être de donner quelques conférences ici et là. Mais le coeur de Prabhupada, lui, était tourmenté par la compassion. Il supplia ses frères en Dieu de l’aider. Mais en dépit de toute l’organisation, du prestige, des adeptes, et de la connaissance dont ils bénéficiaient, aucun de ses frères en Dieu ne se risqua ou ne se soucia de l’aider. Alors, Bhaktivedanta Swami n’attendit plus après qui que ce soit pour faire bouger les choses, mais décida plutôt d’agir seul. Il n’était pas à la tête d’aucune institution. Il n’avait aucun support, personne pour l’aider, pas d’argent. Personne ne se souciait qu’il vive ou qu’il meurt, mais  » Je devais essayer malgré tout. Je devais accomplir l’ordre de mon maître spirituel. »

Même le Seigneur Chaitanya exprima Son « incapacité » à répandre le mouvement du sankirtana seul ( Chaitanya caritamrta adi ch.9) . Même Lui bénéficiait d’aide ( sāńgopāńgāstra-pārṣadam) . Mais Prabhupada aucune. Son départ pour les rivages froids et inconnus de l’Occident est l’acte le plus courageux qui soit dans l’histoire du Vaisnavisme. Il démontre un profond courage et une foi totale dans la protection de Krishna.

Quand Srila Prabhupada embarqua à bord de ce bateau, personne ne le prit au sérieux. Les gens pensèrent, « Que ferez-vous en Amérique, vous, un vieillard? », – » Je ferai chanter Hare Krishna aux Américains et je les ferai danser en extase. » « Impossible! Si les Indiens ne sont pas intéressés, comment les Américains le seront? » Même Prabhupada dit que ce qu’il avait accompli dépassait de beaucoup ses espérances. Mais sakali sambhava hoy tumi se kautukî, Prabhupada écrivit à Boston Pier, que par la miséricorde de Krishna, tout est possible. Personne ne s’occupait de Prabhupada, mais lui voulait s’occuper de tous; autrement, pourquoi aurait-il tenté l’impossible? Qu’on ne s’occupe pas de lui, Prabhupada ne s’en souciait pas. Il savait que Krishna s’occupait de lui, et il voulait que chacun s’occupa de Krishna.

 » Ne t’en fais pas. Je conduis ton bateau. »

Pendant la traversée de l’océan, Prabhupada lut le Sri Chaitanya-caritamrta et prêcha à l’équipage. Puis deux attaques cardiaques se produisirent, et  Krishna lui apparut en rêve et lui dit: «  Ne t’en fais pas. Je conduis ton bateau. » Prabhupada écrivit également des poèmes, parlant à Krishna. Puis il arriva en Amérique, et ses aventures américaines commencèrent.

Oh mon cher maître spirituel, je vous remercie tellement de vous avoir donné tant de mal pour venir nous sauver. Comment pourrions-nous jamais oublier votre bonté ?

Ce vieux bateau usé à Boston Harbour Pier, se trouvait avoir un swami âgé à son bord. Un peu inhabituel, peut-être. Ce n’était pas une nouvelle pour qui que ce soit, hormis Gopal et Sally Agarwal, qui devaient lui offrir la politesse de l’héberger pour quelques semaines. Posant le pas sur le quai, un sâdhu Bengali, âgé et érudit, vêtu d’habits safrans entra humblement en Amérique.  » Entrer comme une aiguille (1)  » – le monde ne sera plus jamais pareil.

Où étions-nous tous alors? J’étais un gamin de huit ans, ne connaissant rien. Brahmânanda, Acyutânanda, Satsvarûpa, Kîrtanânanda, et les autres étaient des hippies camés. Les adeptes de Prabhupada étaient tous éparpillés à travers le monde, tout à fait inconscients de la bonne fortune qui les attendait et qui était sur le point de combler le vide de leurs existences. Nombreux parmi ceux qui aujourd’hui dédient leurs vies à cet humble sâdhu n’étaient pas encore nés.

Donc c’est 1966, et ce vieux sâdhu Bengali, Abhaya Caranâravinda Bhaktivedanta Swami, marche parmi la beat generation  délurée, , blasée, fatiguée, chevelue, détraquée, dans les rues du Lower East side  de New York. Prabhupada se rendit au milieu des fuzz-heads, des freaks (en francais : bizarres, originaux) , et des hippies, les réfugiés d’une civilisation athée et avide, et présenta la Vérité Absolue. Ces contemporains à Vrndâvana et les sannyasis guindés et vertueux de la Gaudîya Matha auraient été choqués. Ils n’auraient rien voulu avoir à faire avec ses crasseux, et impertinents mlecchas – ca c’est sûr! Mais le voici, Bhaktivedanta Swami, parmi les hippies, collectant de l’or d’un endroit sale, confiant dans ses « ding-ding-ding » et Hare Krishna, offrant le « change-tout, sois-différent », la révolution que même eux n’auraient jamais pu imaginer.

