Connaissait-on Johnny Hallyday?

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Cercueil de Johnny Hallyday à l’Eglise de la Madeleine à Paris. On aperçoit sa femme et ses deux filles adoptives à côté.

Réflexions spirituelles sur la mort d’une grande star du rock

Il y a quelques jours j‘ai vécu, comme beaucoup de monde, à travers les médias, la nouvelle brutale de la disparition de Johnny Hallyday. J’ai pu voir de nombreux admirateurs exprimer un réel chagrin et de profonds regrets face à sa disparition.

Nombreux sont ceux et celles qui aujourd’hui, remplis d’émotions et de tristesse devant son cercueil, lui rendent un dernier et émouvant hommage. Et, bien que je n’aie pas personnellement développé un attachement particulier pour le chanteur français et sa musique – ayant toutefois assisté, à 15 ans, avant de devenir dévot, à un de ses concerts à Paris (1) -, la manifestation populaire de sympathie et de tristesse qu’à soulevé sa disparition et mes souvenirs personnels m’ont un peu remués.

Comme souvent en de telles circonstances, les proches  ont formulé le souhait d’avoir pour l’enterrement à proprement dit, une cérémonie intime  et privée. Lors de l’hommage rendu aux Champs Elysées, cependant, on a pu voir une foule très impressionnante de dizaines de milliers de personnes, remplies d’émotion, célébrer le chanteur en saluant  son cercueil, afin de lui dire un dernier adieu.

Tous alors ont été émus et ont versé des larmes de chagrin en se remémorant ses qualités exceptionnelles: une présence scénique incomparable et des concerts mémorables ;  une voix chaude et puissante, une interprétation hors pair, avec, à son service, de nombreux, et certains même, talentueux compositeurs ; une physionomie  de grande star, à la fois imposante, charmante et sympathique en même temps, d’une nature très respectueuse et généreuse vis à vis de son public, une gentillesse légendaire; une longévité et une omniprésence inégalées, un cercle de fans sans comparaison. Tout cela et plus encore, ont certainement contribué à faire naître un attachement et une affection profonds des foules pour sa personne.

Tous les traits particuliers du personnage; son physique agréable et séduisant ( Certainement  moins vers la fin, alors que la vieillesse et la maladie sévissaient, mais les gens souvent gardent en mémoire la période “du bon temps”), son sourire charmeur, ses beaux yeux bleus, sa chevelure blonde (à l’origine), ses costumes de spectacle flamboyants, sa vie (dissolue) étalée dans les magazines, et bien sûr sa voix exceptionnelle et la véritable « bête de scène » qu’il était. Tout cela faisait sa singularité et contribuait à faire de lui un personnage unique : le personnage Johnny Hallyday.

Peut être était-ce sous l’influence de la solennité du moment et l’atmosphère de recueillement intense, mais soudain, en voyant des images de ce cortège funéraire impressionnant, des réflexions philosophiques s’imposèrent dans mon esprit:

“ Est-ce bien lui dans ce cercueil? Cette dépouille sans vie à l’intérieur, est-ce vraiment lui? Ce cadavre, qui pour très peu de temps encore, garde l’image si chère à beaucoup, du chanteur de rock imposant et du personnage populaire, mais qui bientôt se décomposera, servant de nourritures pour les vers, ce ne peut pas être lui.!?”,

Et soudain, alors que ces réflexions philosophiques occupaient mon mental, une pensée, telle une vague plus importante que les autres, s’imposa comme une évidence: « Mais, alors, a-t’on jamais connu Johnny Hallyday ?! » . Alors que je regardais fixement le cercueil de Johnny Hallyday, tout en m’interrogeant, la réponse résonna en moi, claire, lumineuse et pathétique en même temps: « Non, on n’a jamais connu Johnny Hallyday ! »

La Bhagavad-gita nous enseigne que la personne véritable est l’âme à l’intérieur du corps matériel. Ainsi, le personnage Johnny Hallyday, avec ses particularités corporelles: yeux bleus, voix exceptionnelle, avec son blouson noir et son patte d’eph, etc… Nul doute ce personnage-là venait bel et bien d’être anéanti par la maladie et la mort mais « la personne, elle, à l’intérieure de ce corps? » Celle qui survivait, l’âme, s’en souciait-on vraiment? Ou bien commémorait-on simplement le départ du personnage Johnny Hallyday ?