Aucun des frères en Dieu de Prabhupada n’auraient pu tolérer les épreuves qu’il a traversé. Patiemment, Srila Prabhupada vécut parmi, et même servit, les mlecchas d’Occident, qui par ignorance, constamment, faisaient des choses qui auraient certainement énervé n’importe quel Vaisnava cultivé. Dénués de raffinement et n’ayant aucune idée de la conscience de Krishna, autre que les rudiments inculqués par Srila Prabhupada, ils avaient néanmoins foi en Srila Prabhupada. Et Srila Prabhupada avait foi dans le procédé de la conscience de Krishna. Il toléra donc leur absence d’éducation. Dīna-hīna yata chila, hari-nāme uddhārila, – même les plus déchus ont été sauvés par le saint nom. Prabhupada ne vit pas des mlecchas Américains, il vit des jîvas, des serviteurs de Krishna. Il ne rejeta pas ses adeptes à cause de leur faiblesse et de leur bêtise résultant de leur immaturité. Il fit la démonstration de l’efficacité du bhakti-yoga dans des circonstances très difficiles auxquelles jamais aucun autre prédicateur de la bhakti  n’avait été confrontées auparavant. Srila Prabhupâda avait beaucoup de patience, une extrême tolérance née de sa profonde compassion pour les âmes déchues, et de sa foi en le pouvoir du saint nom.

Au milieu de la folie et la confusion des années 60, il y avait quelque chose de vital et de réel – une quête spirituelle, une insatisfaction par rapport au statu quo , un élan vers le mystique, vers la vérité au-delà de la monotonie ambiante. Les hippies avaient tout essayé – les drogues, l’alcool, le sexe libre, la musique, et la « méditation ». Mais la conscience de Krishna était quelque chose de différent, amenée par une personne qui semblait venir d’une autre planète.

Comme la plupart des gens, les hippies n’étaient pas fondamentalement mauvais, seulement fourvoyés. Ils en avaient assez de la « société conventionnelle » et recherchaient quelque chose de mieux. Privés de véritables modèles, ils s’engagèrent dans le cul-de-sac du plaisir grossier des sens. Malgré toute la nouveauté et l’euphorie de leur nouvelle et folle vie, celle-ci était tout aussi insatisfaisante que « l’institution » qu’ils avaient rejetée. Mais Swamiji avait quelque chose d’authentique. C’est sûre il n’était pas un « conservateur ». Les hippies aspiraient à la différence, mais Prabhupada les surpassait tous. Il possédait générosité, simplicité, couleur, joie, et amour – tous les éléments essentiels de la contre-culture hippie. Mais il apporta aussi la substance, la direction, la connaissance et la pureté. Il avait Krishna. Et il avait la musique.

Prabhupada était tout musique – kîrtana. La musique était le commencement, le milieu et l’aboutissement sacré de la vie hippie. Commençant avec les groupes de renommée internationale jusqu’aux simples guitaristes de rue – ce n’était pas juste un son, la musique était l’expression de ce que vous êtes. Les hippies chantaient leurs luttes, leurs convoitises, leurs frustrations, leurs peines, leurs espoirs, et leurs aspirations. La musique était un message et une question. Une quête pour comprendre et une demande d’être compris.

La musique de Swamiji était nouvelle. Personne n’avait joué de chose pareille avant. Chaque note, chaque mot, était magique – un épanchement mystique, intense, du soi vital intérieur. « Ouah, quelle différence! »  Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna Hare Hare / Hare Râma Hare Râma Râma Râma Hare Hare. Rythme simple, tonalité simple. Encore et encore, toujours et encore. Une demi-heure. Une heure. Plus. Le pas du swami. Danse en extase.

 » Cette vibration sonore transcendantale est importée du monde spirituel »

« C’est dingue! Qu’est-ce que ça vous fait à vous? »

« En chantant les sains noms, des fois les dévots s’évanouissent, se roulent par terre, et tremblent d’extase. Chantant et chantant, ils quittent leurs corps matériels et se rendent au monde spirituel de Vraja, là où chaque parole est une musique, chaque pas est une danse, et où le cœur de chacun est dérobé par un sombre et beau garçon vacher. Lançant un regard malicieux aux gopis, les trous de Sa flûte sont submergés de sons nectaréens qui stupéfient les entités vivantes des trois mondes. »

A travers la musique et une attention réelle, Prabhupada fit  ce que tous avant lui avait renoncé à faire, – atteindre le cœur des hippies et leur donner une direction. Prabhupada était sérieux, et les plus sérieux des hippies graduellement réalisèrent que Prabhupada voulait qu’ils le suivent et deviennent aussi sérieux dans la conscience de Krishna. Quoiqu’il en soit, aucun d’entre eux ne réalisait combien Prabhupada était sérieux.

Personne ne comprit pourquoi il incorpora l’ « International Society for Krishna Consciousness » ( le Mouvement International pour la Conscience de Krishna) . « Qu’est-ce que tout cela avait à voir avec la simple boutique qu’ils avaient loué et qui leur servait de centre au Lower East Side? »

Brahmânanda et compagnie furent choqués quand Prabhupada les quitta pour San Francisco, mais Prabhupada avait de grands plans. La magie de Prabhupada opéra aussi à San Francisco et graduellement aussi, à travers le monde entier. En envoyant des disciples ici et là, Prabhupada étendit sa grâce. C’étaient des jeunes garçons et filles, ayant tout lâché, sauvés par Prabhupada d’une addiction aux drogues qui détruisait leurs cerveaux. Ils ne connaissaient pas grand chose de la conscience de Krishna ou à quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Mais à présent ils étaient différents. Plus « hippies » mais « happies » (heureux).

Prabhupada initia une foi en eux , telle, que la magie de Krishna agit même sans sa présence personnelle. Par cette foi, les disciples de Prabhupada emportèrent guru et Krishna avec eux. Prabhupada était fier de ses disciples mariés qui réussirent à Londres, là où ses frères en Dieu sannyâsis avaient échoués. Et ces couples mariés, tout juste sortis de la vie hippy, sans éducation culturelle Indienne, qui n’étaient certainement pas des spécialistes érudits de la culture Védique, firent sensation à Londres avec le chant de Krishna.

Et ainsi l’histoire s’écrivit. Prabhupada parcourut le globe, et comme un grand général, envoya des hommes ici et là pour répandre le message de Krishna. C’est une grande histoire dont les chapitres sont encore en train de s’écrire.

Dans le futur, les gens regarderont ces années de naissance de l’ISKCON, et penseront,  » Oh, combien j’aurais aimé être là alors ! Ça devait être formidable! »

Tout ce que Prabhupada fait est fascinant. Mais, ces premiers jours en Amérique ont une saveur et une signification bien particulière. Personne ne sait combien le combat fut intense, combien les difficultés, que Prabhupada traversa pour établir le Mouvement pour la Conscience de Krishna, furent sévères. Prabhupada sait. Son Guru Mahâraja sait. Krishna sait.

Puissions-nous tous nous souvenir des divertissements de Prabhupada et devenir ainsi purifiés et heureux. Je prie en particulier que les lîlâs  de l’arrivée de Prabhupada en Occident se manifestent pour toujours en mon coeur. Que je puisse me souvenir de son sacrifice afin que je ne devienne jamais égoïste. Que je puisse me souvenir de sa tolérance afin de devenir tolérant.

Toutes gloires à la venue de Srila Prabhupada en Occident !
Toutes gloires à vos pieds-pareils-au-lotus, Srila Prabhupada! Je vous en prie gardez-y toujours une place pour moi .

 Bon Vyasapuja de Srila Prabhupada 2015 !

(1) Allusion faite ici à un proverbe anglais que Srila Prabhupada a cité à plusieurs reprises  » Enter like a needle and come out like a plow » ; littéralement:  » Entrer comme une aiguille et ressortir comme une charrue ». Je ne sais pas s’ il existe véritablement un  proverbe similaire en francais, mais le sens est que Prabhupada est arrivé de façon très humble et pratiquement inaperçu,  » comme une aiguille », mais après quelques temps, lorsqu’il est ressorti , il était « comme une charrue », son action de prédication avec ses nombreux disciples et temples ayant pris une envergure considérable . Il contribuait alors, directement et ni plus ni moins, à véritablement changer le monde.



Catégories :Srila Prabhupada

1 réponse

  1. All Glories To Srila Prabhupada

    Thank You so much

    J'aime

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