Quand on cherche la réponse à cette question: « Est-ce que l’on se souciait de son âme? (y compris les autorités cléricales qui célébraient la messe où, en passant, on n’a pas entendu  grand chose sur Dieu et la connaissance transcendantale de l’âme) et, est-ce que l’on s’était d’ailleurs déjà soucié de son âme? », force est de reconnaître que non ! Toute la foule assemblée autour de sa dépouille, et cela l’arrangeait bien, malgré tous ses bons et louables sentiments, ne voyait en lui que le célèbre personnage, le célèbre chanteur. Ce personnage qui leur avait procuré tant de plaisir des sens, à travers sa voix et son personnage exceptionnels. Mais, lui, qui se souciait vraiment de lui ??!

Après, la cérémonie, toutes les médias commenteront, selon la formule consacrée:  “Bientôt, le célèbre chanteur reposera en paix à Saint Barthélémy dans les Antilles, proche de la maison où il aimait vivre avec sa femme et ses enfants, etc… “. Mais tout cela n’est qu’un immense leurre (illusion ou maya) !, Car la vérité est que lui ne « repose » (le célèbre euphémisme pour éviter de dire que le corps a terminé sa course et se désintègre lentement) pas dans sa tombe, mais continue à vivre autre part, dans un autre corps, et commence un nouveau chapitre d’une nouvelle vie, en accord avec son karma.

La Bhagavad-gita, ainsi, nous enseigne en premier lieu que nous ne sommes pas ce corps matériel mais,  bel et bien, l’âme à l’intérieur du corps. Et qu’ensuite, cette âme, dont la manifestation externe est la conscience et n’est pas de nature matérielle, transmigre dans un autre corps au moment de la mort. Et la mort selon les Ecritures védiques n’est rien d’autre que la destruction de l’enveloppe corporelle, le corps matériel, habitat temporaire de l’âme, jusqu’à l’attribution par Dieu et la nature matérielle d’un autre corps « tout comme l’on doit se séparer de vêtements usés pour en revêtir de neufs » BG (2.22)

L’analogie du corps avec un vêtement est très appropriée. Tout comme  un acteur ou un chanteur de rock comme Johnny Hallyday endossait de nombreux vêtements correspondant à des rôles divers et variés (pauvre, riche, paysan, bourgeois, serviteur ou leader,..), nous revêtons au cours de nos multiples vies différents costumes corporels, et à travers ces incarnations, nous « jouons » différents rôles. Ainsi, dès l’instant de notre naissance nous endossons divers rôles imposés par celle-ci, et nous sommes immédiatement assaillis et enfermé dans une infinité de désignations matérielles correspondant à notre situation matérielle temporaire.

Prenons, par exemple, quelqu’un qui est né aux Etats-Unis (une autre désignation en passant et un pays dont Johnny Hallyday était friand). Il devient automatiquement américain. Ensuite, il sera gratifié de différentes désignations matérielles, toutes aussi étrangères les unes que les autres à son réel moi spirituel. Ainsi, son identité matérielle sera: homme ou femme, de classe défavorisée ou aisée, blanc ou noir, homo ou hétéro, grand ou petit, étudiant  ou travailleur, athée ou croyant, honnête citoyen ou repris de justice, démocrate ou républicain, ouvrier, médecin ou avocat, etc..etc…

C’est ainsi que la réelle identité de l’âme devient recouverte par des désignations matérielles diverses et variées, des rôles d’emprunts, temporaires et étrangers à notre réel moi spirituel. Et malheureusement, pour la plupart des hommes, toutes ces désignations  occupent la majorité de leur temps, et pour la grande majorité, la durée complète de leur existence. Ainsi, absorbant complètement leur mental et leurs pensées dans ces rôles d’emprunt, oubliant la réalité de leur identité spirituelle, ils gâchent malheureusement la précieuse opportunité que leur conférait la forme humaine (SB 5.5.1).

Grâce aux enseignements de Chaitanya Mahaprabhu, l’incarnation de Krishna pour cet âge de Kali, nous apprenons quelle est notre réelle identité :

jīvera ‘svarūpa’ haya — krishnera ‘nitya-dāsa’

                   –   Caitanya caritamrta (Mad. 20. 108) –

C’est d’être une âme spirituelle, éternellement distincte de ce corps matériel et de ses différentes désignations temporaires. Et cette âme est une parcelle de Dieu ou Krishna, dont la fonction réelle est d’être engagé dans Son service de dévotion.

Un jour roi, l’autre mendiant

Les lois de la nature matérielle étant très rigoureuses, rien ne garantit que dans notre prochaine vie, nous puissions jouir d’une situation si confortable et prestigieuse que celle dont nous pouvons jouir au cours de notre vie présente. Ainsi selon le célèbre adage védique, « Un jour roi, l’autre mendiant », notre situation en ce monde matériel fluctue constamment. En effet, nous en voyons la preuve tous les jours, par l’effet combiné de circonstances malheureuses, un ingénieur ou un directeur, pratiquement du jour au lendemain, peut se retrouver SDF.

Les lois du karma sont forts complexes et notre futur est très difficile à déterminer c’est pourquoi Sri Krishna, mus par l’amour et la compassion vis-à-vis de Ses enfants égarés, nous demande avec insistance de nous abandonner à Lui (BG 18.66). Car le Seigneur l’affirme : s’abandonner à Lui, à Dieu, le Seigneur Suprême, le maître et souverain de la création, c’est le seul et unique moyen d’assurer réellement notre protection. Car Krishna nous l’affirme; si nous nous abandonnons à Lui c’est Lui-même, en personne qui assurera notre protection.

Cette protection n’est pas uniquement corporelle car, après tout, le corps un jour ou l’autre doit périr. Non, cette protection est surtout spirituelle: et c’est cela qui constitue une véritable protection. Face à l’existence en ce monde, chacun, plongé dans l’illusion, croit être en mesure de se protéger lui-même ou bien d’être protégé par les siens, sa nation, ses amis,… Mais voilà une grande illusion car personne à part le Seigneur Suprême n’est en mesure d’assurer notre protection et notre libération. (En effet , comment alors qu’elle ne peut même pas se protéger réellement elle-même, une personne peut-elle être en mesure de protéger les autres?) La moindre de nos actions intéressées en ce monde est suivie de réactions complexes, bonnes et mauvaises, et génère automatiquement un prochain corps matériel. Cette situation incertaine engendre une grande frayeur chez l’être vivant au moment de la mort, car il demeure dans l’incertitude totale, quant à savoir quelle sera sa prochaine destination après la mort.

Revenant à Johnny Hallyday, on peut voir à travers l’exemple de cette vie, et à travers des milliers d’autres que, quelque soit notre degré de réussite dans l’existence matérielle et  l’admiration que l’on suscite auprès des foules, notre vie en ce corps doit se terminer un jour ou l’autre, et qu’à cet instant-là nous laissons tous les avantages que nous avions jusqu’au jour de notre mort, derrière nous et personne ne peut réellement nous aider. Dans son cas,  comme dans des milliers d’autres, il est mort adulé des foules mais, comme le décrit si bien Victor Hugo dans un de ses poèmes des Contemplations:

La foule vous admire et l’azur vous éclaire;
Vous êtes riche, grand, glorieux, populaire,
  Puissant, fier, encensé;
Vos licteurs*devant vous, graves, portent la hache;
Et vous vous en irez sans que personne sache
 Où vous avez passé.

*gardes qui passait devant les grands magistrats portant la hache

Sachons donc tirer avantage comme il convient, des dures leçons de l’existence matérielle, et dont la mort, avec la maladie et la vieillesse, sont parmi les plus rudes. On parle souvent de la situation terrible des condamnés à mort qui attendent dans le « couloir de la mort ». On se représente sans mal ce qu’ils peuvent ressentir, et l’angoisse dans laquelle ils peuvent être plongés en permanence. Ils savent que leur condamnation à mort a été prononcée et qu’elle peut prendre effet à n’importe quel instant. Mais ce que nous oublions, ou nous efforçons d’oublier, est que notre situation personnelle dans ce monde matériel, est similaire à la leur. Nous aussi, nous sommes condamnés à mort et nous aussi nous sommes quelque part dans le couloir de la mort et nous aussi nous pouvons « être exécuté » à chaque instant. Ainsi, notre sentiment de sécurité face à la mort est illusoire.

Le Seigneur Krishna, nous convie à travers son enseignement de la Bhagavad-gita, à arrêter de souffrir inutilement, en faisant le choix après avoir vécu des milliers de morts et de renaissances successives, dans des milliers de corps et de situations matérielles différentes, de s’abandonner enfin à Lui. Nous pourrons jouir alors dans Son royaume spirituelle de Vaikuntha, là où résident les âmes soumises, d’une situation éternelle, remplie de connaissance et de félicité. Cette fois ne ratons pas cette occasion exceptionnelle de stopper ces exécutions répétées et prenons sincèrement refuge en Lui à travers le chant de Ses Saints Noms qui sont non-différents de Sa personne:

Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare

__________________________________________

(1)Dans le texte qui suit, extrait de “ Ma première visite au temple de Krishna” , j’explique la différence fondamentale qui existe, entre les expériences de concerts de rock (Comme celui avec Johnny Hallyday) et ce que j’avais ressenti la première fois, en faisant l’expérience du Krishna-Kirtana  dans le temple de Krishna, à Paris:

“C’était une expérience tout à fait nouvelle et incomparable. Incomparable, car plus tard sur le chemin du retour, alors que j’essayais d’analyser et de comprendre ce que je venais de vivre dans le temple à travers le kirtana , je me rendis compte que cette expérience était unique et complètement nouvelle pour moi. Je ne pus la rapprocher d’aucune expérience musicale collective passée. Comme ces quelques concerts de rock auxquels j’avais assisté déjà et où l’excitation et le plaisir semblait bien être là, mais – outre le fait que les concerts de Rock étaient bien matériels et donc d’un tout autre ordre -, le fait était que, dès que le concert finissait tout se terminait, chacun rentrait chez soi et tout était finit. Mais là , ce qui me surprit et me ravit beaucoup est le fait que je ne ressentis pas, comme après un concert, un sentiment de solitude et de mélancolie m’envahir. Les concerts, certes, pouvaient être intenses et exceptionnels, et tout le monde levaient les bras excités, criants sa joie, mais quoi qu’il en soit, toujours ce qui me surprenait c’était leur caractère de brièveté. Bien sûr, ils pouvaient durer plus longtemps que le chant dans la cérémonie auquelle je venais d’assister: deux heures, trois heures mais il y avait l’avant et l’après, et quoi qu’il en soit tout cela était toujours bien trop bref.

Nul doute, en chantant Hare Krishna on touchait à une autre nature: celle de l’Absolu. Ainsi le Nom de Krishna est non différent de Krishna Lui-même. De nature absolue, Il n’est pas limité par le temps et par l’espace. Ainsi, lorsque l’on chante Hare Krishna, Krishna est avec nous. Et cela, que ce soit de façon individuelle ou collective. Donc, ce qui me surpris dès ce premier jour de visite au temple de Krishna est que, même après la fin du Kirtana, alors que je sortais du temple, et que je pris les transports en commun pour rentrer chez moi, j’avais encore la perception spirituelle dans mon cœur, que Krishna était là, à travers la vibration de Son nom. Il n’était donc pas question de solitude et de mélancolie mais Krishna continuait d’être là et de m’accompagner où que j’aille.”



Catégories :Karma et réincarnation, La vie après la mort

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2 réponses

  1. Merci de nous avoir éclairé en mentionnant l’éternité de l’âme qui aujourd’hui est méconnue par beaucoup, chacun de nous est en face de la mort physiquement, mais spirituellement éternel est l’âme spirituel qui transmigre d’un corps à un autre, l’être sobre et réalisé n’est pas surpris par un tel changement. BG 2.13

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    • Merci à toi cher Gaura Bhakta. Oui, en effet, on s’attache bien trop au corps et à tout ce qui y est associé. Résultat: vie après vie, on se condamne à souffrir irrémédiablement, sans espoir de s’en sortir. Très peu de plaisir et beaucoup d’anxiété. Notre seul secours, Radha Krishna:

      O Seigneur Hari! Ma vie s’est écoulée en vain. Je n’ai fait que boire consciemment du poison puisque, béni d’un corps humain, je n’ai pas su adorer Radha et Krishna.

      De Goloka Vrndavana, le trésor de l’amour divin est descendu jusqu’à nous sous la forme du chant congrégationnel des Saints Noms de Hari. Pourquoi l’attrait pour ce chant ne s’est-il jamais révélé en moi? Jour et nuit, mon cœur se consume dans le brasier de l’existence matérielle et je n’ai pas pris le remède qui pourrait le guérir.

      Sri Krishna, le Fils du roi de Vraja est venu sous l’apparence de Sri Chaitanya, Fils de Saci. Balarama, Lui, est devenu Nitai. Le Saint Nom a délivré toutes les âmes misérables et déchues; Jagai et Madhai en sont la preuve vivante.

      O Krishna, Fils de Nanda, Toi qu’accompagne la Fille de Vrsabhanu, accorde-moi dès maintenant Ta miséricorde. » Je T’en prie, ne me repousse pas loin du lotus de Tes pieds teintés de rouge, car qui d’autre que Toi est mon bien-aimé? « , s’exclame Narottama Dasa.

      Ista-deve Vijnapti (extrait de Prarthana de Narottama das Thakura),
      Prière à son Seigneur bien-aimé

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